ALERTE INFO
20:26 Euro : Karim Benzema rappelé en Equipe de France

Non, le nombre de cas de Covid-19 n'a pas explosé en Israël malgré la campagne de vaccination

Non, le nombre de cas de Covid-19 n'a pas explosé en Israël malgré la campagne de vaccination

publié le mardi 23 mars 2021 à 12h01

Des publications partagées sur Facebook depuis le 22 mars affirment qu'Israël subit une "explosion des cas" de Covid-19 "malgré la vaccination", pour lequel le pays se présente comme à l'avant-garde mondiale. Ces affirmations qui se basent sur une courbe mal interprétée, sont totalement fausses puisque le rythme des nouveaux cas et des décès a chuté à un niveau très faible ces dernières semaines, selon des données officielles et des experts interrogés par l'AFP.

La publication du Libre Penseur, reprise par d'autres pages Facebook par exemple ici, et vue plus de 6.300 fois sur son site, affirme en montrant un tableau frappé du drapeau israélien que "la courbe des nouveaux cas vient à peine d'atteindre un pic", et que "la vaccination n'est pas si efficace que ça en fin de compte".

Problème: comme on le voit ci-dessous, il s'agit d'un tableau du total cumulé des cas de Covid-19 depuis le début de l'épidémie en Israël au printemps 2020, et pas de l'évolution jour après jour, ou semaine après semaine, du nombre de nouveaux cas de personnes positives, qui est la base d'analyse la plus utilisée par les épidémiologistes.


Capture d'écran du tableau extrait du site Le Libre Penseur le 25 mars

De facto, la courbe produite comme preuve par Le Libre Penseur ne prouve en rien le titre de la publication: "Propagande; explosion du nombre de cas en Israël malgré la vaccination".

"On voit au premier coup d'oeil que c'est la courbe des cas cumulés car elle ne descend jamais, elle ne fait que monter. Et par définition si c'est un total cumulé, ça ne peut pas descendre", a expliqué le 25 mars à l'AFP Factuel, Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie à l'Ecole des hautes études en santé publique de Rennes.

Cette courbe des cas cumulés pourrait éventuellement être utile pour analyser "la dynamique de cette montée, pour observer des plateaux et voir si l'épidémie accélère ou si la montée (du nombre de cas) se ralentit", a-t-il ajouté. 

Mais, a souligné le chercheur, "c'est forcément plus parlant et pertinent de regarder le nombre de nouveaux cas ou de nouvelles hospitalisations par jour, par semaine ou par mois, ce qui reflète vraiment la dynamique de hausse et de l'épidémie elle-même".

Le graphique décrivant, selon la publication, "l'évolution du nombre de cas et de contaminations jour après jour", et que l'AFP Factuel n'a pas réussi à retrouver ailleurs, a été produit sur la base de données venant du gouvernement israélien et de l'encyclopédie en ligne wikipédia, d'après l'internaute.

La courbe prise en considération par Le Libre Penseur est effectivement similaire à celle publiée par l'agrégateur de données officielles Worldometers dans le graphique ci-dessous à gauche, qui montre le total des cas de Covid-19 en cumulé depuis le début de l'épidémie. Alors que le tableau à droite décrit le nombre moyen de contaminations chaque jour.


capture d'écran tableau Worldometers statistiques du 24 mars


capture d'écran tableau Worldometers statistiques du 24 mars


On voit très clairement que la deuxième courbe, celle des nouveaux cas de contamination quotidiens, est sur une pente décroissante après un pic atteint fin janvier, au cours de la troisième vague de l'épidémie. Comme c'est le cas aussi pour le nombre de décès.

Les plus récents chiffres publiés par le gouvernement israélien, repris dans cet article de l'AFP, attestent également d'un net reflux de l'épidémie: le taux de contamination a chuté de près de 6% à fin février, à 1,1% jeudi 24 mars, et il y avait 482 malades dans un état grave jeudi, contre plus de 800 fin février.

Le dernier bilan officiel repris dans le tableau ci-dessous de l'Université John Hopkins, référence mondiale pour le suivi de l'épidémie, fait état de 32 nouveaux décès journaliers le 24 mars (pour un total cumulé de 6.154 morts) contre un pic de 101 morts sur la seule journée du 20 janvier dernier. 

L'Université John Hopkins a comptabilisé au 24 mars, un total de 339 nouveaux cas de Covid-19 contre un record journalier de 11.934 cas de la maladie, le 27 janvier 2021. 


Capture d'écran du site de l'Université John Hopkins bilan au 24 mars

La publication du Libre Penseur a suscité de nombreux commentaires en particulier parmi les internautes opposés à la vaccination et aux mesures de restriction sanitaires imposées en France, telles que le port du masque à l'intérieur comme à l'extérieur ou les fermetures des bars, restaurants, des lieux culturels et de certains commerces.

Certains ont aussi dénoncé la campagne de vaccination anti-Covid comme étant sur le point de devenir "obligatoire" en France ou comme étant "à l'origine" des différents variants du virus dont le variant britannique qui est devenu majoritaire ces derniers jours sur le sol hexagonal.


Capture d'écran publication Facebook 25 mars


Capture d'écran publication Facebook 25 mars

L'auteur de la publication rappelle que la campagne de vaccination a démarré en décembre en Israël et qu'elle est "considérée comme exemplaire à travers le monde". Avant d'ajouter ce commentaire: "entre les personnes déjà malades et les vaccinées, les nouveaux cas de coronavirus devraient chuter vite et drastiquement, sinon ça n'aurait aucun sens !".

