Non, le taux d'incidence du Sars-Cov-2 n'est pas plus de 20 fois inférieur aux chiffres du gouvernement

Non, le taux d'incidence du Sars-Cov-2 n'est pas plus de 20 fois inférieur aux chiffres du gouvernement

, publié le lundi 15 février 2021 à 14h58

Un article partagé plusieurs centaines de fois sur les réseaux sociaux depuis le 11 février affirme que des chiffres publiés par un réseau de médecins chapeauté par l'Inserm et Sorbonne-Universités montrent que "le taux d'incidence du Sars-CoV-2 de la 5e semaine de 2021 est de 21 cas/100.000, et non de 500 comme l'affirme le gouvernement". C'est faux : les chiffres cités dans cet article sont bien réels mais mal interprétés.

"Le taux d'incidence du Sars-Cov-2 de la 5e semaine de 2021 est de 21 cas/100.000, en légère augmentation, et non de 500 comme l'affirme le gouvernement pour terroriser tout le monde ! Un seul patient a été hospitalisé en semaine 5, oui 1 seul patient !" écrit sur Facebook la page Lelibrepenseur.org (105.000 abonnés), reprenant dans un article sur son blog le bulletin national du réseau Sentinelles pour la semaine du 1er au 7 février 2021.


Capture d'écran prise le 15/02/2021 d'une publication de "Lelibrepenseur" reprenant le bulletin du réseau Sentinelles.

Cette affirmation, reprise dans de nombreux posts, est fausse. Si les chiffres sont bien réels, ils sont mal interprétés. Les informations fournies par les bulletins du réseau Sentinelles ne concernent que les cas "vus en consultation (ou en téléconsultation) de médecine générale", comme il est indiqué sur le bulletin et le site du réseau.

Les cas constatés par SOS-Médecins, dans les centres de consultations, les centres pour personnes âgées (signalés auprès des ARS) et dans les hôpitaux, dénombrés par Santé publique France pour son travail de surveillance épidémiologique, sont exclus de ce décompte.

Le réseau Sentinelles s'insère dans un dispositif plus large de surveillance de l'épidémie coordonné par Santé publique France. Sa "force (...) c'est la stabilité dans le temps et la notion [qu'il donne] des tendances, a expliqué Thomas Hanslik, responsable du réseau, le 15 février à l'AFP. Dans l'absolu, on n'a pas la prétention d'être représentatifs comme pourrait l'être un sondage".


Capture d'écran faite le 16/02/2021 du point épidémiologique hebdomadaire du 11 février 2021 de Santé Publique France.

Dans la pyramide du système de surveillance coordonné par Santé publique France, le réseau Sentinelles est un des relais parmi d'autres de l'information venant du terrain.

Le taux d'incidence du coronavirus a atteint 207 cas pour 100.000 habitants lors de la cinquième semaine de 2021, "en faible diminution par rapport à la semaine précédente", avance Santé publique France dans son bilan hebdomadaire compilant les données des différentes sources, disponible en ligne. Avec 11.063 nouvelles hospitalisations, le nombre de patients hospitalisés "restait très élevé", à 27.677 personnes. 

Sentinelles est "un réseau de généralistes [fondé] sur une base de volontaires et de bénévoles" qui "déclarent des cas", explique Thomas Hanslik, le professeur et praticien à l'hôpital Ambroise Paré à Boulogne-Billancourt qui rappelle que sa tâche consistait "historiquement une surveillance de la grippe et des syndromes grippaux".

Or, dans l'article du blog "Lelibrepenseur" partagé dans plusieurs posts Facebook, l'internaute entreprend de comparer le taux d'incidence du coronavirus la semaine du 1er février 2021 avec ceux de la grippe de 2017 et de 2015.


Capture d'écran prise le 16/02/2021 de l'article "Covid-1984" du blog "Lelibrepenseur".

"Si on compare cette semaine avec celle de 2017 pendant la sévère épidémie de grippe, on peut observer un taux d'incidence élevé de 340", remarque-t-il avant d'ajouter que "si on prend la semaine 5 de l'année 2015, avec également une très forte épidémie de grippe, on retrouve un taux d'incidence de 746 cas pour 100.000 habitants ce qui est gigantesque étant donné que le seuil épidémique cette semaine-là était de 173 cas!".

Les documents auxquels se réfère l'auteur du blog existent bien. La semaine du 26 janvier 2015, "le taux d'incidence des cas de syndromes grippaux vus en consultation de médecine générale a été estimé à 746 cas pour 100.000 habitants (...) au-dessus du seuil épidémique (173 cas pour 100.000 habitants)". La semaine du 30 janvier 2017, le même taux "a été estimé à 340 cas pour 100.000 habitants (...) au-dessus du seuil épidémique (170 cas pour 100.000 habitants)".

