Non, il n'y a pas eu d'accident de bus transportant des partisans de l'opposition à un meeting à Abidjan

Non, il n'y a pas eu d'accident de bus transportant des partisans de l'opposition à un meeting à Abidjan

, publié le lundi 12 octobre 2020 à 19h59

Une publication partagée plus de 500 fois depuis ce week-end prétend montrer des "graves accidents" impliquant des bus transportant des partisans de l'opposition ivoirienne à un grand meeting qui s'est tenu à Abidjan le samedi 10 octobre. C'est faux : ces photos ne datent pas de ce week-end. L'une montre un accident qui a eu lieu en septembre 2020, et les deux autres existent sur internet depuis au moins 2018. De plus, aucun accident de la route mortel impliquant des bus n'a été signalé par les autorités.

Une publication Facebook a affirmé le 9 octobre que "des convois" de bus acheminant depuis le Ghana des militants pour le grand meeting de l'opposition ivoirienne, prévu le lendemain à Abidjan, "ont fait des graves accidents". 

Ces accidents ont eu lieu "entre Noé et aboisso" dans le sud-est de la Côte d'Ivoire, près de la frontière avec le Ghana, selon l'auteur de la publication.

Trois photos de bus aux carrosseries éventrées accompagnent la publication. 

Il y aurait eu des "pertes de vies" ainsi que des "blessés graves", ajoute cet internaute qui partage régulièrement sur sa page Facebook des publications en soutien au RHDP, le parti du président Alassane Ouattara, ou dénigrant les opposants Guillaume Soro, Laurent Gbabo et Henri Konan Bédié.

Cette publication a été partagée plus de 550 fois, et également été reprise par d'autres comme celle-ci.    

Ces images ont été diffusées à la veille d'un grand meeting de l'opposition ivoirienne, organisé au stade Félix Houphouët Boigny d'Abidjan à trois semaines de l'élection présidentielle du 31 octobre.

Quelques dizaines de milliers de personnes se sont réunies contre la candidature du président Alassane Ouattara à un troisième mandat controversé. 


Capture d'écran Facebook, réalisée le 12 octobre 2020



Or, l'AFP n'a trouvé aucune trace d'un tel accident. 

Contacté par l'AFP le 12 octobre, le commissaire Didier Kouakou Kra a affirmé qu'il n'y a pas eu d'accident de bus en provenance du Ghana, ni sur l'axe Noé-Aboisso.

"Si accident il y a eu, alors il s'agit de véhicules particuliers. Les bus de cette taille n'ont pas eu l'autorisation de passer les frontières", a-t-il déclaré.

Des images datant au moins de septembre 2020 et janvier 2018

Une recherche d'image inversée sur Google Images permet de trouver l'origine des trois photos de bus utilisées pour illustrer la publication. 

La première photo, montrant notamment l'avant d'un bus portant des inscriptions ressemblant à du coréen, apparaît dans articles datant de mi-septembre 2020.


Capture d'écran Google, réalisée le 12 octobre 2020

Tous sont des articles de presse locaux en français et en anglais, publiés les 15 et 16 septembre (1, 2, 3)

On y lit que la photo a été prise après un accident qui a fait au moins une dizaine de morts et une cinquantaine de blessés à Kyekyewere, sur une route reliant Kumasi, au centre du Ghana, et Accra, la capitale située dans le sud du pays.

Sur le site d'informations ghanéen myjoyonline.com, une vidéo de l'accident permet de confirmer que la photo que nous vérifions a été prise sur les lieux de l'accident, où la vidéo a été tournée.

On retrouve différents indices visuels: la plaque d'immatriculation du bus avec l'inscriptionGT 4997-20 (loupe rouge), une inscription en coréen (loupe bleu foncé), une plaque rouge sur le coin supérieur droit (loupe bleu), un objet rectangulaire ressemblant à une valise au sol (loupe vert)


Capture d'écran de la publication Facebook, réalisée le 12 octobre 2020


Capture d'écran de la vidéo sur Myjoyonline.com, réalisée le 12 octobre 2020

 

Les deuxième et troisième photos datent, elles, d'au moins janvier 2018. Elles apparaissent sur le site ghanaweb.com.

L'une illustre un article évoquant une collision entre un bus et un mini-bus à Yapei dans le nord du pays, qui avait fait 9 morts.


Capture d'écran du site Ghanaweb.com, réalisée le 12 octobre 2020

L'autre cliché se rapporte à une collision intervenue à Nsawan au nord de la capitale ghanéenne qiu avait coûté la vie à deux personnes. 


Capture d'écran Ghanaweb.com, réalisée le 12 octobre 2020

Premier grand meeting de l'opposition en Côte d'Ivoire

La dernière photo de la publication est une des affiches annonçant le grand meeting de l'opposition qui s'est tenu le 10 octobre au stade d'Abidjan, la capitale économique ivoirienne, pour dire non à un troisième mandat controversé du président Alassane Ouattara.

Des leaders d'horizons politiques divers se sont affichés ensemble pour la première fois, de l'ancien président Henri Konan Bédié du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, principal parti d'opposition) aux représentants des grands absents, l'ancien président Laurent Gbagbo (en liberté conditionnelle en Belgique) et l'ancien chef rebelle et ex-Premier ministre Guillaume Soro (en France et recherché par la justice ivoirienne). 

L'ancien président de l'Assemblée nationale Mamadou Koulibaly ou les anciens ministres d'Alassane Ouattara, Abdallah Albert Mabri Toikeusse et Marcel Amon Tanoh, trois figures politiques dont les candidatures ont été rejetées par le conseil constitutionnel, étaient également présents.   

Il y avait aussi les "frères ennemis" du Front populaire ivoirien (FPI) fondé par Laurent Gbagbo.

Le parti de l'ancien président est divisé depuis des années entre une tendance dirigée par l'ancien Premier ministre Pascal Affi N'Guessan et une autre, les GOR (Gbagbo ou rien) de Assoa Adou, secrétaire général de la branche considérée comme  historique. Celles-ci étaient jusqu'à présent irréconciliables.  

Le meeting était encadré par un important dispositif policier et le quartier du Plateau (quartier du pouvoir et des affaires) où se trouve le stade était fermé à la circulation routière.

L'opposition s'est plainte de blocages de bus, d'agressions de manifestants desirant se rendre au stade.

La crainte de violences électorales est forte en Côte d'Ivoire, dix ans après la crise poste électorale de 2010-2011 qui avait fait 3.000 morts, après le refus du président Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite électorale face à Alassane Ouattara.

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