Non, la Première dame haïtienne n'a pas été tuée lors de l'assassinat du président Jovenel Moïse

Non, la Première dame haïtienne n'a pas été tuée lors de l'assassinat du président Jovenel Moïse

publié le jeudi 08 juillet 2021 à 14h49

Après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse à son domicile à Port-au-Prince, le 7 juillet, de nombreuses publications sur les réseaux sociaux ont fait état du décès de son épouse Martine Moïse, présente lors de l'attaque. C’est faux: le chef du gouvernement Claude Joseph a annoncé que la Première dame, blessée, était "hors de danger". Elle est soignée en Floride."Haïti : la Première dame, Martine Moïse, blessée lors de l'attaque qui a coûté la vie à son époux, est décédée", affirme l'auteur d’une publication partagée plus de 250 fois depuis le 7 juillet, citant “plusieurs médias du pays”. Un autre post cite une  “source proche de la présidence”.

   

Ce message est abondamment relayé sur Facebook et Twitter en français et en anglais (1, 2). Le président de l’Équateur, Guillermo Lassa, lui-même, a dénoncé sur Twitter "l’ignoble assassinat du président Jovenel Moise et de son épouse, Martine Moise".  Certains médias haïtiens ont également annoncé ce décès, avant de publier des corrections.

Le président Moïse a été tué par un commando armé dans la nuit du 6 au 7 juillet à son domicile. Selon le Premier ministre par intérim Claude Joseph, les assaillants étaient "des étrangers qui parlaient l'anglais et l'espagnol".

Aucune autre information sur l'identité ou les motivations des auteurs de l'assassinat n'a été divulguée. Selon la presse locale citant le juge chargé de l'affaire, la dépouille du président Moïse a été retrouvée criblée de 12 balles, et son bureau et sa chambre ont été saccagés.

Mais l'annonce du décès de la Première dame de Haïti, Martine Moïse,  est erronée. 

Un "acte odieux" Dans une déclaration télévisée, Claude Joseph a annoncé que Martine Moïse était "hors de danger" et "soignée en Floride". "Selon les informations que nous avons, sa situation est stable", a -t-il précisé. "Elle reçoit actuellement tous les soins dont elle a besoin".

Smith Augustin, l’ambassadeur d’Haïti en République Dominicaine, a indiqué lors d’une conférence de presse qu’elle "était gravement blessée" et qu’elle recevait des soins médicaux.

Une déclaration de l’Organisation des États américains a évoqué  les "blessures graves" de la Première dame.

"Nous condamnons cet acte odieux, et j’envoie mes vœux sincères pour le rétablissement de la Première dame Moïse", a dit le président Joe Biden, interrogé sur l’assassinat de Jovenel Moïse. Le Conseil de sécurité de l'ONU, qui se réunira en urgence jeudi, s'est dit "profondément choqué".

Le Miami Herald, un quotidien américain, a signalé qu’elle avait atterri en Floride dans un hélicoptère médicalisé l’après-midi du 7 juillet.

Le président Jovenel Moïse et son épouse Martine Moïse devant le Palais national de Port-au-Prince, le 23 mai 2018. ( AFP / HECTOR RETAMAL, HECTOR RETAMAL)Quatre "mercenaires" soupçonnés d'être impliqués dans l'assassinat du président haïtien ont été tués et deux autres ont été arrêtés, au lendemain de l'attaque, a annoncé mercredi soir le directeur général de la police nationale d'Haïti, Léon Charles. 

Cet assassinat menace de déstabiliser davantage le pays le plus pauvre des Amériques, déjà confronté à une double crise politique et sécuritaire.

Venu du monde des affaires, Jovenel Moïse, 53 ans, avait été élu président en 2016 sur une promesse de développement de l'économie du pays et avait pris ses fonctions le 7 février 2017.

Actif dans plusieurs domaines économiques, dont l'exploitation de bananeraies, il n'avait quasiment aucune expérience en politique au moment de son élection.

Haïti est gangrenée par l'insécurité et notamment les enlèvements contre rançon menés par des gangs jouissant d'une quasi impunité. 

Gouvernant par décret depuis janvier 2020, sans Parlement et alors que la durée de son mandat faisait l'objet de contestations, Jovenel Moïse avait mis en chantier une réforme institutionnelle. Un référendum constitutionnel initialement prévu en avril, reporté une première fois au 27 juin puis à nouveau en raison de l'épidémie de Covid-19, devait se tenir le 26 septembre. La réforme avait pour but de renforcer les prérogatives de l'exécutif.

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