Non, Emmanuel Macron n'a pas déclaré sur Twitter que 1.500 militaires français seraient déployés au Sénégal après des heurts à Dakar

Non, Emmanuel Macron n'a pas déclaré sur Twitter que 1.500 militaires français seraient déployés au Sénégal après des heurts à Dakar

, publié le jeudi 04 mars 2021 à 17h19

Selon plusieurs internautes, le président français Emmanuel Macron aurait publié un tweet dans la soirée du 3 mars appelant au calme suite aux heurts qui ont eu lieu à Dakar (Sénégal) et annonçant un déploiement de "1500 [...] forces de l'ordre" françaises dans le pays. Il s'agit d'un faux : le compte Twitter du chef d'Etat n'affiche aucun tweet publié à cette date au sujet du Sénégal. Un porte-parole de l'Etat-major français a confirmé à l'AFP qu'aucun "renforcement" du contingent actuel de 350 soldats français dans le pays n'était prévu. 

Le visage masqué du président français s'affiche à côté d'un tweet, dans une capture d'écran très partagée depuis le 4 mars sur les réseaux sociaux au Sénégal. Dans ce message relayé par de nombreux internautes, le chef de l'Etat demande de "mettre un terme à la répression au Sénégal et au saccage des entreprises appartenant à la France" dans le pays et annonce le déploiement de "1.500 [...] forces de l'ordre" françaises à cet effet.


Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 4 mars 2021



Selon les recherches de l'AFP, cette rumeur a commencé à circuler sur Facebook le 4 mars, au lendemain des heurts survenus à Dakar entre les forces de l'ordre sénégalaises et les partisans d'Ousmane Sonko, l'un des principaux opposants politiques du pays. L'image cumulait ce jour à 17h près de 300 partages sur ce réseau social (1, 2, 3, 4, 5...). 

M. Sonko a été arrêté sur le chemin du tribunal où il devait être entendu sur des accusations de viols. Son arrestation sur le trajet, à la mi-journée, pour trouble à l'ordre public, a provoqué des confrontations violentes dans le quartier populaire de Colobane, aux alentours des locaux de gendarmerie où il était censé être retenu et dont des blindés protégeaient les accès.

Incohérences

Plusieurs incohérences apparaissent au premier coup d'œil sur cette capture d'écran. Premièrement, le compte Twitter du président français, comme ceux de nombreux et nombreuses cheffes d'Etat, est certifié par le réseau social: un badge bleu orné d'un petit "v" blanc est alors visible à côté du nom de l'utilisateur (rectangle rouge). 


Capture d'écran du compte Twitter d'Emmanuel Macron, réalisée le 4 mars 2021



Cette certification "permet de garantir aux utilisateurs l'authenticité d'un compte d'intérêt public", selon le Centre d'assistance de Twitter, et peut être délivrée à une variété de personnalités et d'organisations (hommes et femmes politiques, stars, médias, entreprises...). 

Une faute d'orthographe s'est également glissée dans le tweet ("nous déploieront" au lieu de "nous déploierons"), une erreur peu crédible dans un tweet publié sur le compte Twitter d'un chef d'Etat.

Aucun tweet relatif au Sénégal, en outre, n'apparaît sur le compte du chef de l'Etat à la date et à l'heure supposée du message partagé sur Facebook. Dans la nuit du 2 au 3 mars, le président français a bel et bien tweeté au sujet de l'actualité internationale... mais en parlant de la situation au Myanmar.

La formulation de ce message, publié à 23H36, ressemble beaucoup à celle du faux tweet viral sur Facebook. "La France appelle à mettre immédiatement un terme à la répression en Birmanie", y écrit le président, qui appelle "à libérer les personnes détenues et à respecter le choix démocratique du peuple birman exprimé lors des dernières élections".



Pas de nouveau déploiement de soldats français au Sénégal

Les prétendues annonces formulées dans ce faux tweet sont par ailleurs tout aussi mensongères: la France n'a pas déployé 1.500 soldats supplémentaires au Sénégal en réponse aux troubles qui ont émaillé Dakar le 3 mars. 

Contacté par l'AFP, le colonel Frédéric Barbry, porte-parole de l'état-major français, a assuré le 4 mars que seuls 350 militaires français étaient présens au Sénégal, dans le cadre d'un accord signé en août 2011 entre Paris et Dakar. "Aucun renforcement de la posture aux EFS (éléments français au Sénégal, ndlr)" n'est "à l'ordre du jour", a précisé ce porte-parole.

Selon le colonel, les militaires français actuellement présents au Sénégal ont pour missions principales d'"assurer la défense et la sécurité des intérêts et des ressortissants français", d'appuyer les "déplacements opérationnels dans la région" et de "contribuer à la coopération opérationnelle régionale".

Au 4 mars, l'Elysée n'a pas officiellement communiqué à propos des heurts qui ont eu lieu à Dakar entre les forces de l'ordre et les partisans de l'opposant politique Ousmane Sonko. A cette même date, la dernière actualité disponible sur son site traitait du conseil des ministres français, tenu la veille. 


Capture d'écran du site de l'Elysée, réalisée le 4 mars 2021



Dernier épisode d'un long feuilleton politique sénégalais

Ces incidents, les plus sérieux qu'ait connus Dakar depuis des années, sont le dernier épisode d'une affaire qui secoue depuis un mois le monde politique, avec la présidentielle de 2024 en toile de fond.

Des troubles ont également été rapportés dans d'autres villes, y compris en Casamance (sud). M. Sonko bénéficie d'un fort soutien dans cette région d'où son père est originaire et où il a passé une partie de sa vie. Le 4 mars, un jeune a été tué dans cette province lors de manifestations contre l'arrestation de l'homme politique. Il s'agit du premier décès confirmé au cours de ces manifestations.


Des partisans du principal opposant politique sénégalais, Ousmane Sonko, dévalent la rue en courant après avoir appris que leur leader avait été arrêté à Dakar, le 3 mars 2021. (AFP / John Wessels)

M. Sonko, 46 ans, chef du parti Pastef-Les Patriotes et troisième de la présidentielle de 2019, est visé depuis début février par une plainte pour viols et menaces de mort déposée par une employée d'un salon de beauté dans lequel il allait se faire masser pour, dit-il, soulager ses maux de dos.

L'Assemblée nationale a levé son immunité parlementaire. M. Sonko, personnalité au profil antisystème et au discours impétueux mêlant patriotisme économique et dénonciation de la mal-gouvernance, nie les accusations. L'opposant crie au complot ourdi par le président Macky Sall lui-même pour l'écarter de la prochaine présidentielle.

M. Sall, 59 ans, élu en 2012 et réélu en 2019, maintient le flou sur l'éventualité d'une candidature à un troisième mandat, malgré la limite de deux, instaurée après une révision constitutionnelle approuvée en 2016.

Interrogé récemment sur les accusations de coup monté de sa part, le chef de l'Etat avait répondu: "j'ai suffisamment de choses à faire (pour ne pas) comploter pour des choses aussi basses".

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