Blanchiment d'argent : Olaf Scholz, favori des législatives allemandes, s'explique au parlement

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Le ministre allemand des Finances et candidat du parti SPD aux législatives, Olaf Scholz, lors d'un meeting à Munich, le 18 septembre 2021
Le ministre allemand des Finances et candidat du parti SPD aux législatives, Olaf Scholz, lors d'un meeting à Munich, le 18 septembre 2021
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© AFP, ANDREAS GEBERT, POOL

publié le lundi 20 septembre 2021 à 14h33

Le favori des élections législatives allemandes, Olaf Scholz, a défendu lundi son action de lutte contre le blanchiment devant des députés qui l'ont convoqué, à quelques jours des législatives, dans une embarrassante affaire mettant en cause le ministère des Finances qu'il dirige.

Dans la dernière ligne droite avant le scrutin de dimanche, le social-démocrate a dû se justifier devant la commission des Finances du Bundestag sur la non-transmission à la justice, par des fonctionnaires de son ministère, d'éléments concernant une opération présumée de blanchiment.

Olaf Scholz a riposté en assurant que son ministère avait "amélioré continuellement" ces dernières années la lutte contre la criminalité financière, énumérant les efforts entrepris par son gouvernement.

Mais aucun ministre "ne peut résoudre (les problèmes) en claquant des doigts", a-t-il asséné aux parlementaires, ont rapporté des sources internes à l'AFP.

Alors que les députés s'attendaient à auditionner le ministre par visioconférence, en raison de son agenda de campagne, il a surpris la trentaine de membres de la commission en se présentant en personne.

Ce rebondissement n'a pas amadoué les députés qui lui réclament des explications, suite à la perquisition, début septembre, des locaux du ministère des Finances à Berlin par le parquet d'Osnabrück.

Les représentants de l'opposition, mais aussi les élus conservateurs CDU/CSU, partenaires de coalition du SPD, ont accusé le ministre, avant le début de la session, de graves défaillances dans la gestion du ministère qu'il occupe depuis 2018.

Le député libéral (FDP) Florian Toncar a dit tenir M. Scholz pour responsable d'un "espace de non-droit dans la lutte contre le crime organisé".

Représentant du SPD à la commission, Jens Zimmermann a accusé les adversaires politiques de M. Scholz, écologistes et conservateurs d'Angela Merkel au premier chef, de créer avec cette affaire "un épouvantail", alors que M. Scholz reste en tête des derniers sondages. 

Il est crédité d'autour de 25% des intentions de vote, contre un peu plus de 20% pour la droite et 15% pour les Verts.

- Paiement vers l'Afrique - 

Le point de départ de l'affaire examinée par les députés, en 2020, porte sur des paiements suspects à destination de l'Afrique d'un montant supérieur à un million d'euros.

Un rapport sur cette affaire, reçu par l'Office central d'enquête sur les transaction financières (FIU), sous tutelle du ministère des Finances, n'a "pas été transmis aux autorités judiciaires", ce qui a empêché "l'arrêt de ce paiement", selon le parquet.

Or, cette transaction avait pour toile de fond du trafic d'armes et de drogues ainsi que du financement de terrorisme.

La justice soupçonne d'autres manquements similaires. Elle estime que "des soupçons de blanchiment d'argent se chiffrant en millions d'euros" n'ont "pas été transmis à la police et à la justice".

Pour "vérifier si et, le cas échéant, dans quelle mesure, la direction et les responsables des ministères (...) ont été impliqués dans les décisions de la FIU", le parquet a donc ordonné récemment des perquisitions aux ministères des Finances et de la Justice.

L'opposition au Bundestag autour des Verts, des libéraux et de la gauche radicale, a alors convoqué Olaf Scholz, jugeant sa responsabilité engagée.

- Complot? -

Irrité par ces perquisitions en pleine campagne électorale, M. Scholz a critiqué la méthode des enquêteurs, dénonçant à demi-mot un complot politique le visant.

Menacés par une défaite historique, les conservateurs de la CDU se sont aussi saisis de cette affaire.

"Quand un parquet perquisitionne un ministère, la bonne réaction est de dire : nous allons aider la justice" et non de dénoncer des complots de manière "populiste", a tancé le chef de file des conservateurs, Armin Laschet.

"Il est tout à fait clair qu'il incombe toujours aux autorités de coopérer les unes avec les autres (...) et c'est ce que nous faisons", a assuré Olaf Scholz lundi, tentant d'éteindre l'incendie.

Le ministre n'en est pas à sa première affaire embarrassante : son administration a été critiquée pour son absence de vigilance l'an dernier lors de la faillite de la société Wirecard, plus gros scandale financier de l'après-guerre dans le pays.

M. Scholz avait là aussi dû répondre aux questions musclées des parlementaires, dans le cadre d'une commission d'enquête spéciale.

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