Non, le Cameroun n'a pas déboursé 7 milliards de francs CFA pour seulement 25 ambulances

Non, le Cameroun n'a pas déboursé 7 milliards de francs CFA pour seulement 25 ambulances

, publié le vendredi 05 mars 2021 à 14h24

Des publications partagées plusieurs centaines de fois sur Facebook affirment que le gouvernement camerounais a dépensé 7 milliards de francs Cfa (10,6 millions d'euros) pour 25 ambulances médicalisées, soit une somme très importante comparée au montant dépensé par le Sénégal pour des véhicules similaires. Cette affirmation est  trompeuse : l'enveloppe de 7 milliards, octroyée dans le cadre d'un projet du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), a servi également à acquérir du matériel médical, dont des scanners et des respirateurs, pour lutter contre l'épidémie de Covid-19.

"162 ambulances plus 4 unités mobiles d'interventions à 8 milliards au Sénégal. 25 ambulances à 7 milliards au Cameroun. Vous allez faire quoi ?", écrit l'auteur d'une publication très partagée sur Facebook depuis le 28 février, qui s'étonne du prix très élevé auquel auraient été acquis les véhicules.


Capture d'écran Facebook, réalisée le 5 mars 2021

A l'origine de ce message: l'arrivée la veille à Douala, capitale économique du Cameroun, de 10 ambulances médicalisées, premier lot d'un convoi de 25 véhicules de transport de malades destinés au ministère de la Santé camerounais.

Cet achat s'inscrit dans le cadre d'un projet du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), d'un "montant global d'un peu plus de 13 millions de dollars" (7,090 milliards de francs Cfa), a indiqué sur Facebook le ministère de la Santé après réception des ambulances.

Ce message a poussé des internautes à faire le parallèle avec le Sénégal, où le ministre de la Santé Mouhamadou Barro avait annoncé en mai 2017 l'acquisition de 162 ambulances pour 7,5 milliards de francs CFA. Soit une une somme quasi équivalente., pour une flotte de véhicules six fois supérieure.

Scanners, respirateurs, appareils de radiographie...

Relayée par nombre de publications (1, 2, 3, 4...), cette comparaison a suscité des réactions outrées et fait naître des soupçons de surfacturation et de malversations financières. "Le montant à l'unité donne des vertiges", souligne un internaute dans les commentaires. "C'est une histoire de vol", dénonce un autre.

Pourtant, les chiffres présentés par ces publications sont inexacts.

Dans un tweet du 1er mars, le ministre camerounais de la Santé, Manaouda Malachie, a expliqué que les ambulances ne constituaient qu'une partie de l'enveloppe de 7 milliards de francs CFA, qui englobe également du matériel médical, dont des scanners.


Capture tweet du ministre camerounais de la santé, réalisée le 5 mars 2021



La liste complète figure dans une note du ministère dont l'AFP a obtenu copie. Outre les 25 ambulances, on y trouve notamment 6 scanners, 35 appareils de radiographie mobile, 500 concentrateurs d'oxygène, 162 respirateurs de réanimation et 12 appareils de radiographie ou de mammographie.


Copie de la note du ministère de la Santé camerounais



Contacté le 3 mars par l'AFP, le représentant au Cameroun du PNUD, agence d'exécution de ce projet d'acquisition, a corroboré la liste d'achats du ministère, jugée conforme au programme prévu dans le cadre de ce projet d'investissement.

Interrogé sur le prix unitaire d'une ambulance, le représentant du PNUD a toutefois assuré que cela relevait d'une "communication interne au PNUD".

Ce programme d'investissement de 7 milliards de francs CFA chapeauté par l'organisme onusien résulte d'un accord signé entre le Cameroun et la Banque islamique de développement (BID). L'objectif, selon le PNUD, est de renforcer le système de santé camerounais face au Covid-19.

Hausse des cas de Covid-19

Le Cameroun n'est en effet pas épargné par la pandémie du Coronavirus, même si le bilan y est moins lourd que dans les pays européens par exemple. Depuis le premier cas détecté, le 6 mars 2020, le pays a enregistré 551 morts et 35.714 cas (chiffres du 25 février 2021).

Lors d'un point presse à Yaoundé le 1er mars, le ministre de la communication, René Sadi, a par ailleurs fait état d'une résurgence de cas. Cette hausse survient quelque temps après le Championnat d'Afrique des Nations (CHAN), qui s'est tenu du 16 janvier au 7 février dans trois villes du pays. 

A défaut d'un confinement et un couvre-feu stricts, le gouvernement et ses partenaires prônent depuis plusieurs mois le respect des mesures barrières et ont opté pour une prise en charge gratuite des malades. Un plan de vaccination a par ailleurs été récemment annoncé. 

Le Cameroun espère recevoir plus de 2 millions de doses de vaccins, dans le cadre de l'initiative Covax, créée par l'OMS pour permettre aux pays les plus démunis d'avoir accès aux vaccins.

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