Une fosse commune découverte près de Kinshasa ? Un seul cadavre a été découvert, selon les autorités

Une fosse commune découverte près de Kinshasa ? Un seul cadavre a été découvert, selon les autorités

, publié le vendredi 27 novembre 2020 à 17h43

Des publications sur Facebook affirment, photos d'ossements et de crânes à l'appui, qu'une "nouvelle fosse commune" a été découverte dans la commune de la N'sele, dans la périphérie de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. Selon les recherches de l'AFP, les photos utilisées remontent à plusieurs années. Si un cadavre a bien été retrouvé, il n'est pour l'instant pas avéré qu'il s'agisse d'un charnier, selon les autorités locales.

"C'est hier qu'une nouvelle fosse commune a été découverte dans la commune de la N'Sele (non loin du Mausolée de feu Étienne Tshisekedi)", annonce une publication partagée plus de 700 fois depuis sa diffusion dans la soirée du 22 novembre.

Cette "fosse commune" a été découverte par l'Association congolaise pour l'accès à la justice (ACAJ), une association de défense des droits humains, qui "demande une sécurisation urgente des lieux et une enquête judiciaire crédible", affirment les publications.


Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 26 novembre 2020

Cette affirmation et ces photos sont reprises sur d'autres publications partagées plusieurs centaines de fois sur Facebook et Twitter (1, 2). 

Ces publications reprennent mot pour mot un tweet publié quelques heures plus tôt par le responsable de l'ACAJ, Georges Kapiamba, évoquant cette découverte qualifiée de "troublante".


Capture d'écran prise le 26 novembre 2020.

Des médias congolais ont également repris cette annonce de l'ACAJ.

Un seul corps découvert, selon les autorités

Contacté par l'AFP le 25 novembre, Georges Kapiamba a confirmé cette découverte. 

"Nos enquêteurs étaient sur le terrain et c'est troublant ce qu'ils ont vu. Il faut qu'une enquête soit menée par les autorités compétentes", a-t-il déclaré, sans toutefois pouvoir assurer de la présence d'une "fosse commune" comme il l'affirme dans son tweet. 

"Il y a peut-être plusieurs corps, on veut une enquête pour déterminer", a-t-il expliqué. 

M. Kapiamba n'a pas été en mesure de donner l'adresse précise du site. L'association a été alertée par les habitants du quartier, a-t-il indiqué.

Contacté par l'AFP le 25 novembre, le bourgmestre de la commune de la N'sele a démenti l'existence d'une fosse commune dans sa juridiction.

"Nous n'avons découvert qu'un seul corps enterré, à Kindobo, un quartier dans la commune de la N'sele", a-t-il déclaré à l'AFP, précisant s'être rendu sur le terrain avec quelques agents des services de renseignements et la Croix Rouge.

"Nous avons démenti l'existence d'une fosse commune telle qu'annoncée par l'ACAJ", a-t-il insisté.  

Le porte-parole du gouvernement provincial de Kinshasa, Charles Mbuta Muntu, a également démenti cette thèse, selon le site Mediacongo.net. 

"Il s'agit d'un seul corps retrouvé à la surface par un tracteur au service des gens occupés à des travaux de construction dans cette partie de la capitale", a-t-il déclaré. 

Selon lui, il s'agirait comme "un pêcheur mort noyé et dont le corps se trouvait dans un état de décomposition fort avancée. Il avait été enterré à cet endroit par les services de la commune".

Des photos de 2013 et 2017 

Georges Kapiamba a transmis à l'AFP des photos prises sur place par des membres de l'association. On y voit un crâne et des ossements ainsi que des débris de vêtements.


Capture d'écran d'une photo envoyée par l'ACAJ via Whatsapp, le 25 novembre 2020.


Ces images n'ont rien à voir avec les photos de multiples crânes et os diffusées par les publications que nous vérifions. 

Ces publications utilisent en réalité un montage de deux photos.


Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 26 novembre 2020.

Selon des recherches d'image inversées, ces photos diffusées sur les réseaux sociaux sont bien plus anciennes.

La première photo (partie supérieure du photomontage) a été prise par un photographe de l'AFP, Ahmad Gharabli, et montre des dizaines de squelettes découverts en mai 2013 dans un cimetière du district de Jaffa, à Tel Aviv (Israël), lors de travaux de rénovation.

Selon un responsable de ce cimetière musulman, il pourrait s'agir de corps de Palestiniens tués durant la première guerre israélo-arabe de 1948.




La deuxième photo (partie inférieure du photomontage) a été notamment utilisée dans des articles de 2017 et 2018 évoquant le conflit entre les forces armées congolaises et la milice Kamuina Nsapu, dans la province du Kasaï central.

Elle est créditée par ces publications à l'agence de presse Reuters, mais les légendes la situent dans différentes communes de cette province.

L'AFP a retrouvé ce cliché en illustration d'une dépêche de l'agence de juillet 2017. 

Selon la légende, elle a été prise par le journaliste de Reuters, Aaron Ross, le 12 mars 2017.

Elle montre "des crânes humains supposés appartenir à des victimes d'un récent affrontement entre l'armée et la milice Kamuina Nsapu visibles au bord d'une route à Tshimaiyi, près de Kananga, la capitale de la province du Kasaï central".




Ces deux photos ont donc été sorties de leur contexte pour illustrer la découverte en 2020 d'une "fosse commune", dont l'existence n'est pas avérée. 

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