Les affirmations de "lelibrepenseur" sont néanmoins fausses. La première raison en est que les "syndromes grippaux" et les "infections respiratoires aiguës" (IRA) sont trop différents pour que leurs taux d'incidence soient comparés.

Les premiers sont définis par "une fièvre supérieure à 39°C, d'apparition brutale, accompagnée de myalgies [douleurs musculaires. NDLR] et de signes respiratoires" tandis que les IRA se caractérisent plus simplement par "une apparition brutale de fièvre ou de sensation de fièvre et de signes respiratoires", a expliqué à l'AFP le 15 février Caroline Guerrisi, épidémiologiste et responsable du pôle Surveillance continue et études ponctuelles du réseau Sentinelles.

Le suivi des IRA a été adopté pour élargir la surveillance des patients atteints par le Covid-19 à partir du 17 mars 2020 et ne cible donc pas la même population, est-il indiqué sur les bulletins hebdomadaires du réseau Sentinelles.


Capture d'écran prise le 16/02/2021 des explications méthodologique du bulletin du réseau Sentinelles (2021s05)

De plus, l'article, repris dans des publications Facebook, cherche à appliquer des seuils épidémiques de la grippe de 2015 et de 2017 au coronavirus en 2021. "On ne peut pas du tout transposer [les seuils épidémiques, NDLR] parce que le niveau de base (...) ne sera pas forcément le même", explique l'épidémiologiste Caroline Guerrisi. 

Un seuil épidémique est calculé pour un virus particulier à partir de son suivi dans le temps. "A aucun moment depuis qu'on a adapté notre surveillance à la Covid on a parlé de seuil épidémique", affirme le Pr Thomas Hanslik, selon qui on manque de "recul" pour "définir un seuil de ce qu'est une épidémie de Covid (...) la Covid, soit il y en a, soit il y en a pas aujourd'hui".

"Le réseau Sentinelles n'a pas du tout pour vocation à fixer une seuil épidémique pour définir une épidémie de Covid", ajoute-t-il.

Des chiffres des tests PCR non fiables ?

Une autre publication attribue aux chiffres du bulletin la preuve qu'il n'y a "toujours pas d'épidémie en France", en prenant pour preuve qu' "en effet le taux d'incidence est à 116 (en légère baisse), toutes pneumonies confondues (COVID, grippe et autres), alors que le seuil pour un début d'épidémie est à 180!"

L'auteur ajoute également que le bulletin "se fonde sur des malades réels, contrairement aux tests PCR mal utilisés qui font jusqu'à 90% de faux positifs!".


Capture d'écran prise le 15/02/2021 d'une publication affirmant qu'il n'y a "toujours pas d'épidémie en France selon le dernier rapport SENTIWEB de l'Inserm".

Il est écrit dans le bulletin de la semaine du 1er février du réseau Sentinelles que "le taux d'incidence en cas d'infection respiratoire aiguë (IRA) vus en consultation (ou en téléconsultation) de médecine générale a été estimé à 116 cas pour 100.000 habitants". Les affirmations contenues dans le post à propos des taux d'incidence et des seuils n'en sont pas moins fausses, comme nous l'avons détaillé plus haut.

Par ailleurs, la remise en cause de l'efficacité et de la pertinence des tests PCR a eu lieu à plusieurs reprises et de différentes manières au fil de l'introduction de ces tests en France, de fausses informations que des experts déconstruisent ici, ici, et là.

Plus spécifiquement, l'auteur reprend à son compte l'argument des tests PCR "faux positifs", une théorie erronée selon laquelle 90% des personnes détectées positives par ces tests ont en fait des charges virales trop basses pour être malades ou contagieuses. Il s'appuie notamment d'une recommandation de l'OMS dont il donne le lien, mais dont il fait une mauvaise interprétation, comme des experts l'ont démontré dans cet article de l'AFP.

On parle de "faux positif" en science lorsqu'un pathogène est détecté alors que le patient n'en est pas porteur, cas rarrissime issu généralement d'une mauvaise manipulation. Des scientifiques attestent dans un article de l'AFP qu'une personne infectée porte une charge virale équivalente, que cette personne soit symptomatique ou non, et peut transmettre le virus, indépendamment de l'importance de cette charge.

Au cours des dernières 24 heures, les nouvelles hospitalisations et entrées en réanimation de malades du Covid-19 ont affiché une hausse selon les chiffres publiés le 15 février par Santé publique France. Le nombre de malades en réanimation étaient de 3.371 le 15 février au soir, contre 3.299 la veille. 

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