Alzheimer, bombe à retardement pour la santé publique en Chine

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Des volontaires à la recherche de Chen Shaohua, un malade d'Alzheimer ayant disparu, près du centre commercial où il a été vu pour la dernière fois, le 19 juillet 2021 à Pékin
Des volontaires à la recherche de Chen Shaohua, un malade d'Alzheimer ayant disparu, près du centre commercial où il a été vu pour la dernière fois, le 19 juillet 2021 à Pékin
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© AFP, NOEL CELIS
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publié le lundi 20 septembre 2021 à 07h51

Dix millions de malades pour moins de 200 lits... Avec un quart des cas d'Alzheimer à la surface du globe, la Chine est désemparée face à un mal à la progression exponentielle.

"Aucun autre problème de santé publique n'est aussi menaçant en Chine", résume Wei Shouchao, neurologue à l'Université médicale du Guangdong (sud).

Avec le vieillissement rapide de la population, le nombre de malades devrait quadrupler pour atteindre les 40 millions d'ici 2050, selon une étude de la London School of Hygiene and Tropical Medicine.

Entre les coûts médicaux et la perte de productivité engendrée par le départ des aidants de la main d'oeuvre nationale, le rapport estime qu'Alzheimer coûterait alors la somme pharamineuse de 1.000 milliards de dollars par an à l'économie chinoise.

"C'est la maladie qui progresse le plus vite en Chine et nous ne sommes absolument pas équipés pour y faire face", reconnaît le neurologue.

En comparaison, les Etats-Unis, avec 6,2 millions de patients, peuvent compter sur 73.000 lits dans des centres de soins spécialisés.

- Trop tard -

Dans le pays asiatique, la maladie est compliquée par le fait qu'elle est souvent détectée trop tard, comme dans le cas de Chen Shaohua, un ancien musicien de 68 ans.

Lorsqu'il a commencé à perdre ses clés ou son porte-monnaie, ses proches ont juste mis cela sur le compte d'une étourderie.

"Nous n'avons jamais pensé à Alzheimer parce qu'il n'y en a jamais eu dans la famille et parce qu'il était encore jeune", témoigne sa fille, Chen Yuanyuan.

Le manque de détection de la maladie fait que des patients restent sans traitement ni accompagnement pendant des années, relève He Yao, du Centre national de recherche clinique sur les maladies gériatriques.

"C'est dommage, parce qu'intervenir plus tôt permet de ralentir la progression du mal", déclare-t-il à l'AFP.

L'exode rural joue aussi un rôle, des millions de personnes âgées vulnérables se retrouvant seules à la campagne sans enfants pour prendre soin d'elles.

Chen Shaohua, l'ancien musicien, s'est perdu une première fois pendant près de deux jours. La police l'a retrouvé... en pleine tentative d'effraction.

"L'endroit ressemblait à celui où nous habitions autrefois. Papa était perdu, il avait oublié que nous habitions à présent à Pékin", explique sa fille. 

- Papa au boulot -

Le gouvernement a annoncé l'an dernier un plan d'action "Santé 2030" qui prévoit de généraliser la détection de la maladie au niveau des quartiers.

Mais le plan ne comporte aucun détail sur la création de structures d'accueil ou sur la formation des médecins. 

"En zones rurales, les médecins ne sont pas formés pour repérer la maladie au stade précoce", déplore le docteur Wei.

"Même à Pékin, il n'y a qu'une seule maison de retraite avec du personnel formé pour soigner les patients d'Alzheimer".

Faute de capacités d'accueil, le fils de M. Chen, Chen Yunpeng, est obligé d'emmener son père sur son lieu de travail, un entrepôt d'une entreprise de logistique. 

La première fois qu'il s'est perdu, ses enfants ont appelé à l'aide une association de bénévoles qui participe aux recherches de personnes âgées portées manquantes.

Plus d'une dizaine de personnes se sont rassemblées à l'endroit où Chen père avait été vu pour la dernière fois. Certaines ont aidé la police à consulter des heures d'enregistrement de caméras de rues à la recherche du retraité.

L'association affirme avoir aidé à retrouver quelque 300 patients d'Alzheimer depuis 2016.

"On reçoit des appels presque tous les jours depuis l'ensemble du pays", rapporte Su Xiao, qui dirige le Centre de recherche d'urgence Zhiyuan à Pékin.

"Le plus dangereux, c'est quand une personne âgée se retrouve sur un chantier abandonné, ou bien dans une carrière, ou alors dehors par mauvais temps". 

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