Non, la RDC n'a pas validé un remède contre le Covid-19 à base d'artemisia

Non, la RDC n'a pas validé un remède contre le Covid-19 à base d'artemisia

, publié le mardi 07 juillet 2020 à 18h39

De nombreuses publications sur les réseaux sociaux en République démocratique du Congo affirment que coordinateur du comité de lutte contre le coronavirus, le célèbre virologue Jean-Jacques Muyembe, a validé un remède contre le Covid-19 élaboré à base d'artemisia par le chercheur Jérôme Munyangi. Contactés par l'AFP, les autorités congolaises de lutte contre le Covid-19 et M. Munyangi ont démenti ces affirmations. 

"J'annonce avec joie immense à la population Congolaise et celle du monde entier que le digne fils de la RDC vient de sauver le Monde face à la pandémie de la COVID 19 , Il s'agit du traitement à base des plantes du Dr Jérôme Munyangi. Impossible n'est pas la RDC , grâce à son produit nous avions guéris 1978. En 4 jours seulement", annonce fièrement une publication Facebook partagée plus de 600 fois depuis le 4 juillet.

Le même texte a été copié dans de nombreuses publications cumulant plusieurs centaines de partages chacune (1, 2, 3, 4).


Capture d'écran Facebook réalisée le 6 juillet 2020

Certaines publications établissent un lien avec l'annonce faite le 5 juillet par les autorités de RDC faisant état de 3.184 personnes guéries du coronavirus dans l'ensemble du pays sur 7.411 cas confirmés.


Capture d'écran Facebook réalisée le 6 juillet 2020

Jérôme Munyangi, qui se présente comme un "enseignant-chercheur" sur le réseau professionnel LinkedIn, est un partisan des remèdes médicaux à base d'artemisia.

Dans un documentaire de janvier 2019, il avait notamment défendu l'efficacité contre le paludisme des tisanes à base de cette plante répandue dans les pharmacopées traditionnelles africaine et chinoise.

De retour en mai en RDC après un bref exil en France, il a proposé aux autorités sanitaires un remède pour lutter contre le Covid-19, qui doit faire l'objet d'essais cliniques.

Ce remède contient "de l'artemisia et autre chose que je ne peux dire par secret professionnel", a déclaré Jérôme Munyangi à l'AFP le 6 juillet.

L'efficacité de l'artemisia contre le Covid-19 est source de controverses depuis le lancement fin avril par le président de Madagascar d'une tisane censée prévenir et guérir la maladie (lire par ailleurs).

Démenti du comité de riposte 

Le Secrétariat technique de la riposte contre le Covid-19 en RDC a démenti le 6 juillet toute validation du traitement de Jérôme Munyangi par Jean-Jacques Muyembe.

"Nous tenons à vous informer que le Professeur Jean Jacques Muyembe, Secrétaire Technique de la riposte contre la Covid-19 en RDC n'a pas pour mandat la validation d'un quelconque médicament contre le Coronavirus au pays", a écrit le secrétariat technique de la riposte contre le Covid-19 sur la page Facebook.

"Il n'est ni le comité d'éthique, ni l'autorité de réglementation des médicaments. Cette responsabilité revient exclusivement au gouvernement congolais à travers son Ministère de Santé".

Cette instance a également diffusé un visuel sur Facebook.


Capture d'écran Facebook, réalisée le 6 juillet 2020.

L'AFP avait déjà démenti en mars de faux propos attribués au professeur Muyembe, célèbre virologue congolais qui a participé à la découverte du virus Ebola en 1976 puis à son éradication en RDC, et désormais en charge de la lutte contre le nouveau coronavirus dans le pays. 

Un traitement qui n'est pas utilisé 

Les chiffres de 1.978 personnes guéris en quatre jours évoqués par les publications que nous vérifions sont également faux, assure le Secrétariat technique.

Si 3.184 cas de guérison ont été enregistrés au 5 juillet, "les personnes guéries ne l'ont pas été grâce au résultat du protocole du docteur Munyangi, qui n'est pas utilisé", a expliqué à l'AFP Miphy Buata, chargée de communication du comité multisectoriel de riposte contre la Covid-19.

Jérôme Munyangi a également confirmé à l'AFP que le docteur Muyembe n'a pas autorité pour "valider (son) remède".

"Ce n'est pas à lui de valider. Docteur Muyembe n'est pas une institution, il n'a jamais été un organe de régulation, il n'aura qu'à constater le résultat car au Congo, il y a les organes de réglementation pour valider les médicaments", souligne-t-il.

Mi-juin, plusieurs médias congolais avaient affirmé que le Comité nationale d'éthique de la santé (CNES) avait donné son autorisation à des essais du protocole de Jérôme Munyangi à l'hôpital de Monkole, à Kinshasa, "pour la période allant du 15 Juin 2020 au 14 Juin 2021".

"J'ai eu l'autorisation pour faire les essais cliniques et je suis en train de travailler", a déclaré M. Munyangi à l'AFP, sans plus de précision sur des essais déjà en cours ou à venir. 

"Nous communiquerons au moment opportun", a-t-il ajouté.

Les effets de l'artemisia contre le Covid-19 en question

L'artemisia a été au coeur de vifs débats ces derniers mois, après le lancement le 20 avril par le président malgache Andry Rajoelina d'une tisane remède, baptisée Covid Organics, à base de cette plante et d'autres herbes qui poussent à Madagascar.

Cette tisane, efficace à la fois dans un rôle "préventif et curatif" selon le président malgache, a connu un fort écho sur les réseaux sociaux. 

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a, elle, multiplié les mises en garde assurant qu'aucune étude scientifique n'a jusqu'à présent prouvé l'efficacité de l'artemisia dans la lutte contre le Covid-19.


Un plant d'artemisia photographié le 21 mai 2020 dans une serre de la compagnie BIONEXX à Madagascar

Cette plante est reconnue dans la lutte contre le paludisme. En 2015, le prix Nobel de médecine a récompensé la chercheuse chinoise Tu Youyou pour sa découverte de la molécule d'artémisine, utilisée dans de nombreux traitements contre le paludisme.

Mais l'efficacité des tisanes d'artemisia est contestée par l'OMS et de nombreux scientifiques, comme l'a rappelé une vérification de l'AFP.

Quant à d'éventuels effets contre le Covid-19, "des essais devraient être réalisés pour évaluer leur efficacité et déterminer leurs effets indésirables", estime l'OMS: "Même lorsque des traitements sont issus de la pratique traditionnelle et de la nature, il est primordial d'établir leur efficacité et leur innocuité grâce à des essais cliniques rigoureux".

La RDC comptait au 6 juillet sur son territoire 7.660 cas confirmés de nouveau coronavirus, 183 décès et 3.236 guérisons, selon un bilan épidémiologique des autorités congolaises.

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