Non, les données anglaises ne prouvent pas que la vaccination anti-Covid entraîne une destruction du système immunitaire

Non, les données anglaises ne prouvent pas que la vaccination anti-Covid entraîne une destruction du système immunitaire

publié le mercredi 20 octobre 2021 à 18h30

Un article prétend que des données sur la vaccination anti-Covid en Angleterre montrent une "dégradation du système immunitaire" des personnes vaccinées au fil du temps, qui développeraient, à terme, le sida. Mais les conclusions attribuées aux rapports de surveillance des vaccins citées comme sources par cet article sont fausses, ont confirmé les autorités sanitaires anglaises à l'AFP. Les vaccins n'affaiblissent pas le système immunitaire, ils le stimulent à l'inverse pour induire une protection contre le virus, rappellent les spécialistes."Les derniers chiffres du rapport britannique de surveillance du vaccin PHE sur les cas de Covid montrent que les 40-70 ans doublement vaccinés ont perdu 40 % de leur capacité de leur système immunitaire par rapport aux personnes non vaccinées (...) si cela se poursuit, les 30-50 ans auront une dégradation du système immunitaire à 100 %, aucune défense virale d’ici Noël et toutes les personnes doublement vaccinées de plus de 30 ans auront perdu leur système immunitaire d’ici mars de l’année prochaine", avance un article du site Le Grand Réveil publié le 14 octobre.

"Si vous faites une injection de rappel, ces chiffres montrent que vous vous exposez à une forme progressive encore plus rapide du syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA) (après quelques mois d’efficacité)", poursuit la publication, prétendant s'appuyer sur des données des autorités sanitaires anglaises.

Capture d'écran prise sur le site Legrandreveil le 18/10/2021 Capture d'écran prise sur le site Legrandreveil le 18/10/2021 

 

Capture d'écran prise sur Facebook le 18/10/2021 Capture d'écran prise sur le site Québecnouvelles le 18/10/2021 

 

Le même texte a également circulé au Canada, publié sur le site Québec Nouvelles et sur La Page Gaulliste de Réinformation. Il a été, à l'origine, publié en anglais le 10 octobre sur le site The Exposé UK, déjà épinglé par l'AFP à plusieurs reprises pour avoir diffusé de fausses informations sur la vaccination anti-Covid (1, 2).

Capture d'écran prise sur le site The Exposé le 18/10/2021 Capture d'écran prise le 20/10/2021 sur Twitter 

 

Sur Facebook, l'article a été partagé plus de 4.000 fois en anglais selon l'outil de mesure d'audience des réseaux sociaux Crowdtangle, et plus d'un millier de fois en français.

De nombreux internautes voient dans cette publication une explication au récent retour des maladies hivernales, blâmant des vaccinés qui ne seraient "plus capable de se défendre naturellement maintenant que leur système immunitaire est détruit".

Que disent vraiment les rapports des autorités sanitaires anglaises ?La conclusion tirée par l'article est issue d'une "comparaison des rapports officiels du gouvernement britannique", avance le site, qui renvoie vers différents documents de Public Health England (PHE), les autorités sanitaires anglaises, sur les vaccins anti-Covid.

L'article joint les liens des rapports de surveillance hebdomadaires des vaccins contre le Covid pour les semaines 36, 37, 38, 39, et 40 de l'année 2021, qui s'étendent sur une période allant du 6 septembre au 10 octobre. Dans ces documents, des tableaux indiquent le "nombre de cas de Covid-19 classés par statut vaccinal", qui sont recensés par classes d'âge sur différentes semaines en Angleterre.

Il est ainsi possibles de voir la proportion de personnes infectées par le virus ayant déjà reçu une dose de sérum, deux doses, présentant un schéma vaccinal complet (plus de 14 jours après la deuxième injection), ou n'ayant pas du tout été vaccinées en Angleterre, comme ici ci-dessous, pour la semaine 37.

Capture d'écran du tableau du rapport des autorités sanitaires anglaises prise le 18/10/2021L'article viral reprend ces chiffres, mais ajoute en plus deux colonnes à droite de chacun de ces tableaux, qui ne figurent pas dans les documents officiels, comme montré ci-dessous pour la semaine 37. La première colonne s'intitule "stimulation ou dégradation du système immunitaire % (U-V)/U lorsque positif (formule de Pfizer) (U-V)/V lorsque négatif" (exprimé en pourcentage)", la deuxième "déclin ou la hausse hebdomadaire (exprimé en pourcentage)".

Capture d'écran du tableau du site LeGrandRéveil prise le 18/10/2021Les résultats hebdomadaires de la colonne "déclin ou hausse hebdomadaire" ont été conciliés dans un grand tableau, en photo ci-dessous, qui prétend déduire le "nombre de semaines restant avant la destruction du système immunitaire (100% dégradation)" des personnes vaccinées en fonction de leur âge.

