Non, le gouverneur congolais Zoé Kabila ne va pas ouvrir une "usine de batteries électriques" en RDC

Non, le gouverneur congolais Zoé Kabila ne va pas ouvrir une "usine de batteries électriques" en RDC

, publié le vendredi 02 avril 2021 à 11h10

Plusieurs publications sur Facebook affirment que le gouverneur du Tanganyika et frère de l'ex-président de la République Démocratique du Congo, Zoé Kabila, a pour projet d'ouvrir une "usine de fabrication des batteries électriques" dans cette province située dans l'est de la RDC. Cette affirmation est en réalité infondée: le gouvernement de Tanganyika l'a démentie, de même que le ministre de l'Industrie de la province.

Le gouverneur de la province congolaise du Tanganyika, Zoé Kabila, "lance la construction d'une usine de fabrication des batteries électriques" dans sa jurisdiction, assurent depuis le début du mois de mars plusieurs publications virales sur Facebook. Une innovation industrielle qui permettra à la République démocratique du Congo (RDC) de "bientôt fabriquer des véhicules électriques", insistent les auteurs de ces messages.


Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 1er avril 2021


Ces publications cumulent près de 300 partages depuis le 4 mars sur Facebook (1, 2, 3, 4, 5...) et suscitent de nombreuses réactions chez les internautes, qui se félicitent pour certains de ce projet et de l'action de Zoé Kabila, quand d'autres s'inquiètent de son financement et évoquent de possibles malversations.

Démenti du gouvernement provincial

Pourtant, selon le gouvernement de la province du Tanganyika, il n'existe aucun projet de construction d'une telle usine. "Cette information est fausse", a déclaré à l'AFP Mathias Mokolovero, chargé de la presse du gouverneur Zoé Kabila. "Ce n'est pas vrai que le gouverneur fait construire une usine de fabrication des batteries", a-t-il insisté.

"Je ne suis pas informé de l'existence d'un tel projet dans le Tanganyika", a renchéri le ministre provincial de l'Industrie, Leya Wa Nkulu, sollicité par l'AFP.

Le site de vérification congolais CongoCheck a également publié un article concluant que les affirmations qui circulent sur les réseaux sociaux sont mensongères. 

Les batteries électriques, un marché prometteur

Les publications font référence aux batteries lithium-ion, des batteries rechargeables de voitures électriques qui fonctionnent avec les cellules du même nom. Une telle batterie est composée notamment de lithium, de nickel et de cobalt, un minerai très présent dans l'Est de la RDC.


Une batterie lithium-ion rechargeable conçue pour une voiture électrique de Volkswagen prise en photo dans l'usine de Zwickau, en Allemagne, le 25 février 2020. (Ronny Hartmann / AFP)



Aujourd'hui, malgré un marché automobile en berne en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19, les investissements dans les batteries électriques, qui représentent environ 40% de la valeur d'un véhicule, se multiplient. Selon le cabinet BCG, le marché mondial des batteries auto pourrait atteindre 45 milliards d'euros en 2027, dont 20% à 30% en Europe.

Cet essor profite pour l'heure surtout aux géants asiatiques, et non aux pays européens ou africains. En effet, les grands fabricants mondiaux de batteries électriques sont principalement "chinois, coréens et japonais", comme l'expliquait à l'AFP en septembre 2020 Xavier Mosquet, directeur associé senior au sein du cabinet BCG.

Cette mainmise est renforcée par le fait que la production de batteries par les constructeurs automobiles eux-mêmes supposerait des investissements colossaux, pour des volumes encore limités. Beaucoup préfèrent donc déléguer cette production et avoir le choix entre plusieurs fournisseurs, les technologies évoluant rapidement.


Des batteries au lithium entreposées dans l'un des ateliers d'une entreprise fabricant ces batteries à Huabei, dans la province chinoise orientale d'Anhui, le 14 novembre 2020 (AFP)


La suprématie asiatique, et celle de la Chine en particulier, qui concentre la moitié des ventes mondiales de voitures électriques, repose par ailleurs sur un contrôle étroit des matières premières indispensables aux batteries, à savoir le lithium et le cobalt -- un minerai produit à près de 70% par la RDC.

Selon des estimations citées par l'agence Bloomberg, les firmes chinoises contrôleraient ainsi plus de la moitié de la production de cobalt en RDC. Faute d'infrastructures adéquates, notamment sur le plan électrique, ces matières premières ne peuvent cependant pas être transformées sur place: elles sont exportées à l'étranger, sous forme de produits semi-finis.

En 2018, l'ancien président Joseph Kabila avait dit envisager une "zone économique spéciale", disposant d'une fiscalité plus favorable, pour transformer sur place les immenses ressources minières du pays. Mais cette zone franche n'a pour l'heure pas encore vu le jour.


Une courroie transporteuse charrie des morceaux de cobalt brut destinés à la Chine, à Lubumbashi, le 16 février 2018 (Samir Tounsi / AFP)



Le cobalt, "minerai du sang"

Le quasi monopole détenu par la RDC sur les mines de cobalt cache par ailleurs une réalité plus sombre: le cobalt n'est pas seulement un ingrédient essentiel au fonctionnement des batteries d'ordinateurs ou de téléphones portables, il s'agit également d'un "minerai du sang", selon l'organisation non gouvernementale (ONG) Amnesty International. 

L'ONG dénonce avec cette formule choc le manque de contrôle des entreprises fabriquant des batteries sur leurs chaînes d'approvisionnement, notamment en RDC, où près de 40.000 enfants travailleraient dans les mines. "Il est fort probable que nos portables aient été fabriqués en recourant à la main d'œuvre infantile", alertait Amnesty en 2016.

Deux ans après la publication de ce rapport, l'ONG était revenue sur les progrès des différentes entreprises utilisant le cobalt dans leurs produits finis en terme de respects des droits humains à travers leurs chaînes d'approvisionnement, notant en général un "manque de transparence".

En mai 2020, Amnesty International a de nouveau tiré la sonnette d'alarme sur les conditions d'extraction des minerais en RDC, cette fois-ci sur le plan sanitaire. "Les entreprises minières ne font pratiquement rien pour prévenir la pollution et protéger les personnes qui vivent et travaillent là", a regretté l'ONG.

Jeudi 1er avril, la RDC a officiellement lancé l'Entreprise générale du cobalt, une filiale de l'entreprise publique minière nationale Gécamines, dont la création avait été annoncée en 2019. L'objectif est d'"assainir la filière" et "restructurer le marché du cobalt artisanal" dans le pays, a rappelé Radio France Internationale.

Dans le cadre de cette initiative, et dans six mois, "il sera donc illégal "pour un fabricant de cathode de cobalt, de batteries, ou de véhicules électriques, d'acheter du cobalt artisanal congolais à un autre acteur qu'EGC", selon Jeune Afrique.

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