"Personne n'est mort du coronavirus": cette vidéo contient de nombreuses fausses affirmations

"Personne n'est mort du coronavirus": cette vidéo contient de nombreuses fausses affirmations

publié le lundi 10 mai 2021 à 13h12

Dans une vidéo intitulée "Personne n'est mort du coronavirus", partagée plus de 2.000 fois sur Facebook depuis le 8 mai, un homme dénonce  l'instauration possible d'un "passeport sanitaire" en France qu'il estime être l'équivalent d'un "régime d'apartheid" entre les vaccinés contre le Covid-19 et ceux qui ne le sont pas. Cette mesure suscite de vifs débats en France, jusqu'à l'Assemblée nationale, mais la vidéo contient de nombreuses fausses affirmations sur le virus et ses conséquences.

"Passeport vaccinal : Macron met fin au principe d'égalité et instaure le régime ségrégationniste", peut-on lire dans la publication qui accompagne cette vidéo de 32 minutes, diffusée le 8 mai sur la page "Vérité dérangé".

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 10 mai 2021

Dans les plus de 300 commentaires, outre les nombreux appels à "partager" lancés par le modérateur de la page, des internautes saluent la prise de parole virulente de l'homme sur la vidéo, qui invoque à plusieurs reprises le nazisme pour qualifier la situation actuelle en France. 

L'auteur de la vidéo possède un compte appelé Verdi sur Odysée où il diffuse ses créations. Il a mis en ligne 76 vidéos en 8 mois sur son compte et les plus populaires comptent quelques milliers de vues sur cette plateforme prisée des complotistes français.

Capture d'écran de la plafeforme Odysée réalisée le 10 mai 2021

Il utilise également un compte Youtube suivi par près de 6.000 abonnés au 10 mai 2021 où il diffuse des versions raccourcies de ses vidéos.

Dans l'onglet "A propos" de cette chaîne, il se définit comme "un humaniste combattant" et redirige vers "une chaîne principale", qui a toutefois été "clôturée en raison du non-respect du règlement de la communauté YouTube", indique la plateforme.

Dans sa longue vidéo sur le "passeport sanitaire", il avance plusieurs fausses affirmations sur le virus, les masques, les vaccins et les tests PCR.

"Le nanomètre, un virus, il a cette dimension, voilà pourquoi aucun masque ne peut empêcher la pénétration d'un virus" Faux

Verdi estime que les mesures de restrictions liées au port du masque sont une "mascarade" car il serait inutile pour empêcher la diffusion du Covid-19.

Le Sars-CoV2 a effectivement un diamètre compris entre 60 et 140 nanomètres (0,06 à 0,14 micromètres), selon un rapport de février 2020 publié dans le New England Journal of Medicine par des chercheurs chinois.

Mais dans un précédent article de vérification, plusieurs experts avaient déjà expliqué à l’AFP que se concentrer sur la taille des virus n'était pas pertinent pour juger de l'efficacité des masques.

Le virus est effectivement plus petit que les pores du masque, mais "le virus voyage sur des gouttelettes d'eau plus grosses", expulsées lors d'éternuements, expliquait à l'AFP Jean-Michel Courty, professeur de physique à la Sorbonne et chercheur au laboratoire Kastler Brossel.

Plutôt que la taille du virus, "c'est la taille des gouttelettes qui contiennent le virus qui importe", souligne à l'AFP Julian Leibowitz, professeur en pathogénie microbienne et immunologie à la Texas A&M University.

"Le virus se transmet en grande majorité par des gouttelettes plus grosses, de 5 à 15 microns de diamètre", abondait à l'époque Patrick Remington, ancien épidémiologiste pour les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) et directeur du Programme de résidence en médecine préventive à l’université de Wisconsin-Madison.

"Les masques bien ajustés réduisent de façon significative le nombre de gouttelettes expulsées par une personne", a-t-il expliqué.

Une femme porte un masque dans une zone où il est obligatoire, à Bordeaux, le 16 septembre 2020 (AFP / Philippe Lopez)

L'OMS, comme les autorités sanitaires, considèrent le port du masque comme une mesure efficace pour limiter la propagation du virus, en plus de la distance physique et du lavage de mains. Il est d'autant plus efficace qu'il est massivement porté, car les porteurs se protègent mutuellement les uns les autres.

Il existe plusieurs travaux scientifiques relevant l'efficacité des masques, comme expliqué par des chercheurs des universités de Pennsylvanie et de Cambridge, qui soulignent que "les preuves continuent à s'accumuler montrant que les masques, y compris ceux en tissu, préviennent la transmission de l'infection".

