Traitements contre le Covid-19 : attention aux affirmations incorrectes de cette médecin

Traitements contre le Covid-19 : attention aux affirmations incorrectes de cette médecin

publié le vendredi 10 septembre 2021 à 16h01

Dans une vidéo partagée plusieurs dizaines de milliers de fois sur Facebook depuis le 20 août, une médecin interrogée sur un plateau TV en Martinique affirme que l'efficacité de traitements anti Covid à base d'ivermectine, d'hydroxychloroquine et d'azithromycine, a été scientifiquement prouvée. Ces affirmations sont trompeuses : il n'est pas possible à ce jour d'affirmer scientifiquement qu'un médicament prévient ou guérit du Covid-19."C'est très difficile parce qu'on a plus certains traitements, qui marchent, comme l'ivermectine, quoi qu'on en dise", affirme une médecin dans une vidéo partagée plus de 26.000 fois sur Facebook depuis le 20 août, et reprise dans plusieurs posts (1, 2) et sur Twitter.

Il s'agit de Françoise Douady, médecin généraliste et nutritionniste basée à Fort-de-France en Martinique. Dans cette vidéo, elle s'exprime sur le plateau télé de la chaîne publique la 1ère, qui couvre l'Outre-mer. Elle affirme que des traitements efficaces contre le Covid-19 existent, et cite notamment l'hydroxychloroquine, l'azithromycine et l'ivermectine. Elle affirme également que ces traitements ne sont pas utilisés en France alors qu'ils auraient fait leurs preuves à l'étranger.

Ces informations sont trompeuses : si les études et les polémiques autour de traitements du Covid-19 se multiplient, l'efficacité de ces médicaments n'est à ce jour pas démontrée scientifiquement contre le Covid.

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 07/09/21Françoise Douady affirme que la Martinique n'a plus "certains traitements qui marchent, comme l'ivermectine". L'ivermectine est un médicament - à usage vétérinaire et humain - utilisé contre des parasites, comme la gale, la cécité des rivières (onchocercose) ou encore les poux. Elle affirme "qu'on n'a pas voulu reconnaître que ce traitement marchait".

Elle donne également des chiffres, affirmant, pêle-mêle, que "plus de 300 études de méta analyse sur l'hydroxychloroquine ont prouvé un résultat à plus de 65%" et que "63 études qui ont porté sur 26.398 personnes, 68% de bons résultats avec des anticorps monoclonaux, une étude qui a porté sur 799 personnes, on a 66% de résultats, avec le remdesivir, 31%." L'AFP n'a pas été en mesure de retrouver la source de tous ces chiffres. Contactée à plusieurs reprises par l'AFP pour préciser ces affirmations, le Dr. Douady n'a pas donné suite à ces sollicitations.

L'essai clinique européen Discovery, qui teste l'efficacité de médicaments contre le Covid-19, a arrêté de tester le remdesivir en janvier 2021 après pourtant quelques premiers essais encourageants, "faute de preuves de son efficacité" comme l'avait écrit l'AFP dans une dépêche le 27 janvier 2021.

Plusieurs autorités sanitaires et institutions scientifiques ont pourtant déjà expliqué que l'ivermectine n'était pas considérée comme un médicament préventif ou curatif, en raison de la faiblesse scientifique des données disponibles.

Si une étude a observé une efficacité in vitro (en laboratoire), de l'ivermectine sur le Sars-CoV-2, son efficacité sur l'homme n'est à ce jour pas démontrée, car les essais menés ne permettent pas de déterminer si elle est efficace ou non tant ils ont de faiblesses méthodologiques, comme l'avait déjà expliqué l'AFP ici. Des rumeurs concernant la confiscation de stocks d'ivermectine en Martinique circulent aussi sur les réseaux sociaux. Si les pharmaciens martiniquais ont rapporté des pénuries d'ivermectine dues à une hausse de la demande, il n'y a pas eu de confiscation, comme l'avait expliqué l'AFP ici.

Peu chère, déjà souvent utilisée dans certains pays - par exemple en Amérique latine -, l'ivermectine partage des points communs avec l'hydroxychloroquine, un autre antiparasitaire défendu bec et ongles par certains médecins et personnalités politiques, bien que son efficacité n’ait pas été prouvée et qu’un vaste essai clinique ait même conclu à l'absence d'effets.

