Non, les vaccins et les masques ne sont pas dangereux

Non, les vaccins et les masques ne sont pas dangereux

, publié le mercredi 03 juin 2020 à 11h26

Masques qui "tuent les gens", vaccins "toxiques" ... Une publication partagée au moins 6.000 fois sur Facebook depuis le 20 mai relaye une série de fausses affirmations attribuées à Judy Mikovits, scientifique américaine devenue l'égérie des complotistes,  et tirée d'une vidéo en anglais, très virale, "Plandemic", qui multiplie les infox autour du coronavirus. Mais ni les masques ni les vaccins ne sont dangereux. Au contraire, ils sauvent des vies.

Publié le 20 mai sur le site Advitae - site prônant les "médecines naturelles" et multipliant les publications anti-vaccins- ce post a été partagé plus de 6.200 fois sur Facebook, surtout en France et au Québec, selon l'outil de mesure d'audience des réseaux sociaux, Crowdtangle.

Le texte est titré "Mettez fin aux masques faciaux qui activent le virus et tuent littéralement les gens, en particulier ceux vaccinés contre la grippe" et enchaîne ensuite une suite de phrases entre guillemets, avec cette signature : "Dr Judy Mikovits, microbiologiste moléculaire".


Capture d'écran du site Advitae faite le 3 juin 2020

Qui est Judy Mikovits ? 

C'est en effet une scientifique, qui a notamment travaillé sur le VIH. 

Alors affiliée au Whittemore Peterson Institute, situé dans le Nevada aux Etats-Unis, elle a fait partie en 2009 d'une équipe de chercheurs qui a publié dans la revue Science une étude faisant un lien entre un type de rétrovirus et le syndrome de fatigue chronique.

Mais le texte a été "retracté" par la revue en 2011, parce que "de nombreux laboratoires" qui ont tenté de corroborer ces affirmations n'ont jamais détecté ce type de virus dans les cellules de patients atteints de ce syndrome, et parce que des échantillons analysés étaient en fait contaminés.

Judy Mikovits a par ailleurs publié en 2020 un livre -"Plague of corruption" ("Le fléau de la corruption" en français) - préfacé par le militant anti-vaccins Robert F. Kennedy Jr.

Elle doit sa notoriété récente à une vidéo de 26 minutes, présentée comme l'extrait d'un "documentaire" titré "Plandemic", où elle multiplie fausses affirmations, insinuations et accusations sans preuves, autour du coronavirus et des vaccins.

Plusieurs affirmations contenues dans cette vidéo qui a fait surface début mai ont été démontées l'AFP en anglais ici, ainsi que par d'autres médias (1, 2, 3), et même ici par la revue scientifique Science. 


Capture d'écran de la vidéo "Plandemic" faite le 11 mai 2020

Avant d'être retirée par Youtube, Facebook ou Twitter, la vidéo avait été vue des millions de fois, explique le magazine américain The Verge, ce qui n'empêche pas des versions de la vidéo de circuler sur internet.

Le New York Times a analysé sa viralité dans cet article. 

"Les vaccins tuent" ou "sont responsables" de maladies et de l'autisme : FAUX

"Les vaccins tuent, ou sont à tout le moins responsables de quantité de maux modernes jadis quasi-inexistants, l'autisme. les allergies chroniques, les maladies épidémiques", est-il affirmé dans la publication.

La prétendue dangerosité des vaccins est un classique de la rhétorique anti-vaccin, qui revient en force actuellement avec le Covid-19, contre lequel des chercheurs du monde entier cherchent un vaccin.

De nombreuses fausses affirmations sur les vaccins ont été démontées dans plusieurs langues par l'AFP, avant et depuis la pandémie de coronavirus.

"Nous savons que les vaccins ont sauvé des millions de gens et non tué des millions de gens", rappelle à l'AFP le pédiatre Jason Newland, spécialiste des maladies infectieuses à la faculté de médecine de la Washington University à Saint-Louis, aux Etats-Unis.

Les vaccins ont très clairement montré leur efficacité, souligne pour sa part le Dr Julian Leibowitz, du Texas A&M College of Medicine, aux Etats-Unis, citant auprès de l'AFP par exemple le "succès" du vaccin contre la rougeole ou rappelant que "le vaccin contre la polio a quasiment éradiqué la poliomyélite".

L'efficacité de la vaccination chez les jeunes enfants est aussi expliquée ici par l'AFP.

Quant au lien prétendu entre autisme et vaccin, régulièrement relayé par les antivaccins, il provient d'une étude publiée en 1998 dans le Lancet et qui s'est révélée falsifiée, au point que la revue médicale l'a retirée en 2010. 

Les études menées sur ce sujet n'ont jamais mis au jour un tel lien, comme expliqué ici en février 2019 par l'AFP. 

Les vaccins peuvent par ailleurs entraîner parfois des réactions allergiques (sans gravité dans l'immense majorité des cas) - ce qui n'est pas la même chose que le fait de provoquer des allergies chroniques - à l'un des produits contenus dans le vaccin, comme expliqué dans cet article de la Revue médicale suisse ou dans ce document de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris et de l'Inserm, rédigé par Catherine Neukirch, allergologue.

La prétendue "toxicité extrême de leur composition (...) dûe aux métaux utilisés comme adjuvants" - également un classique des antivaccins - a quant à elle été démontée ici par l'AFP. 

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) décortique ici huit idées reçues sur les vaccins.

 "Les avantages de la vaccination dépassent de loin les risques et l'on observerait un bien plus grand nombre de cas de maladies et de décès sans les vaccins", écrit l'OMS.

Les masques "activent le virus" et "tuent les gens" : FAUX

La prétendue dangerosité des masques -recommandés pour limiter la transmission du Covid-19 en complément des mesures barrières - a fait l'objet de multiples publications sur les réseaux sociaux ces dernières semaines, dont plusieurs ont été démontées par l'AFP (1, 2).

L'affirmation selon laquelle ils "activent le virus" n'a pas de sens: les masques ne servent qu'à faire barrage aux particules - en particulier les postillons -, souligne auprès de l'AFP le Dr Shelley Payne, directrice du Centre of the LaMontagne des maladies infectieuses de l'Université du Texas à Austin aux Etats-Unis.

L'agence américaine du médicament, la FDA, "empêche l'accès à des médicaments susceptibles de sauver des gens [comme l'hydroxychloroquine] " : TROMPEUR

Comme plusieurs autres pays, les Etats-Unis ont non pas empêché mais encadré l'usage de l'hydroxychloroquine contre le Covid-19 en l'absence de données solides sur son efficacité et son innocuité pour les malades du Covid.

Fin mars, la Food & Drug Administration a autorisé son utilisation, mais uniquement à l'hôpital "de manière adaptée, quand un essai clinique n'est pas disponible ou faisable".

L'efficacité de l'hydroxychloroquine - dérivé de l'anti-paludéen chloroquine - fait l'objet de très violents débats depuis des semaines, qui ont largement dépassé le terrain scientifique.

Des discussions d'autant plus enflammées que les études sur ses effets sur le Covid-19 sont contradictoires et de portée limitée, essentiellement pour des raisons méthologiques, ne permettant donc pas de conclure quant à son efficacité.

Nombre de scientifiques appellent à la poursuite d'essais cliniques dans les règles de l'art (contrôlés et randomisés sur de grands groupes de patients) pour tenter d'avoir une réponse.

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