Pourtant, c'est bien le cas, Israël est en effet passé d'un total de nouveaux cas de 220.173 sur le mois de janvier qui a été marqué par le pic de la troisième vague à 75.030 nouvelles contaminations sur le mois de mars (jusqu'au 24). Le nombre de décès a également reculé de 1.471 décès en janvier à 558 en mars. Soit un rythme de progression de l'épidémie divisé par trois.

La campagne de vaccination a démarré le 19 décembre 2020 en Israël avec l'objectif d'immuniser l'ensemble de la population adulte d'ici la fin avril.

Pour y parvenir, l'Etat hébreu a noué un partenariat avec le laboratoire américain Pfizer qui lui a permis d'obtenir rapidement des millions de doses du vaccin contre le Covid-19 en échange de données biomédicales sur ses effets.

Sur la base des données recueillies, une étude israélienne publiée le 20 février dans la revue The Lancet et diffusée par l'AFP ici, a conclu à une efficacité de 85% pour ce vaccin, deux à quatre semaines après l'injection de la première dose, avec un taux de protection qui s'accroît à 95% une semaine après la deuxième dose.

A un certain moment, le pays de 9,2 millions d'habitants, qui mène la campagne la plus intense au monde est parvenu à vacciner jusqu'à 150.000 personnes par jour.

Début mars, Israël a passé la barre des 5 millions de personnes ayant reçu au moins une dose d'un vaccin contre le Covid-19, comme on le voit sur la photo ci-dessous.


Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à gauche) pose aux côtés d'une jeune femme devenue le 5 millionième citoyen israélien à recevoir une première dose du vaccin anti-Covid à Tel Aviv, le 8 mars 2021 (AFP / Miriam Alster)

Et selon les dernières statistiques du ministère de la Santé israélien publiées le 24 mars, et reprises dans cet article de l'AFP, plus de 4,6 millions d'Israéliens, soit plus de la moitié de la population et 80% des plus de 50 ans, ont reçu les deux doses du vaccin.

Le dirigeant conservateur Benjamin Netanyahu, qu'on peut voir sur le cliché ci-dessus avec la 5 millionième vaccinée, a joué à fond la carte de la "Vaccine Nation" (le pays du vaccin) pendant sa campagne pour les élections législatives du 23 mars.

"Savez-vous combien de Premiers ministres et de présidents appellent Pfizer et Moderna ? Ils ne répondent pas, mais moi, ils ont pris mon appel et je les ai convaincus qu'Israël serait un modèle pour le vaccin", a-t-il lancé dans la dernière semaine avant le scrutin, comme le rapportait ici l'AFP.

Surfant sur cette vague, le parti de droite de M. Netanyahu, le Likoud, est arrivé en tête du scrutin, le quatrième en près de deux ans, mais sans garantie de pouvoir former un gouvernement pour lequel il lui faudra chercher des alliés, expliquait l'AFP ici le 24 mars. 

La campagne de vaccination a produit ses effets

Contrairement à ce qu'affirme la publication du Libre Penseur, la baisse constante du nombre de nouveaux cas, des hospitalisations et des décès est directement le produit de la campagne de vaccination, selon les experts. 

La campagne de vaccination a "significativement réduit les formes graves de la maladie et sa létalité, et on peut le voir dans les chiffres de mortalité du pays", indiquait dès le 20 février Hezi Levi, directeur général du ministère de la Santé, dans un communiqué officiel.

Il y a quelques jours, Ran Balicer, médecin-chercheur, directeur de l'Institut de recherche Clalit et membre du conseil scientifique israélien, se félicitait, dans le tweet ci-dessous, de la chute du nombre de nouvelles hospitalisations grâce à la progression fulgurante de la campagne de vaccination. 

"Nous ne pouvons pas être plus satisfaits des résultats de notre campagne massive de vaccination", y explique-t-il.



"Dans les chiffres récents, on voit clairement que la campagne de vaccination a un effet, et le fait qu'Israël soit l'un des pays les plus, voire le plus vacciné au monde, permet de voir l'impact que les campagnes auront à terme quand les autres pays auront atteint ces niveaux", a confirmé, le 25 mars, Pascal Crépey.

L'épidémiologiste a souligné, en outre, que sur la base des dizaines de milliers de données rassemblées, "on voit aussi que le vaccin a un impact sur la transmission du virus".

La campagne israélienne n'a donc pas uniquement un "effet sur la diminution du risque d'être hospitalisé" mais elle permet également "de bloquer les chaînes de transmission, et donc de casser plus rapidement la dynamique (de l'épidémie)", ce qui est "plutôt une bonne nouvelle", a-t-il noté.

En Israël, "il est clair en termes d'incidence et de décès que leur troisième vague est derrière eux", a poursuivi le chercheur.


Deux Israéliens s'embrassent à une terrasse du marché Mahane Yehuda le 18 mars 2021 en Israël où la moitié de la population a été vaccinée contre le Covid-19, ce qui a permis de rouvrir les bars, restaurants et musées aux titulaires d'un "passeport vert" attestant de leur immunisation ou de protection. (AFP / Menahem Kahana)

C'est ce qui a permis au pays de commencer à desserrer l'étau avec la réouverture, depuis début mars, des bars, restaurants et salles de sport aux détenteurs du "passeport vert", octroyé aux personnes ayant reçu deux doses du vaccin ou guéries du Covid-19, comme l'expliquait alors l'AFP ici.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.