Bien souvent, pour l'ivermectine comme pour l'hydroxychloroquine, on retrouve la même rhétorique, selon laquelle elles seraient volontairement ignorées par les autorités. Françoise Douady évoque également l'hydroxychloroquine. Elle tient les propos suivants: "Nos traitements marchent. Il y a l'hydroxychloroquine, et l'azithromycine, le protocole du professeur Raoult, on a d’autres traitements."

La chloroquine est prescrite depuis plusieurs décennies contre le paludisme, un parasite véhiculé par le moustique. Son dérivé, mieux toléré, l'hydroxychloroquine (HCQ), connue en France sous le nom de Plaquénil, est prescrit contre le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. L'hydroxychloroquine connaît depuis fin février 2020 une notoriété inédite depuis que le Pr Didier Raoult, de l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée-Infection, à Marseille, a relayé une étude chinoise, peu détaillée, affirmant que le phosphate de chloroquine montrait des signes d'efficacité chez des malades du Covid-19. Comme le Dr. Françoise Douady, nombreux sont ceux qui vantent l'efficacité de l'hydroxychloroquine pour les patients atteints du Covid-19. Mais de nombreux scientifiques ont expliqué ces derniers mois que la molécule n'avait pas fait la preuve de son efficacité.

Des études randomisées (méthode considérée comme la plus fiable pour tester un traitement avec un groupe recevant le traitement et un groupe témoin recevant un placebo) – la britannique Recovery, la française Hycovid, ou Solidarity menée par l’OMS – ont conclu que l'hydroxychloroquine n'était pas efficace contre le Covid-19.

En octobre, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a refusé d'accorder une recommandation temporaire d'utilisation (RTU) – qui permet "d'encadrer des prescriptions non conformes à l’autorisation de mise sur le marché (AMM), sous réserve que le rapport bénéfice/risque d'un médicament dans l’indication considérée soit présumé favorable" – à l'hydroxychloroquine, suivant les recommandations du Haut Conseil de la santé publique.

L'agence a justifié ce choix dans un communiqué, expliquant qu'"à ce jour, les données disponibles, très hétérogènes et inégales, ne permettent pas de présager d’un bénéfice de l’hydroxychloroquine, seule ou en association, pour le traitement ou la prévention de la maladie Covid-19". L'ANSM a cependant précisé que cette décision pourrait "être révisée à tout moment, notamment si de nouveaux résultats d’études cliniques venaient modifier le constat fait à ce jour". L'AFP a déjà vérifié plusieurs publications affirmant que l'hydroxychloroquine aurait prouvé son efficacité pour les patients atteints du Covid-19, comme ici ou ici.

Françoise Douady évoque également l"azithromycine". L'azithromycine est un antibiotique de la classe des azalides, souvent utilisé pour traiter des angines et des bronchites. L'agence française du médicament (ANSM) a particulièrement mis en garde contre les risques cardiaques liés à la combinaison hydroxychloroquine et azithromycine. Une étude menée dans 55 hôpitaux brésiliens et publiée le 24 juillet a observé également que l’hydroxychloroquine, combiné ou non à l'antibiotique azithromycine, était inefficace face au Covid-19.

L'Inde et le Mexique: sauvés par l'ivermectine ?Françoise Douady affirme qu'il n'y a eu que 3% de morts dans l'état de l'Uttar Pradesh en Inde, grâce à l'usage de l'ivermectine, et qu'il y en a eu beaucoup plus dans l'état de New Delhi. Selon le ministère de la Santé indien, à la date du 8 septembre, il y a 441.411 morts liés au Covid-19 en Inde depuis le début de la pandémie, dont 22.863 dans l'Uttar Pradesh et 25.083 dans le Delhi (l'état comprenant la ville de New Delhi, capitale de l'Inde).

L'ivermectine a été ajouté le 6 avril à la liste des traitements recommandés pour prévenir les contaminations au Covid-19 dans l'Uttar Pradesh. Le 28 avril, le gouvernement indien a également ajouté l'ivermectine à sa liste de traitements recommandés pour prévenir l'infection dans tout le pays. Le ministère de la Santé indien a publié une instruction où il est écrit que les personnes infectées avec le Covid-19 ayant des symptômes légers ou asymptomatiques devaient prendre de l'ivermectine une fois par jour pendant 3 à 5 jours.