"Aucun pathologiste européen n'est parvenu à identifier d'anticorps spécifique du Sars-CoV-2 (..) ça veut dire que s'il n'y a pas d'anticorps spécifique, c'est qu'il n'y a pas de virus spécifique" Faux

L'auteur de la vidéo, qui évoque à plusieurs reprises la notion de fausse pandémie, estime ensuite que le virus n'existe pas car personne n'a repéré "d'anticorps spécifique" au Sars-CoV-2.

Les "anticorps" font partie de la réponse immunitaire du corps face à une infection. Leur présence au sein d'un organisme atteste donc du passage d'un virus.

Contrairement à ce qu'affirme l'auteur de la vidéo, l'OMS précise sur son site qu'"à ce jour, plusieurs études montrent que les personnes ayant été infectées par le SARS-CoV-2 développent des anticorps propres à ce virus". C'est par exemple le cas de cette étude publiée dans la revue Science Immunology, de cette pré-publication citée par Nature ou encore de cette analyse sérologique du Lancet.

Selon l'Inserm, "il est établi que l'infection par le SARS-CoV-2 induit une réponse immunitaire". 

"La plupart des personnes infectées produisent des anticorps (immunoglobulines ou Ig) dirigés contre une protéine présente en surface du virus, la protéine S (Spike). La production des Ig de type M (IgM) et de type G (IgG) débute après la première semaine et atteint un pic entre la 2e et la 3e semaine suivant l'infection", est-il précisé.

"L'OMS a interdit les autopsies, qui peuvent révéler sans le moindre doute l'origine des décès" Faux

Verdi cite ensuite un médecin bulgare, le docteur Stoian Alexov, qui aurait dit que l'OMS a interdit les autopsies des personnes décédées.

Nos confrères du site de fact-checking allemand Correctiv sont revenus dans un article sur les déclarations erronées de M. Alexov. Si l'AFP Factuel n'a pas écrit précisément sur ce médecin, nous avons vérifié à plusieurs reprises (1,2,3) cette rumeur infondée.

D'une part les autopsies n'ont pas été interdites en France, ont confirmé plusieurs médecins légistes dans cet article de vérification.

D'autres part, l'OMS n'a pas donné d'instructions en ce sens. Dans ses orientations sur la "conduite à tenir en matière de lutte anti-infectieuse pour la prise en charge sécurisée du corps d'une personne décédée dans le Covid-19", datées du 24 mars 2020, l'OMS donne des recommandations claires.

L'organisme ne demande pas d'éviter les autopsies, mais invite les médecins et les établissements de santé à prendre un maximum de précautions quand ils manipulent des corps de personnes décédées du Covid-19. 

"Tous ceux qui se font vacciner sont considérés comme des cobayes (...) vous êtes dans la phase expérimentale d'élaboration des vaccins" Manque de contexte

Face à la pandémie, les délais de mise sur le marché des vaccins anti-Covid ont été considérablement raccourcis, alimentant les craintes d'effets indésirables à long terme qui n'auraient pas encore été identifiés.

Pour l'auteur de la vidéo, ces produits seraient encore "en phase expérimentale". 

Les quatre vaccins autorisés à ce jour en France, ceux des laboratoires Pfizer/BioNTech, Moderna, AstraZeneca et Johnson & Johnson, ont suivi les étapes imposées à chaque traitement avant une mise sur le marché européen et français. Une première phase pour évaluer l'éventuelle nocivité du produit, une deuxième pour le tester sur un nombre limité de malades et une troisième pour juger de l'intérêt thérapeutique auprès d'un échantillon plus étendu, auprès de plusieurs milliers de volontaires. 

Ils ont reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM) conditionnelle de la part de l'Agence européenne des médicaments (EMA). Un groupe d'experts indépendants a étudié en détails les résultats des essais cliniques du candidat-vaccin et estimé que la balance "bénéfice-risque" est respectée, c'est-à-dire que la protection offerte globalement contre le Covid-19 est beaucoup plus importante que les potentiels effets secondaires ou risques induits par le vaccin.

(AFP Graphics)

Aujourd'hui, ces quatre vaccins autorisés font également l'objet d'une phase de pharmacovigilance, pour suivre de près les effets secondaires des vaccins aussi bien en France, par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qu'à l'échelle européenne, par l'Agence européenne des médicament.

