Non, se piquer les doigts avec une aiguille ne sauve pas d’un AVC

Non, se piquer les doigts avec une aiguille ne sauve pas d’un AVC

publié le lundi 09 mai 2022 à 18h12

Il serait possible de sauver la vie d'une personne victime d'un accident vasculaire cérébral, un AVC, simplement en lui piquant les dix doigts avec une aiguille, selon des publications virales depuis plusieurs années sur Facebook. Cette technique, "issue de la médecine traditionnelle chinoise", serait efficace à 100%.  Mais attention, cette pratique peut aggraver l'état de la victime, mettent en garde des médecins contactés par l'AFP. "Voici comment sauver une personne rapidement qui vient de succomber à un AVC", démarre la publication, relayée par plusieurs pages et comptes Facebook (1, 2, 3, 4) dont celle-ci avec plus de 110.000 partages depuis sa mise en ligne le 10 juin 2017. Une image d’un doigt piqué à l’aiguille avec une goutte de sang accompagne un texte décrivant pas à pas comment procéder en suivant cette "méthode chinoise". 

Capture d'écran d'une publication Facebook réalisée le 9 mai 2022Il faudrait d'abord "piquer les sommets de l’ensemble des 10 doigts". "Lorsque les 10 doigts commenceront à saigner, il faut attendre quelques minutes et vous verrez que la victime sera de retour à la vie comme si elle avait été ressuscitée ! ", affirme l'auteur du message viral.

L'AFP avait déjà en janvier 2020 publié un article de vérification sur des affirmations similaires. La même rumeur s’était alors propagée au Kenya, au Ghana, au Nigéria et en Afrique du Sud, entre autres. Elle avait été démentie par le New York Times dès 2006, après avoir circulé dans des chaînes de courriels viraux. Malgré cela, des milliers de personnes prennent encore au sérieux ce dangereux conseil prétendant traiter un AVC, perte soudaine de la fonction cérébrale provoquée par un arrêt de la circulation sanguine dans le cerveau.  Dans les commentaires figurent d'ailleurs des centaines de messages de remerciement. 

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 9 mai 2022Mais des médecins alertent sur le danger que représente cette méthode prétendant soigner les AVC.

Une pratique qui peut aggraver l'état de la victimeSelon Michel Gugenheim, neurologue et président de l’Association des neurologues libéraux de langue française, "cette méthode décrite par cette publication Facebook n'est basée sur aucun élément scientifique". "En cas d'AVC ou de suspicion d'AVC, il faut immédiatement appeler les urgences", préconise le neurologue.

En 2020, l’AFP avait contacté le professeur Dilraj Singh Sokhi, chef du service de neurologie à l’hôpital Aga Khan de Nairobi. Il mettait en garde contre ce “traitement”, le jugeant extrêmement dangereux car à même de retarder des soins médicaux d’urgence qui, seuls, peuvent sauver des vies en cas d’AVC. 

“Il est essentiel d’agir très vite. A chaque minute qui passe, un million de cellules meurent dans le cerveau. Il est prouvé qu’au cours d’un AVC, si le patient est conduit au plus tôt à l’hôpital, il a de plus grandes chances de s’en sortir, car le traitement que nous proposons ne peut être donné qu’au cours des premières heures suivant l’attaque”, précise le docteur Sokhi. 

Par ailleurs, la technique des aiguilles recommandée dans cette publication pourrait avoir des conséquences dramatiques. “La douleur causée par le fait de blesser l’une des parties les plus sensibles du corps pourrait augmenter la pression artérielle des patients et aggraver l’AVC. De surcroît, si les aiguilles ne sont pas stériles, il existe un risque de transfert d’infections”, expliquait le professeur. 

L’AFP avait également contacté la brigade des sapeurs pompiers de Dakar, qui mettait également en garde contre ces prétendus gestes qui sauvent. "Cette rumeur est très répandue, nous en avons déjà eu connaissance. Mais elle est fausse et archifausse. Cela n'a jamais été efficace. Une personne qui assiste à l’AVC doit appeler son médecin ou les pompiers, compétents pour effectuer les premiers gestes de secours et amener directement le patient aux urgences. Et surtout, le faire le plus rapidement possible, dans les minutes qui suivent”, affirmait El hadj Ndiaye, responsable de la brigade des pompiers de Dakar. 

Une interprétation erronée de la médecine traditionnelle chinoiseLa technique décrite dans la publication semble extrêmement simple. Mais en réalité, rien de tel. Le cabinet de médecine chinoise Tuina-Loygue basé à Caen en France, indique que la méthode que tente de décrire cette publication est celle du "saignement des dix doigts". "Cette pratique de la médecine traditionnelle chinoise est réservée aux cas d'urgences, pas uniquement pour les AVC", précise ce cabinet dans un mail à l'AFP.

Cette technique est mal expliquée dans la publication, selon ce cabinet. "Dans la pratique traditionnelle, pour une "saignée" il s'agit de sortir juste 3 à 5 gouttes de sang comme pour le test des diabétiques, ce qui n'est pas précisé ici", indique ce cabinet de médecine chinoise.

"L'information évoquée est dangereuse si elle est diffusée auprès du grand public", met en garde Patricia Labiano, thérapeute en médecine traditionnelle chinoise exerçant à Paris. "En cas d'urgence, il faut appeler les secours. La médecine chinoise intervient en parallèle de la médecine occidentale. Elle ne la remplace pas. La technique évoquée (dans la publication, ndlr) est juste une méthode de réanimation en cas de perte de connaissance", soutient la spécialiste.

Comment reconnaître un AVC ? Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le symptôme le plus fréquent d’AVC est un "relâchement soudain du visage, du bras ou de la jambe". Dans un dossier portant sur la prévention des accidents vasculaires cérébraux, l’OMS rappelle que d’autres symptômes peuvent être observés : engourdissement du visage, confusion mentale, difficulté à voir avec un œil ou avec les deux yeux, difficultés à marcher, mal de tête intense ou évanouissements...

Capture d'écran de la page 20 du dossier OMS sur la prévention des AVCSelon l’OMS, les AVC sont la seconde cause de mortalité des personnes âgées de plus de 60 ans sur la planète, et la cinquième cause de mortalité des personnes âgées de 15 à 59 ans. Une personne sur six fera un AVC au cours de sa vie.

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