Non, le chanteur américain R. Kelly n’est pas sorti de prison

Non, le chanteur américain R. Kelly n’est pas sorti de prison

publié le mardi 08 juin 2021 à 21h32

Des publications partagées plusieurs milliers de fois sur Facebook affirment, photo à l’appui, que la star américaine R. Kelly a été libérée de prison au début du mois de juin. C'est faux : le chanteur, qui attend son procès pour des accusations d'abus sexuels, se trouve toujours derrière les barreaux, selon son avocat et l’administration pénitentiaire. La photo virale sur les réseaux sociaux, où l’on voit R. Kelly quitter un centre de détention, a été prise voilà deux ans lors de sa remise en liberté dans une affaire de non-paiement de pension alimentaire.

"R Kelly est sorti de prison", assure une publication Facebook du 4 juin 2021, accompagnée d’une image du chanteur escorté par un homme en manteau noir. Sur cette photo, la star américaine s’éloigne d’un bâtiment entouré de fils barbelés, la tête couverte par une écharpe, une enveloppe à la main.

La fin de deux ans de détention provisoire pour le chanteur, accusé de multiples viols et agressions sexuelles ? Cette rumeur a largement circulé ces derniers jours sur les réseaux sociaux, principalement en anglais : sur Facebook, une publication annonçant sa libération a ainsi été partagée 16.000 fois depuis le 3 juin.

On retrouve également ce message dans plusieurs publications francophones (1, 2, 3...), commentées avec enthousiasme par les fans du chanteur de 54 ans.

Capture d’un post Facebook trompeur, réalisée le 9 juin 2021



R. Kelly, né Robert Sylvester Kelly, fait face à de multiples accusations d'abus sexuels et de détournement de mineures, traitées par le tribunaux de Chicago et New York, mais aussi de Cook (Illinois) et de Hennepin (Minnesota). Ses procès ont été retardés à plusieurs reprises en raison de la pandémie de Covid-19.

Le chanteur, qui a atteint le statut de superstar avec des tubes tels que "I believe I can fly" et "Ignition", est accusé d accusé d’avoir enlevé, séquestré, menacé et filmé, à leur insu, plusieurs jeunes filles et jeunes femmes dans quatre Etats différents. Il est également visé par des accusations de corruption, d’entrave à la justice et de racket.

"Toujours en prison"

Contrairement à ce qu’affirment les messages sur Facebook, R. Kelly est en réalité toujours incarcéré. Au moment de leur publication, la base de données des détenus du Federal Bureau of Prisons des États-Unis indiquait que le chanteur était écroué au Metropolitan Correctional Center de Chicago, dans l'Illinois.

Capture du site du bureau fédéral des prisons, réalisée le 9 juin 2021



Contacté par l’AFP, l'avocat du chanteur, Steve Greenberg, a déclaré que son client était "toujours en prison". Son procès est prévu en août à New York, a précisé M. Greenberg, qui a annoncé récemment vouloir se retirer de ce dossier, en assurant ne pas être en mesure de "représenter correctement" son client dans une lettre citée par le Chicago Sun-times.

La photo illustrant les publications trompeuses, pour sa part, n’illustre pas une sortie récente de la star américaine. Une recherche d'image inversée avec Google images permet de retrouver ce cliché dans un article d’août 2020, crédité Associated Press, une agence de presse américaine. 

Ce cliché est visible sur le site d'Associated Press (AP) et date précisément du 9 mars 2019. On retrouve aussi une vidéo AP montrant la même scène.

Capture prise sur la banque d’image de Associated Press



La légende associée à cette photo identifie l'homme marchant aux côtés de R. Kelly comme son avocat, Steve Greenberg. Selon cette légende, le chanteur, à l’époque écroué pour non-paiement d’une pension alimentaire, avait été remis en liberté après avoir accepté de verser l’intégralité de la somme réclamée, soit 161.633 dollars (132.578,66 euros).

Son incarcération pour les faits d’agression sexuelle pour lesquels il attend son procès remonte elle à juillet 2019, soit quelques mois après la publication de cette photo. Le chanteur a depuis demandé à plusieurs reprises sa remise en liberté conditionnelle, en mettant notamment en avant les risques de contamination au Covid-19 dans sa prison, mais sans succès.

R. Kelly, qui a plaidé non coupable de tous les chefs d’accusation portés contre lui, avait déjà fait l'objet d'accusations de détournements de mineures dans les années 2000. Il avait été acquitté en 2008 à l'issue d'un procès lié à des enregistrements vidéo d'actes sexuels réalisés avec une jeune fille de 14 ans.

Les nouvelles procédures à son encontre, intervenues après la sortie d'un documentaire dans lequel plusieurs femmes l'accusent d'avoir eu des relations avec des mineures et de s'être entouré d'esclaves sexuelles ("Surviving R. Kelly"), pourraient cette fois lui valoir plusieurs dizaines d’années de prison. 

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