"Le test PCR, de l'aveu même de son concepteur n'est absolument pas adapté pour révéler la présence de tel ou tel autre virus donc tout est faux, ils ne sont absolument pas fiables" Faux

L'auteur de la vidéo fustige l'efficacité des tests PCR pour détecter la présence du Sars-CoV-2. Il a notamment diffusé sur sa page Odysée une vidéo qui prétend montrer un résultat positif au Coca, expérience déjà vérifiée par l'AFP.

Pourtant, selon de nombreux experts interrogés par l'AFP, les tests PCR détectent bien spécifiquement la présence du virus responsable du Covid-19.

Les tests RT-PCR permettent via un prélèvement nasopharyngé de déterminer si un patient est porteur ou non du virus à l'instant T, et cherchent "des régions du génome qui sont spécifiques" à ce virus, expliquait à l'AFP le 8 septembre 2020 Vincent Enouf, directeur adjoint du Centre national de référence des virus des infections respiratoires de l'Institut Pasteur. 

Une machine PCR à Marseille en janvier 2021 (AFP / Christophe Simon)

Ce que cette technique "détecte, c'est la présence du génome du virus et cela ne fait aucun doute. Si le génome du virus est présent, c'est qu'il y a présence du virus", abonde Juan Carballeda, chercheur au Conicet (Conseil national de la recherche scientifique et technique) et membre de l'Association argentine de virologie, interrogé en juillet par l'AFP Factuel en Argentine.

D'autres experts dans cet article explique que les tests PCR sont fiables et que les résultats "faux positifs" (le test ressort positif alors que le patient n'est pas contaminé) sont extrêmement rares et liés en général à de mauvaises manipulations.

De plus, son inventeur n'a pas affirmé qu'il était incapable de détecter la présence de tous les virus.

Le test PCR s'utilise depuis les années 80 pour détecter de multiples maladies et son inventeur Kary B. Mullis fut récompensé en 1993 du Prix Nobel de chimie. Mullis, figure controversée du monde scientifique, décédé le 7 août 2019 à l'âge de 75 ans, était convaincu que le virus HIV n'était pas la cause du sida.

Ses affirmations portaient sur le virus responsable du Sida, non pas sur toutes les maladies infectieuses.

Un passeport vaccinal controversé

A plusieurs reprises dans sa vidéo, l'auteur compare la mise en place d'un éventuel "passeport sanitaire", qui différencierait selon lui les "bons citoyens vaccinés" des autres, à un régime ségrégationniste proche du nazisme.  

Ce dispositif est au centre de discussions dans de nombreux pays, afin de lutter contre l'épidémie. Son instauration suscite de nombreuses interrogations et inquiétudes à travers le monde. 

Le document prouverait que son détenteur est, a priori, immunisé contre le Covid-19 et peut donc se rendre d'un pays à un autre sans risquer de le transmettre le virus à travers les frontières, ou encore d'accéder à des services et lieux indisponibles au non-vaccinés.

AFP Graphics

Les divers projets en cours, qui prennent en général la forme d'une application sur smartphone, acceptent également d'autres critères : par exemple un test garantissant la présence d'anticorps chez le voyageur dans l'idée qu'il ait déjà été atteint par la maladie par le passé.

Le "pass sanitaire" proposé par Emmanuel Macron en France est différent.

Ce dernier n'a pas la même finalité car il ne serait valable que dans le pays. Il vise à réserver l'entrée de certains commerces, comme les restaurants, ou de certains événements, comme les concerts, aux personnes immunisées.

Cette version francophone suscite également de vifs débats, des citoyens aux élus politiques. En mars, près de 7 personnes sur 10 ayant participé à une vaste consultation (110.000 contributions) lancée par le Conseil économique, social et environnemental (Cese), se sont dites "très défavorables" à son instauration, redoutant notamment une "atteinte aux libertés privées", selon cette dépêche AFP.

Le projet est actuellement examiné à l'assemblée, mais fait grincer des dents certains députés, jusque dans les rangs de la majorité. "Ça ressemble à une discrimination, pour moi, c'est un précédent", a mis en avant Pacôme Rupin.

"Il n'y aura pas de limite dans la discrimination", a également prédit Eric Coquerel (LFI).

Dans un avis rendu public début mai, le Conseil scientifique a lui estimé que ce pass sanitaire pourrait être utilisé pour faciliter le "retour à la vie normale", à condition que ce soit "de manière temporaire et exceptionnelle".

Au 10 mai 2021, le Covid-19 a causé la mort de 106.421 personnes en France, selon Santé Publique France.

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