Non, les pays utilisant la nivaquine (chloroquine) contre la malaria ne sont pas épargnés par le Covid-19

Non, les pays utilisant la nivaquine (chloroquine) contre la malaria ne sont pas épargnés par le Covid-19

, publié le vendredi 27 mars 2020 à 16h08

Une publication Facebook partagée plusieurs milliers de fois depuis le 25 mars, partage un duo de cartes, en sous-entendant qu'elle démontrent que les pays ayant recours à la nivaquine (médicament à base de chloroquine), pour lutter contre la malaria (paludisme), sont épargnés par l'épidémie de Covid-19. Mais la nivaquine est prescrite dans d'autres pays, dont la France, et le Covid-19 touche bien davantage d'Etats que ceux indiqués.   


Capture d'écran de la publication Facebook, prise le 27 mars 2020

"En bleu, les pays utilisant la Nivaquine (chloroquine) contre la malaria. En jaune, les pays touchés par le Covid-19", affirme une capture d'écran dans la publication partagée. 

Commençons par la carte des pays touchés.

Vendredi 27 mars à 11h GMT, au moins 539.360 cas d'infection au Covid-19 ont été diagnostiqués dans 183 pays et territoires, selon un comptage de l'AFP. Le fait que tout le monde ne soit pas testé, et que certaines personnes infectées restent asymptomatiques font que le nombre réel de personnes touchées est potentiellement sensiblement supérieur. 

Le 25 mars, date de la publication reprenant la carte, ce bilan était d'au moins 447.030 infections dans le monde, le tout dans 182 pays et territoires. Le 24 mars, le bilan était de 404.020 cas d'infection au minimum, dans 175 pays et territoires. 

Pourtant la carte du bas laisse penser que des pays comme l'Inde ou le Brésil, laissés en gris sur la carte, ne sont pas touchés par la pandémie. Pourtant, ces pays dénombrent respectivement au moins 2.433 et 694 cas. C'est plus que l'Argentine (502 cas recensés au minimum) ou l'Egypte (495 cas recensés au minimum), qui sont eux coloriés en jaune. C'était aussi le cas le 24 mars, veille de la publication. 

De nombreux pays touchés sont aussi laissés en gris notamment en Afrique subsaharienne. Si celle-ci a été moins affectée par la vague initiale de Covid-19, 2.137 cas étaient recensés en Afrique le 24 au soir, et le Sénégal, la Côte d'Ivoire, la Sierra Leone et la République démocratique du Congo avaient alors déjà décrété l'Etat d'urgence. 

L'Afrique du Sud, elle-aussi laissé en gris sur la carte, comptait le 24 au soir 554 cas de contaminations avérés, et ordonnait alors un confinement national de trois semaines. 

Le premier décès détecté en Afrique subsaharienne comme étant lié au Covid-19 remonte quant à lui au 8 mars 2020 au Burkina Faso. 

Quant à savoir si la carte a été exacte à un moment donné de l'épidémie, cela semble impossible. Le premier cas détecté en Inde (laissé grisée sur la carte) l'a été le 30 janvier 2020, tandis que le premier cas annoncé en Argentine (marquée en jaune), l'a été près d'un mois plus tard, le 3 mars.

La Nivaquine/ La Chloroquine

La Nivaquine est un médicament contenant de la chloroquine. Il est utilisé dans certains cas pour le traitement curatif et la prévention du paludisme (cela dépend notamment du type de parasite causant la maladie). 

Il existe un dérivé, l'hydroxychloroquine, mieux toléré, connu en France sous le nom de Plaquénil, pour les maladies articulaires d'origine inflammatoire, telles que la polyarthrite rhumatoïde.

"Ces deux médicaments sont dits "à marge thérapeutique étroite", ce qui signifie que la dose efficace et la dose toxique sont relativement proches", avertit le 20 mars 2020 la Société française de pharmacie sur son site.

Mais ces deux médicaments sont bel et bien vendus (sur ordonnance) en France, contrairement à ce que laisse penser la première carte. La première carte s'approche plus de celle des cas recensés de paludisme (voir ci-dessous, chiffres 2017). 

Chloroquine et Covid-19

"Ces deux médicaments sont dits "à marge thérapeutique étroite", ce qui signifie que la dose efficace et la dose toxique sont relativement proches", avertit le 20 mars 2020 la Société française de pharmacie sur son site.

Mi-février, des chercheurs chinois ont affirmé avoir eu des résultats positifs avec la chloroquine dans des essais cliniques portant sur une centaine de malades du Covid-19 dans une dizaine d'hôpitaux.

En France, Didier Raoult, directeur de l'Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) Méditerranée infection et spécialiste reconnu des maladies infectieuses, a relayé en France ces résultats. C'est d'ailleurs l'hydroxychloroquine qui fait actuellement partie des médicaments testés ses services. 

"Malgré la petite taille de l'échantillon, notre étude montre que le traitement à l'hydroxychloroquine est associée, de façon significative à une diminution/disparition de la charge virale (...) et ses effets sont renforcés par l'azithromycine", selon l'étude cosignée par le Pr Raoult.

Au niveau européen, un essai clinique baptisé Discovery, a été lancé dans plusieurs pays pour tester des traitements expérimentaux, dont l'hydroxychloroquine, un essai qui "inclura au moins 800 patients français atteints de formes sévères du COVID-19" selon l'Inserm (communiqué du 22 mars).

Aux Etats-Unis, la FDA, qui supervise la commercialisation des médicaments, a annoncé "un essai clinique étendu" tout en rappelant que son rôle était de s'assurer que les produits étaient sûrs et efficaces, comme nous l'écrivions dans une dépêche du 19 mars.

L'hydroxychloroquine et la chloroquine ont l'avantage d'être déjà disponibles, bon marché et bien connues.

Mais elles font aussi l'objet d'un âpre débat entre ceux qui appellent à la prudence et à attendre de vastes essais cliniques menés selon la stricte orthodoxie scientifique pour valider ou non le traitement ; et ceux qui veulent accélérer le processus et l'administrer très largement au nom de l'urgence sanitaire.

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui a lancé un vaste essai clinique international, a notamment condamné le lundi 23 mars, "l'usage de médicaments sans preuve de leur efficacité", mettant en garde contre les "faux espoirs", dans une allusion à la publication de l'IHU. 

L'OMS pointe notamment le caractère réduit du nombre de patients et le fait qu'elle soit "non randomisée", c'est-à-dire que les groupes de patients (ceux qui reçoivent le traitement et ceux qui ne le reçoivent pas) n'aient pas été définis par tirage au sort.

Elle n'est pas non plus "en double-aveugle", une méthode qui fait que médecins et patients ignorent qui reçoit le traitement.

En France, le ministre de la Santé Olivier Véran a indiqué lundi 23 mars qu'il s'apprêtait à autoriser le traitement par hydroxychloroquine mais uniquement pour les formes graves et dans un cadre hospitalier "sur décision collégiale des médecins".

"En l'absence de toute donnée probante", il est en revanche exclu de le prescrire dans la population générale ou pour des cas non sévères, a souligné le ministre de la Santé.

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