Covid-19 : le "quoi qu'il en coûte" a évité une aggravation de la pauvreté en France

Covid-19 : le "quoi qu'il en coûte" a évité une aggravation de la pauvreté en France
Une distribution de nourriture des Restos du coeur, le 26 mars 2021, à Marseille.

publié le jeudi 04 novembre 2021 à 08h24

Si les aides de l'État a empêché une vague de pauvreté en France en 2020, les plus démunis semblent néanmoins avoir glissé encore plus dans la précarité, souligne l'Insee.

La crise du Covid-19 n'a pas provoqué une explosion de la pauvreté en France en 2020, estime l'Insee. Alors que dès l'automne 2020,  Alerte, un collectif d'associations, anticipait un million de pauvres supplémentaires à cause de l'épidémie qui a fait chuter le PIB de 8%, le taux de pauvreté monétaire "serait" resté stable l'an dernier, avance l'Institut national de la statistique et des études économiques.



Selon une étude publiée mercredi 3 novembre, en 2020, le taux de pauvreté, qui se définit comme un niveau de vie inférieur à 60 % du niveau de vie médian, touchait 14,6 % de la population française, soit 9,3 millions de personnes.

Un chiffre stable par rapport à 2019. Quant aux inégalités de revenu, elles "resteraient inchangées" également.



Il s'agit là d'estimations préliminaires, réalisées par "micro-simulations", et non pas du véritable taux de pauvreté pour 2020, qui ne sera calculé que courant 2022, à partir des données fiscales et sociales concernant la très grande majorité de la population. Mais la méthode employée pour élaborer cette première estimation a prouvé sa fiabilité depuis plusieurs années, souligne l'Insee, qui concède toutefois que les résultats auraient pu être différents si l'estimation incluait l'économie informelle, par essence non quantifiable, et qui a pu particulièrement pâtir de la crise sanitaire.

Une autre étude publiée mercredi par l'Insee permet d'entrevoir une situation moins dégradée que précédemment redouté. Les auteurs de ce document ont analysé, de manière anonymisée, les mouvements bancaires de quelque 203.000 clients de La Banque postale entre début 2019 et mi-2021. Sur cet échantillon, les revenus ont augmenté en moyenne de 1,5% entre 2019 et 2020, et la précarité ne s'est pas aggravée du fait de la crise sanitaire - qui a aussi entraîné une chute des dépenses de consommation, surtout pendant le premier confinement.

"Le déficit de revenus par rapport à ce qui pouvait être attendu a été un peu plus important pour les clients les plus précaires de La Banque postale, mais pas dans des proportions considérables. Et surtout, la proportion des comptes à découvert a été plus faible en 2020 qu'en 2019, même pour les plus bas revenus", note le directeur général de l'Insee, Jean-Luc Tavernier.

"Nous avons massivement protégé les Français"

Pour l'Insee, la stabilité du taux de pauvreté s'explique en partie par la politique gouvernementale du "quoi qu'il en coûte": sans la prise en charge du chômage partiel et les aides exceptionnelles versées aux plus modestes, le taux aurait sans doute augmenté de 0,6 point. Voire davantage, puisque cette estimation ne tient pas compte des éventuelles défaillances d'entreprises qu'aurait entraînées une absence de soutien gouvernemental.

"Nous avons massivement protégé les Français pendant la crise, massivement protéger les entreprises, massivement protéger les salariés. Nous avons également sauvé les entreprises de la faillite", s'est félicité mercredi le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, devant la commission des finances de l'Assemblée nationale.

"Quand on a un tel effondrement (...) de l'activité économique (...) et qu'on arrive à empêcher les faillites, à faire reculer le chômage et à stabiliser le taux de pauvreté, il n'y a pas lieu de s'en satisfaire, mais il y a quand même lieu de se dire qu'on a fait le boulot nécessaire pour protéger les plus fragiles", a-t-il insisté

"Je le redis, nous avons aujourd'hui beaucoup moins de faillites que ce que nous avions avant la crise. Nous n'avons pas, comme je l'entends trop souvent, cramé la caisse", a-t-il martelé, en référence à la critique de Valérie Pécresse. "Nous avons éteint l'incendie économique. Je crois donc que la majorité peut être fière du choix économique qu'elle a fait il y a maintenant près de deux ans."

La pauvreté "n'est pas que monétaire"

"La pauvreté s'est sans doute intensifiée mais n'a pas explosé", a souligné de son côté Jean-Luc Tavernier. Autrement dit, le nombre de pauvres n'a globalement pas augmenté, mais cela n'empêche pas que "certaines situations de pauvreté se sont aggravées à la faveur de la crise", selon ce responsable, pour qui "un seul indicateur ne peut pas rendre compte d'une réalité sociale ou économique comme la pauvreté", laquelle "n'est pas que monétaire".

Par ailleurs, l'étude révéle que la situation est plus difficile pour les personnes seules qui perçoivent le RSA. "Sur l'ensemble de l'année 2020, leurs revenus sont inférieurs de 4% par rapport au niveau attendu à partir de la tendance pré-crise, mais sans les aides, ils auraient été inférieurs de 7%", soulignent les auteurs de l'étude.

 

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