Non, les vaccins à ARNm ne génèrent pas des maladies auto-immunes

Non, les vaccins à ARNm ne génèrent pas des maladies auto-immunes

publié le jeudi 08 avril 2021 à 18h32

Dans une vidéo partagée des dizaines de milliers de fois depuis la mi-avril en France, l'ostéopathe américaine Sherri Tenpenny affirme que le vaccin à ARN messager est un "cheval de troie" qui va déclencher des maladies auto-immunes chez de nombreuses personnes de "42 jours à 1 an" après l'inoculation. C'est faux, selon des experts interrogés par l'AFP et ce phénomène n'a pas été observé chez les personnes vaccinées lors des essais cliniques, qui ont débuté en juillet 2020.

"Ce médecin fait vraiment peur", s'inquiète un utilisateur de Facebook qui diffuse la vidéo dans une publication partagée plus de 5.000 fois depuis le 14 avril.

(Capture d'écran réalisée sur Facebook le 20 avril 2021)

Dans cet extrait de 2 minutes et 20 secondes, Sherri Tenpenny, militante anti-vaccins et ostéopathe, assure que les vaccins à ARN messager vont entraîner de nombreux morts et causer l'apparition de maladies auto-immunes.

Une version d'une heure de cet entretien entre Mme Tenpenny et Reinette Senum, ancienne maire de Nevada City (Californie, Etats-Unis), circule sur les réseaux sociaux depuis février 2021 et a fait l'objet d'articles de vérification de la part des médias Snopes et Politifact.

On retrouve également une version d'environ dix minutes, sous-titrée en français, sur la plateforme Odysée ainsi que sur un blog depuis la mi-avril.

Les vaccins à ARN messager

Il existe actuellement deux vaccins qui utilisent la technologie de l'ARN messager (ARNm) pour lutter contre le Covid-19 : celui développé par la société de biotechnologie américaine Moderna et celui du laboratoire allemand BioNTech et de la société américaine Pfizer.

Cette technique vaccinale consiste à injecter de l'ARN de synthèse, qui va demander - d'où le terme d'ARN messager - aux cellules de l'organisme de fabriquer une protéine du virus, appelée "spike" (ou en français "spicule").

Reconnaissant cette protéine, l'organisme saura se défendre grâce à la production d'anticorps s'il vient à être infecté par le Sars-Cov-2, virus responsable de la maladie Covid-19. 

Une fenêtre de "42 jours à 1 an"

Selon Sherri Tenpenny, de nombreuses personnes commenceront à "souffrir horriblement de tout un tas de maladies auto-immunes entre 42 jours et 1 an" après l'inoculation de ce type de vaccin.

Les essais de phase 3 des vaccins Moderna et Pfizer, c'est-à-dire les essais sur l'homme, ont débuté en juillet 2020 (1, 2) - sept mois avant la diffusion de l'entretien - et ont impliqué plus de 30.000 volontaires.

(AFP Graphics)

Les premiers résultats d'efficacité et les effets indésirables observés après l'administration des deux vaccins ont été publiés pour la première fois en novembre 2020 (1,2). 

Dans les deux cas, les effets indésirables les plus fréquents recensés ont été la fatigue, les maux de tête, une douleur et une enflure au niveau de l'injection.

L'administration de ces vaccins a commencé aux États-Unis en décembre dernier, à la suite d'une autorisation d'urgence délivrée par l'agence du médicament (FDA) (1, 2), qui n'a fait état d'aucun lien entre les injections d'ARNm et l'apparition de maladies auto-immunes. 

Dans ce pays, plus de 85 millions de personnes ont reçu les deux doses requises pour ces vaccins. A ce stade, il n'a pas été recensé de décès faisant un lien de cause à effet entre vaccin ARNm et l'apparition d'une maladie auto-immune.

Les maladies auto-immunes

L'AFP a déjà vérifié de nombreuses publications erronées sur les effets néfastes présumés causés par les vaccins à ARNm, y compris sur le fait qu'ils causeraient des maladies de ce genre.

Les maladies auto-immunes "résultent d'un dysfonctionnement du système immunitaire conduisant ce dernier à s’attaquer" aux tissus sains du corps, a expliqué l'Inserm sur son site.

Selon Mme Tenpenny, les vaccins ARNm vont déclencher ce type de maladies et provoquer "la destruction de nos poumons par nos anticorps".

Mais "les maladies auto-immunes peuvent être la conséquence d'une ou plusieurs mutations de l'ADN. Le processus par lequel ces mutations apparaissent n'a rien à voir avec l'ARN messager", a expliqué Thalia García Téllez, spécialiste et chercheuse en maladies infectieuses et vaccinologie à l'hôpital Cochin de Paris.

Un personnel de santé reçoit une dose du vaccin Pfizer à Santiago au Chili, le 15 avril 2021 (Claudio Reyes / AFP)

Comme expliqué dans ce précédent article de vérification, les vaccins ARNm ne modifient pas les gènes des patients.

Roselyn Lemus-Martin, docteure en biologie moléculaire à l'Université d'Oxford et spécialiste des vaccins et des traitements contre le Covid-19, a assuré à l'AFP qu'il n'y avait "aucune preuve scientifique" montrant que les vaccins à ARNm provoquent des maladies auto-immunes.

Concernant les dégâts supposément infligés aux poumons par les anticorps, "cela n'est pas supporté par les données de la littérature scientifique", a précisé Palma Rocchi, directrice de recherche à l'Inserm et spécialiste de l'ARNm.

Elle a estimé qu'il "n'y a pas lieu d'accorder un crédit particulier à ces propos", dans un mail transmis à l'AFP le 14 avril.

Destruction des "macrophages anti-inflammatoires"

Selon Sherri Tenpenny, la vaccination entraînera également la destruction des "macrophages anti-inflammatoires" de l'organisme, qui servent à réguler la réponse immunitaire en cas d'infection.

Une affirmation qui "n'a pas de sens", selon Nicolás Torres, du laboratoire d'immunopathologie d'IBYME-CONICET. "Il n'existe pas de vaccin à ARNm capable de modifier génétiquement les macrophages et donc de les 'désactiver'", a-t-il précisé.

Là encore, "il n'y pas de données dans la littérature scientifique entre le phénotype macrophagique et la vaccination à ARNm contre le Covid-19", a simplement commenté Mme Palma Rocchi.

"Avec plus de 700 millions de vaccins administrés à ce jour dans le monde, et près d'un an après le début des premiers essais, il y aurait déjà des preuves très claires de tels effets secondaires. Il n'y en a pas", a constaté Kenneth Witwer, professeur de pathologie moléculaire à l'université de Médecine Johns Hopkins (Etats-Unis). 

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