Capture d'écran du tableau du site LeGrandRéveil prise le 18/10/2021La publication alarmiste prévient qu'il ne resterait ainsi plus que 9 semaines avant la dégradation totale du système immunitaire des personnes de 40 à 49 ans ou 15 semaines pour les 50-59 ans.

Une fausse interprétation des donnéesMais "cet article est faux", a regretté Public Health England auprès de l'AFP le 20 octobre. Le site n'explique pas la signification des catégories ajoutées, ni la source des pourcentages obtenus, qui n'apparaissent pas dans les rapports.

En faisant une recherche ciblée par mot-clé dans les cinq rapports cités, aucun résultat n'apparaît pour "immune system (système immunitaire)". Les rapports de surveillance des vaccins ne font pas mention de "dégradation de système immunitaires des personnes vaccinées" mais concluent, à l'inverse à l'efficacité des vaccins sur les formes graves du Covid.

Dans le rapport de la semaine 37 par exemple, Public Health England souligne que le taux de décès de la maladie et d'hospitalisations dans les 28 jours ou 60 jours suivant un test Covid positif "augmente avec l'âge" et est "nettement plus élevés chez les personnes non vaccinées que chez les personnes entièrement vaccinées".

Les autorités sanitaires anglaises rappellent par ailleurs que"même avec un vaccin hautement efficace, il est attendu qu'une forte proportion des cas, hospitalisations et décès survienne chez des personnes vaccinées, simplement parce qu'une plus forte proportion de la population est vaccinée" .

Les rapports des autorités sanitaires anglaises cités comme sources de l'article viral ne mentionnent pas non plus un quelconque risque que la vaccination anti-Covid provoque, à terme, le syndrome d'immunodéficience acquise, connu sous le nom de sida, contrairement à ce que titre la publication.

Capture d'écran prise sur le site Le Grand Réveil le 21/10/2021Les termes "Acquired ImmunoDeficiency Syndrome (aids en anglais, sida en français)" n'apparaissent pas une seule fois dans les rapports de surveillance des vaccins cités.

Le sida est une maladie causée par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) qui détruit les défenses immunitaires. Or la vaccination anti-Covid, effectuée par voie intramusculaire avec du matériel correctement stérilisé, ne permet pas une transmission du VIH.

Capture d'écran prise sur le site Sidaction le 21/10/2021"Aucun impact sur l'immunité naturelle"Affirmer que les vaccins anti-Covid pourraient causer une dégradation du système immunitaire ne repose sur aucune preuve scientifique, et "n'a aucun sens", ont en outre expliqué des experts interrogés par l'AFP. Au contraire, les vaccins contre le Covid autorisés en France stimulent le système immunitaire pour induire une protection contre le virus du Covid, même s'ils utilisent plusieurs techniques différentes pour y arriver (vaccins à ARN messager, ou vecteur viral).

"Les vaccins n'ont aucun impact sur l'immunité naturelle", avait déjà réagi en mars le professeur en immunopathologie Michel Moutschen, puisqu'ils s'appuient sur le système immunitaire pour compléter l'immunité innée avec l'immunité acquise, comme expliqué dans ce document du CRISP, centre régional de prévention du sida et pour la santé des jeunes de l'Ile-de-France.

Pour cette raison, "il n'y a aucun moyen que les vaccinations affaiblissent le système immunitaire", a abondé l'immunologiste Srđa Janković, et encore moins qu'elle le "détruise" à terme, a réfuté Maja Stanojevic, virologue à l'Institut de microbiologie et d'immunologie de Belgrade et consultante auprès de l'Organisation mondiale de la santé dans un article en allemand consacré à cette affirmation. La spécialiste a souligné que "si chaque acte médical et donc chaque vaccin comporte des risques, celui-ci est insignifiant".

La sécurité des vaccins est surveillée de près par l'OMS et par l'Agence européenne du médicament qui recensent et étudient tout effet indésirable survenu après l'administration d'un vaccin. En France, l'Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) assure également une surveillance des vaccins contre le Covid-19 et publie des points de santé réguliers.

( AFP / THEO ROUBY)A ce jour, 580 millions de doses de vaccins ont été administrées dans l'Union européenne, sans qu'aucun cas de personnes vaccinées dont le système immunitaire aurait été "détruit" n'ait été signalé.

Si de très rares affections plus graves ont été associées à l'AstraZeneca (thromboses), aux vaccins à ARN messager (péricardite, myocardite) ou au Johnson & Johnson/Janssen (syndrome de Guillain-Barré), la plupart des effets secondaires sont bénins (douleurs au point d'injection, fièvre...).

L'Agence Européenne du Médicament (AEM) continue donc de conclure, dans un avis du 9 juillet (en anglais), que "les bénéfices de tous les vaccins Covid-19 autorisés continuent de surpasser leurs risques, étant donné le risque de la maladie du Covid-19, les complications qui lui sont associées, et le fait que des preuves scientifiques montrent qu'ils réduisent les décès et les hospitalisations dues au Covid".

Vos réactions doivent respecter nos CGU.