Crise des sous-marins : une décision "annoncée avec une brutalité inouïe", témoigne le PDG de Naval Group

Crise des sous-marins : une décision "annoncée avec une brutalité inouïe", témoigne le PDG de Naval Group
Les chantiers de Naval Group à Cherbourg.

publié le jeudi 23 septembre 2021 à 10h42

Le PDG de Naval Group explique dans une interview au Figaro qu'il avait reçu par courrier le matin même de la rupture du contrat avec l'Australie l'accord de Canberra concernant l'offre de l'industriel français. 

"Nous étions sous le choc". Dans les colonnes du Figaro, le PDG de Naval Group raconte la journée du 15 septembre, qui a vu "le contrat du siècle" rompu par les Australiens.

"Nous avons reçu un coup de téléphone du ministère australien de la défense, qui nous a demandé de participer à une audioconférence à 13h30". C'est au cours de cette réunion que le contrat à 31 milliards d'euros a été annulé, alors que "tous les voyants étaient au vert", assure Pierre Eric Pommellet. 




Naval Group avait été sélectionné en 2016 par Canberra pour fournir 12 sous-marins à propulsion conventionnelle (non nucléaire) dérivés des sous-marins nucléaires français Barracuda dont la France commence à se doter. Le montant total du contrat, dont seules les premières phases ont été conclues, s'élevait à 50 milliards de dollars australiens (31 milliards d'euros) au moment de la signature, soit 90 milliards de dollars en prenant en compte l'inflation sur la durée du programme et les dépassements de coûts.

Une décision annoncée "sans préavis"

Qualifié de "contrat du siècle" en France, il s'agissait du plus important contrat pour du matériel de défense jamais passé tant par un industriel français que par l'Australie. Mais le 15 septembre, l'Australie a annoncé qu'elle rompait ce contrat pour finalement se doter de sous-marins à propulsion nucléaire dans le cadre d'un nouveau partenariat dans la région indo-pacifique, avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni. "Cette décision nous a été annoncée sans aucun préavis, avec une brutalité inouïe", affirme Pierre Eric Pommelet au Figaro.




Il avait reçu le matin même un courrier l'"informant officiellement que le gouvernement australien avait accepté (notre) offre ainsi que les choix techniques qui auraient permis d'engager une nouvelle phase du programme, dite 'basic design' des sous-marins". Selon le PDG de Naval Group, le constructeur français n'a jamais "été sollicité pour proposer des SNA (sous-marins nucléaires d'attaque) de classe Barracuda, la toute dernière génération de ce type, à l'Australie. Un tel sujet ne peut être traité qu'au plus haut niveau de l'Etat."

"Nous ferons valoir tous nos droits" 

Pierre Eric Pommellet va remettre "dans quelques semaines" à l'Australie une "proposition détaillée et chiffrée" des "coûts déjà engagés et à venir" après la rupture du contrat. "L'Australie a résilié le contrat pour 'convenance', ce qui veut dire d'ailleurs que nous ne sommes pas en 'faute'", a-t-il expliqué. "C'est un cas qui est prévu dans le contrat et qui donnera lieu à un paiement de nos coûts engagés et à venir, liés à la 'démobilisation' physique des infrastructures et informatique ainsi qu'au reclassement des employés. (...) Nous ferons valoir tous nos droits", a ajouté le dirigeant.

A l'annonce de la rupture du contrat, "j'ai pensé au millier de personnes - 350 salariés de notre filiale en Australie et 650 salariés en France, dont 500 à Cherbourg - ainsi qu'à la centaine de sous-traitants qui s'étaient engagés dans cette 'australianisation' de la filière navale française, à qui je devais annoncer cette mauvaise nouvelle". En tout ce sont 80 familles australiennes "qui ont appris, du jour au lendemain, qu'elles n'avaient plus d'avenir en France. Ce fut un moment de sidération et de forte émotion", témoigne encore Pierre Eric Pommellet. 

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