Selon nos confrères de Checknews, le déploiement du traitement à l'ivermectine est postérieur au pic des infections, situé entre le 21 et le 26 avril. Dès le début du mois d'avril, le gouvernement indien a progressivement pris des mesures pour juguler la pandémie, dont compris un strict confinement et un système de surveillance et de traçage.

De plus, quarante jours après avoir ajouté l'ivermectine à la liste des traitements recommandés, le ministère de la Santé indien l'a retiré.

Selon Le Figaro, le Pérou a recommandé l'ivermectine de mai 2020 à mars 2021 de la même manière que l'Inde et n'a pourtant pas évité de vague épidémique en août 2020 et février 2021. Il n'y a donc pas de preuves que l'inflexion de la courbe du nombre de personnes infectée par le Covid-19 en Inde à partir du mois de mai soit liée à l'utilisation de l'ivermectine.

Françoise Douady cite également l'exemple du Mexique, affirmant qu'il y a eu "très peu de morts" dans l'état du Chiapas grâce à l'usage de l'ivermectine et "énormément de morts" dans l'état de Mexico, qui aurait vu une diminution drastique des morts après avoir commencé à utiliser l'ivermectine aussi. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), à la date du 7 septembre, il y a 263.140 morts liés au Covid-19 au Mexique depuis le début de la pandémie, dont selon le ministère de la Santé mexicain, 2.072 dans l'état du Chiapas et 41.345 dans l'état de Mexico. L'état du Chiapas (5 millions d'habitants) est presque quatre fois moins fois peuplé que l'état de Mexico (17 millions d'habitants).

En mai 2021, les autorités de santé de Mexico City ont sorti les résultats d'une étude non clinique et qui n'a été publiée dans aucun journal scientifique, qui affirmait que l'ivermectine avait aidé à réduire les hospitalisations liées au Covid-19 de 76%. Le lien éventuel avec le nombre de décès à Mexico n'est pas étudié.

Le 29 janvier 2021, lors d'une conférence presse, la secrétaire à la santé du gouvernement de Mexico City, Oliva Lopez Arellano a affirmé que l'ivermectine était utilisé pour "réduire les charges virales et réduire les symptômes graves," et qu'"il n'y a pas d'effets secondaires qui mettent la population en danger." Mais il n'y a pas de consensus sur l'utilisation de l'ivermectine au Mexique.

En effet, le même jour, le groupe d'experts multidisciplinaire de la Commission de coordination des instituts nationaux de la santé et des hôpitaux de haute spécialité (CCINSHAE) du Mexique a appelé à éviter l'utilisation de médicaments contre le Covid-19, affirmant qu'"il n'y a pas suffisamment de preuves scientifiques pour recommander l'utilisation de l'ivermectine seul, de l'azithromycine seul, ou de l'ivermectine associée à de l'azithromycine, comme traitement du Covid-19." Ils ont affirmé qu'"il n'y a également aucune base pour dire que ces médicaments sont utiles pour prévenir la propagation de l'infection par le virus SARS-CoV-2."

L'Organisation mondiale de la santé (OMS), déconseille également l'utilisation généralisée de l'ivermectine et affirme que le médicament ne devrait être utilisé que dans le cadre d'essais cliniques. Une recommandation qui s’applique "quel que soit le niveau de gravité ou de durée des symptômes", a expliqué Janet Diaz, responsable de l’équipe clinique chargée de la riposte au Covid-19 au sein de l'agence onusienne. Les experts de l'OMS ont tiré leurs conclusions à partir d'un total de 16 essais cliniques aléatoires comportant 2400 participants.

L'Agence européenne des médicaments (AEM) a aussi déconseillé l’ivermectine dans la prévention ou le traitement du Covid en dehors d'essais cliniques contrôlés. L'AEM "a conclu que les données disponibles ne soutiennent pas son utilisation pour le Covid-19 en dehors d'essais cliniques", selon un communiqué. "Des études en laboratoire ont montré que l'ivermectine pouvait bloquer la réplication du SARS-CoV-2 (le virus qui provoque le Covid-19), mais à des concentrations beaucoup plus élevées que celles obtenues avec les doses actuellement autorisées", explique notamment l'AEM.

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