Non, les lits des athlètes participant aux JO de Tokyo n'ont pas été conçus pour être "antisexe"

Non, les lits des athlètes participant aux JO de Tokyo n'ont pas été conçus pour être "antisexe"

publié le jeudi 22 juillet 2021 à 17h42

Des publications partagées plus de 500 fois sur les réseaux sociaux en Afrique prétendent, photos à l'appui, qu'à l'occasion des Jeux Olympiques de Tokyo, les athlètes dormiront dans des lits en carton construits pour les empêcher d'avoir des relations sexuelles. Cette rumeur, qui s'est répandue comme une traînée de poudre à travers le monde, de l'Asie aux Etats-Unis en passant par l'Europe, n'est pas fondée: il s'agit en réalité d'un design destiné à limiter l'impact environnemental de ces meubles.Les photos qui circulent sur les réseaux sociaux montrent deux lits en carton: l'un visiblement en cours de fabrication, l'autre prêt à être utilisé. Sur les draps de ce dernier, on peut lire les mots "Tokyo 2020", en référence aux Jeux Olympiques d'été, organisés dans la capitale japonaise du 23 juillet au 8 août, avec un an de retard sur la date initialement prévue. 

Ces "lits en carton" ont été conçus pour "empêcher les athlètes d'avoir des relations sexuelles", croient savoir les internautes et les pages Facebook qui partagent ces images. Ces meubles "pourront supporter le poids d'une seule personne mais s'effondreront s'il y en a deux", insistent-ils encore.

Capture d'écran d'une publication Facebook réalisée le 22 juillet 2021Ces publications ont été partagées plus de 500 fois depuis le 18 juillet sur les réseaux sociaux en Afrique (1, 2, 3...), et ont énormément circulé en Asie (1, 2), en Amérique du Nord et en Amérique centrale. Certaines suggèrent que cette mesure aurait été décidée de manière à limiter les contacts entre athlètes pour diminuer les risques de transmission du Covid-19. 

Cette rumeur a même été reprise, cette fois avec humour, par un des athlètes olympiques, Paul Chelimo, médaillé d'argent aux JO de Rio sur 5.000 mètres: ce dernier a ajouté ironiquement sur Twitter qu'il "ne voyait pas comment cela pouvait poser un souci aux coureurs  de fond", faisant allusion à leur réputation de poids plume. Le basketteur australien Andrew Bogut a d'ailleurs retweeté son message.

Beds to be installed in Tokyo Olympic Village will be made of cardboard, this is aimed at avoiding intimacy among athletesBeds will be able to withstand the weight of a single person to avoid situations beyond sports.I see no problem for distance runners,even 4 of us can do pic.twitter.com/J45wlxgtSo

— Paul Chelimo (@Paulchelimo) July 17, 2021 Des lits "robustes" et écologiquesPourtant, la conception de ces lits n'a jamais été pensée de manière à ce que les athlètes ne puissent pas avoir de relations sexuelles. 

En janvier 2020, soit avant même le début de la pandémie, leur fabricant, l'entreprise Airweave, avait déclaré à l'AFP  que les lits étaient robustes et pouvaient supporter jusqu'à 200 kilogrammes. Ils ont, toujours selon Airweave, été soumis à des tests de résistance avant d'être livrés au Village olympique. 

Des lits recyclables en carton et leurs matelas prévus pour les athlètes, pris en photo lors d'une visite presse au Village olympique et paralympique des Jeux de Tokyo 2020, à Tokyo. ( POOL / Akio KON)"Nous avons mené des expériences, comme jeter des poids sur les lits. (...) Tant que les gens s'en tiennent à deux personnes dans le lit, ils devraient être assez solides pour supporter la charge", avait assuré à l'AFP un porte-parole de l'entreprise.

La circulation massive de cette infox a conduit un des athlètes présent au Village olympique, le gymnaste irlandais Rhys McClenaghan, à publier une vidéo humoristique sur Twitter pour démystifier ce que lui-même appelle une "fake news" et confirmer les propos tenus par l'entreprise.

"Apparemment, [ces lits] sont faits pour  se casser au moindre mouvement. C'est faux - une fake news !" assure le gymnaste dans cette vidéo, où on le voit sauter énergiquement sur son lit en guise de démonstration. 

“Anti-sex” beds at the Olympics pic.twitter.com/2jnFm6mKcB

— Rhys Mcclenaghan (@McClenaghanRhys) July 18, 2021 Le 19 juillet, le directeur des affaires publiques du Comité Internationale Olympique a lui-même repartagé cette vidéo sur Twitter, expliquant que le service de presse du CIO recevait "de nombreuses questions au sujet des lits en carton durables du Village olympique".  Le même jour, les organisateurs ont réitéré à l'AFP que les lits mis à disposition dans le Village olympique étaient "robustes".

Getting a lot of questions right now to @iocmedia about the sustainable cardboard beds of the Olympic Village. @McClenaghanRhys put his to the test. Here we go. https://t.co/CX35ocgKjG

— Christian Klaue (@ChKlaue) July 19, 2021 Dans un communiqué, la Fondation Olympique pour la Culture et le Patrimoine a expliqué que les lits mis à disposition des sportifs dans le Village olympique avaient été construits en carton de manière à être recyclables et plus écologiques que d'autres types de literie.

Des mesures contre la propagation du Covid-19Quasiment pas de spectateurs, pas de festivités, ni d'acclamations et d'accolades... Les JO de Tokyo, prévus du 23 juillet au 8 août, s'annoncent très particuliers à cause de la pandémie de Covid-19 toujours menaçante.

Dans ce contexte, les sportifs sont bien invités par les organisateurs à réduire au minimum leurs interactions physiques avec autrui et passeront des tests quotidiens de dépistage du Covid-19. 

Les rassemblements et fêtes dans le Village sont théoriquement interdits, y compris la consommation d'alcool en groupe. Tout participant - sportif ou autre - contrevenant aux restrictions s'exposera à d'éventuelles sanctions, qui pourront aller jusqu'à une disqualification et à une expulsion du Japon.

Les anneaux olympiques illuminés au crépuscule, sur le front de mer, à Odaiba, à Tokyo, le 22 juillet 2021, à la veille du début des Jeux olympiques 2020 de Tokyo. ( AFP / Philip FONG)La distribution de 160.000 préservatifs aux sportifs - une tradition des JO depuis ceux de Séoul en 1988 pour promouvoir la lutte contre les maladies sexuellement transmissibles - a certes été maintenue, mais elle n'aura lieu qu'à la fin de leur séjour au Village olympique.

Le Village olympique est traditionnellement un haut lieu de rencontres. Aux derniers Jeux d'hiver, en 2018 à Pyeongchang (Corée du Sud), l'application de rencontres Tinder avait vu son utilisation grimper de 350%. A Rio, lors des JO-2016, les organisateurs avaient distribué 450.000 préservatifs, soit 42 par athlète. 

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