Une réduction "de 50 à 80%" de la population mondiale prévue d'ici 2025 d'après le gouvernement américain ? Attention à cette infox

Une réduction "de 50 à 80%" de la population mondiale prévue d'ici 2025 d'après le gouvernement américain ? Attention à cette infox

publié le lundi 13 septembre 2021 à 09h57

Les projections du site "Deagel.com", présenté comme "une organisation officielle de renseignement pour le gouvernement américain", ont été partagées des milliers de fois depuis le mois d'août pour affirmer que la population mondiale sera réduite de "50 à 80%" d’ici 2025, à cause de la "vaccination de masse" contre le Covid-19. Mais ce site, qui s'est déjà trompé à de nombreuses reprises dans ses prévisions, n'appartient pas au gouvernement américain et a supprimé ses projections pour 2025. A l'inverse, les scénarios de l'Insee, de l'Ined et de l'ONU prévoient un accroissement continu de la population française et mondiale entre 2020 et 2025."L'organisme Deagel prévoit la dépopulation mondiale massive de 50 à 80% d’ici 2025. Pour information Deagle (sic) est une organisation de renseignement pour le gouvernement Américain et ils ont comme partenaires L'OTAN, L'OCDE la NSA et plusieurs autres organismes", affirme une publication partagée le 21 août sur Facebook et relayée plus de 600 fois depuis.

Ce texte est accompagné d'un tableau, montrant des projections spécifiques à la France indiquant que la population française sera de "39 millions d'habitants" en 2025, contre 67 millions aujourd'hui. "Voilà le but réel de la vaccination de masse", conclut l'image.

Capture d'écran prise sur Facebook le 07/09/2021Les prévisions de Deagel circulent en français depuis au moins 2014, mais ont trouvé un nouvel écho avec l'apparition de la pandémie reprises par de très nombreux sites (1, 2, 3, 4, 5, 6) qui expliquent ces baisses prévues par le lancement des campagnes de vaccination contre le Covid.

Ces projections, qui existent pour chaque pays, ont également fait le tour du monde partagées en anglais, en espagnol ou encore en bosnien.

Qu'est-ce-que le site Deagel.com?Le site Deagel.com présenté dans de nombreuses publications virales comme "une organisation officielle de renseignement pour le gouvernement américain", n'apparaît dans aucun registre officiel émanant de l'administration des Etats-Unis. Les auteurs de ce site sur lequel figurent notamment des statistiques sur les équipements militaires et l'aviation, ont expliqué dans une note publiée en 2014 que Deagel.com est une "organisation à but non lucratif, gérée sur du temps libre" qui n'est "liée à aucun gouvernement, de quelque manière que ce soit.".

Pourtant, de nombreux internautes soutiennent que ce site serait celui de "Edwin A. Deagle, Jr., assistant au secrétaire à la Défense et secrétaire adjoint à la Défense". Mais cela semble venir d'une confusion avec Edwin A. Deagle, ancien officier de l'armée et expert en sécurité nationale, décédé le 16 février 2021. Il possédait un site à l'orthographe très proche, Deagle.com, comme le montre une version archivée en 2012 du site sur Whois, qui permet de d'obtenir des informations sur les noms de domaine de sites.

Deagel.com, qui relaie les projections virales, a, lui, été enregistré par un certain Gas Deagel, toujours d'après les informations de Whois.

Comparaison des informations enregistrées pour le site Deagle.com et le site Deagel.comDe fausses prédictions dans le passéLes prédictions de Deagel.com ont déjà montré leurs faiblesses. En janvier 2012, ce site prévoyait ainsi une décroissance de la population française dans les années à venir, censée s'établir à 61 millions d'habitants en 2020, comme le montre une version archivée de la page.

Pourtant entre 2012 et 2020, la population française n'a cessé de s'accroître et, en 2020, la France comptait 67 millions d'habitants d'après les statistiques de l'Insee, un record.

Capture d'écran d'une version archivée en janvier 2012 du site Deagle.com Capture d'écran prise sur le site de l'Insee 

 

"Même avec une surmortalité en 2020 due au Covid, les naissances sont restées nettement plus nombreuses que les décès", a expliqué à l'AFP le 10 septembre Gilles Pison, démographe et chercheur associé à l'Ined.

