Non, l'ambassadeur de France en Tunisie n'a pas évoqué la possibilité de recourir à l'armée française dans le sud du pays

Non, l'ambassadeur de France en Tunisie n'a pas évoqué la possibilité de recourir à l'armée française dans le sud du pays

, publié le mercredi 08 juillet 2020 à 14h39

Une ancienne publication, de nouveau partagée sur les réseaux sociaux en Tunisie, affirme que l'ambassadeur de France a évoqué la possibilité "d'amener les forces militaires françaises pour sécuriser la production pétrolière dans le désert tunisien". Cette publication, rediffusée au moment où des troubles sociaux menacent la petite production pétrolière tunisienne, a été démentie par l'ambassade de France en Tunisie et la radio privée tunisienne citée comme source n'a aucune trace de cette interview.


Capture d'écran d'une publication Facebook réalisée le 2 juillet 2020.

"Il y a la possibilité de faire appel aux forces militaires françaises pour sécuriser le cours de la production pétrolière dans le désert tunisien s'il y a des troubles qui engendrent l'arrêt de la production, telle a été la déclaration de l'ambassadeur de France et du porte-parole officiel de la défense française. Si la Tunisie n'est pas en mesure de protéger nos compagnies pétrolières dans le sud de la Tunisie, et le phosphate à Gafsa, nous amènerons les marines français. Source : Shems FM", affirme le texte. 

"J'espère que cela va se produire, nous vivrons comme les Fellaga (ndlr : combattants pour l'indépendance) et poursuivrons le chemin emprunté par nos ancêtres", ajoute la publication, appelant de ses voeux des opérations contre l'armée française.

Ce texte est diffusé sur les réseaux sociaux en Tunisie depuis mai 2019, accompagné de photos de l'ambassadeur de France en Tunisie Olivier Poivre d'Arvor et d'avions militaires.

Une information suspecte 

Certaines publications sur Facebook cumulent plusieurs milliers de partages et continuent d'être relayées ou dupliquées par d'autres pages. Toutefois, il n'existe aucune trace de ces propos en dehors des publications sur les réseaux sociaux, dont la plus ancienne que nous ayons trouvée remonte au 29 mai 2019.

En effectuant une recherche par mots clés en arabe et en français, nous n'avons trouvé aucune trace de cette déclaration dans des médias ou sites officiels. 

Les publications sur les réseaux sociaux citent comme source la radio privée Shems FM, or, aucune interview de la sorte n'est en ligne sur leur site ou leur chaîne Youtube. 

La rédaction de Shems FM, contactée par l'AFP, a indiqué n'avoir aucune trace de telles déclarations.

L'ambassade de France en Tunisie dément 

Contactée par l'AFP, l'ambassade de France en Tunisie dément, affirmant que M. Poivre d'Arvor n'a jamais tenu de tels propos.

Ces fausses publications sur les réseaux sociaux réapparaissent aujourd'hui dans un contexte de troubles sociaux dans le sud tunisien, où les jeunes réclament leur part de la manne pétrolière.

La région de Tataouine a récemment été secouée par plusieurs jours de manifestations et d'affrontements entre la police et des protestataires réclamant des emplois et des investissements dans cette zone marginalisée. 

Une nouvelle mobilisation, visant à perturber la production de pétrole, est en cours en ce début de juillet.

A l'origine, cette fausse information a sans doute été suscitée en mai 2019, par la polémique créée par le déplacement par route d'un détachement de sécurité de l'ambassade de France en Libye, de Tripoli à Tunis. L'ambassade s'en était expliqué dans un communiqué ici.

Un petit producteur de pétrole 

La production de pétrole tunisienne, parmi les moins importantes de la région, est de 38 à 40.000 barils par jour en moyenne, dont 55% environ est produit dans la région de Tataouine, où sont implantés l'Autrichien OMV, l'Italien ENI et l'Anglais Atog, selon le ministère de l'Energie.

La France est quant à elle représentée avec la compagnie Perenco, dans les gouvernorats de Kebili, Gabès et Sfax, où elle exploite les concessions d'El Franig et de Baguel, ainsi que les champs pétroliers d'Ashtart et de Chergui, qui ne sont pas concernés par les troubles sociaux récurrents.

Quant à la coopération militaire entre la France et la Tunisie, elle s'opère notamment dans le domaine de la formation et du renseignement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Bien que renforcée depuis les attentats de 2015 sur le sol tunisien, la France ne possède ni base militaire, ni forces opérationnelles d'ampleur dans le pays. 

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