Non, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n'a pas appelé les Algériens à voter pour la révision de la Constitution le 1er novembre

Non, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n'a pas appelé les Algériens à voter pour la révision de la Constitution le 1er novembre

, publié le dimanche 18 octobre 2020 à 15h58

Des publications partagées sur les réseaux sociaux en Algérie prétendent que le Premier ministre israélien a appelé les Algériens à voter pour le "oui" lors du référendum sur la révision de la Constitution prévu le 1er novembre en Algérie. C'est faux. Il n'existe aucune trace de ces déclarations dans les médias ou de source officielle. De plus, l'Algérie et Israël n'entretiennent pas de relations diplomatiques officielles. 


Capture d'écran prise sur Facebook le 15 octobre 2020.

"Dangereux. Israël appelle les juifs d'Algérie à aller voter pour la Constitution et le Premier ministre demande à ce qu'une nouvelle page soit tournée avec le régime algérien", affirme cette publication, partagée près d'une centaine de fois depuis le 12 octobre.

Le texte est relayé en arabe, sur plusieurs pages, avec la capture d'écran de ce qui semble être un lien vers un article en arabe de France 24. Le Premier ministre israélien y apparaît en photo et le titre attribué au média français annonce : "le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu appelle les Algériens à voter 'oui' lors du référendum de la Constitution".

Propos douteux

L'Algérie ne reconnaît pas l'Etat hébreu. De fait, les deux pays n'entretiennent pas de relations diplomatiques officielles.

Le président Abdelmadjid Tebboune a récemment réitéré  le soutien de son pays à la cause palestinienne et déploré "l'empressement pour la normalisation", ajoutant que les Algériens n'y "prendront jamais part". Deux pays du Golfe, les Emirats arabes unis et Barhein, ont normalisé leurs relations avec Israël à la mi-septembre. 

D'un côté, il est peu crédible que le Premier ministre israélien se prononce sur les affaires internes de l'Algérie. De l'autre, le message de ces publications paraît très incohérent. 

Il est affirmé dans certains messages que Benjamin Netanyahu s'adresse à l'ensemble des Algériens, et dans d'autres, que son message est seulement destiné aux juifs d'Algérie. 

La communauté juive est aujourd'hui très peu nombreuse en Algérie. La plupart de ses membres ont quitté ce pays au moment de l'indépendance en 1962, la plupart pour rejoindre la France.

Il est aujourd'hui très difficile d'estimer le nombre de juifs vivant en Algérie. "Ils ne sont plus qu'une poignée. Ils vivent très discrètement et sont surtout installés à Alger", avait indiqué l'historien Benjamin Stora à Jeune Afrique en 2013. 

Le résultat d'un montage

Par ailleurs, la capture d'écran du lien renvoyant vers le site de France 24 n'est pas très nette. L'assemblage déformé de la photo de Benjamin Netanyahu d'un côté, et de la menorah, symbole de l'Etat  d'Israël, laisse supposer qu'un montage a été effectué.

En haut, sur la gauche de la capture, apparaît le lien de l'article de France 24. En copiant l'URL, nous sommes renvoyés vers un autre article de France 24, publié le 7 octobre, et traitant de l'élection présidentielle aux Etats-Unis. 


Capture d'écran prise sur le site arabophone de France 24, le 16 octobre 2020.

Aucune trace de ces propos

En effectuant une recherche en arabe, en français et en anglais sur le site de France 24 concernant les prétendues déclarations de Benjamin Netanyahu, nous n'avons rien trouvé de semblable. 

Contactée par l'AFP, la rédaction en chef arabophone de France 24 nous a confirmé ne pas avoir publié cette information.

Nous avons également effectué une recherche texte et image sur Google avec les éléments de la publication, sans succès. 

Sur les sites officiels du gouvernement israélien (Premier ministre, ministère des Affaires étrangères) et sur les réseaux sociaux des institutions et des personnalités, aucune information de la sorte n'apparaît.

Référendum en Algérie

Les Algériens sont appelés à se prononcer le 1er novembre sur une réforme de la loi fondamentale censée fonder une "Algérie nouvelle" et répondre aux aspirations du mouvement de protestation populaire Hirak.

Mais ce référendum est décrié par l'opposition et les partisans du Hirak. Nombre d'experts regrettent un "toilettage" de la Constitution présidentialiste héritée de l'ancien président Abdelaziz Bouteflika, sans véritable remise en cause des pouvoirs du chef de l'Etat.

La campagne en vue du référendum sur l'amendement constitutionnel s'est ouverte le 7 octobre discrètement.

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