De même, le site prévoyait pour 2020 une population de 52 millions d'habitants au Royaume-Uni contre 67 millions dans les faits et annonçait 248 millions d'habitants aux Etats-Unis la même année, contre 331 millions.

"Désolé de décevoir beaucoup d'entre vous avec nos prévisions. C'est de pire en pire chaque année depuis le début de la pré-crise en 2007 (...) Tenez compte du fait que les prévisions ne sont rien de plus qu'un modèle, qu'il soit défectueux ou correct. Ce n'est pas la parole de Dieu ou un appareil magique qui permet de prévoir l'avenir", admettaient les auteurs du site en 2014.

Capture d'écran prise sur une version archivée du site Deagel.comContactés, ils n'ont pas répondu à l'AFP pour indiquer la méthode de calcul de leurs prévisions. Les projections pour 2025 relayées dans les publications ont été retirées du site et ne sont désormais plus visibles que dans des versions archivées.

Une population mondiale qui devrait continuer de croîtreJoints par l'AFP, l'Institut national d'études démographiques (Ined) et l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) ont indiqué que les projections actuelles prévoient unanimement un accroissement de la population française pour les années à venir, à l'inverse de ce qu'impliquent les publications virales.

L'Insee a expliqué à l'AFP que, selon le dernier scénario central de ses projections démographiques, actualisé en 2016 et qui dépend "des tendances observées en matière de fécondité, mortalité et de solde migratoire", "la population française augmenterait de 1,9% entre 2020 et 2025 (+ 1,27 millions)" et que cette augmentation devrait se poursuivre, pour croître de 6,8% entre 2020 et 2040 (+4,63 millions d’habitants).

L'Ined estime également que la population française sera de 69 millions de Français en 2025 et ne cessera de grandir dans le siècle à venir, pour atteindre 76 millions de Français en 2070.

Capture d'écran prise le 10/09/2021 sur le site Ined.frA l'échelle mondiale, l'ONU prévoit aussi une augmentation de la population dans le futur. Selon ses dernières projections, actualisées en 2019, il devrait y avoir sur Terre plus de 8 milliards d'êtres humains en 2025, contre 7,7 aujourd'hui. Après cette date, la population devrait continuer d'augmenter, atteignant même 10 milliards d'habitants en 2060.

"La croissance de la population mondiale se poursuit dans les projections des Nations Unies, tout en décélérant, c'est-à-dire que le rythme d'accroissement mondial de la population, qui est de 1% par an actuellement, diminue d'année en année", analyse Gilles Pison.

La vaccination n'a pas réduit la population mondialePour le chercheur, soutenir que la vaccination pourrait être un facteur capable d'inverser les tendances actuelles d'accroissement de la population est une "infox", puisque 5,7 milliards de doses de vaccins contre le Covid-19 ont déjà été administrées à ce jour dans le monde, sans qu'un tel effet n'ait été observé.

Capture d'écran prise sur le site Ourworldindata le 12 septembre 2021A l'inverse, les spécialistes insistent unanimement sur le fait que les vaccins sont indispensables pour lutter contre le Covid-19, en limitant les risques de développer des formes graves de la maladie, qui a déjà fait plus de 4,5 millions de morts dans le monde et provoqué un record de décès depuis 60 ans en Europe en 2020.

"Ce que les scientifiques préconisent, c'est le maximum de personnes protégées", a expliqué à l'AFP le 27 août l'épidémiologiste Antoine Flahault. Car même si les vaccins anti-Covid n'empêchent pas la transmission ni l'infection par le virus, ils restent efficaces pour éviter les hospitalisations et les décès dus à la maladie.

Si, récemment, de très rares affections plus graves ont été associées à l'AstraZeneca (thromboses), aux vaccins à ARN messager (péricardite, myocardite) ou au Johnson & Johnson/Janssen (syndrome de Guillain-Barré), la plupart des effets secondaires sont bénins (douleurs au point d'injection, fièvre...).

L'Agence Européenne du Médicament (AEM) continue donc de conclure, dans un avis du 9 juillet (en anglais), que "les bénéfices de tous les vaccins Covid-19 autorisés continuent de surpasser leurs risques, étant donné le risque de la maladie du Covid-19, les complications qui lui sont associées, et le fait que des preuves scientifiques montrent qu'ils réduisent les décès et les hospitalisations dues au Covid".

Vos réactions doivent respecter nos CGU.