Non, des responsables du Championnat d'Afrique des Nations n'ont pas été enlevées par des séparatistes camerounais en marge du tournoi

Non, des responsables du Championnat d'Afrique des Nations n'ont pas été enlevées par des séparatistes camerounais en marge du tournoi

, publié le mercredi 20 janvier 2021 à 15h19

Des publications Facebook affirment, photos de carte d'identité à l'appui, que deux "inspectrices" ont été "capturées" dans la région anglophone du Cameroun en marge du Championnat d'Afrique des Nations (CHAN), qui a débuté le 16 janvier. C'est une infox : si des menaces ont bel et bien été proférées par les séparatistes anglophones, poussant Yaoundé à mettre en place des mesures de sécurité drastiques, aucun enlèvement n'a eu lieu parmi les organisateurs, qui précisent par ailleurs n'avoir pas recruté des "inspectrices".

Des "inspectrices" du Championnat d'Afrique des Nations (CHAN) enlevées par des séparatistes dans la région anglophone du Cameroun? C'est ce que prétendent des publications qui cumulent des centaines de partages sur Facebook depuis le 17 janvier (1, 2, 3), à l'origine de nombreux commentaires d'internautes.

"Les services secrets de la résistance viennent d'être informés du kidnapping de 2 femmes présentées comme «inspectrices du Chan» par les ambazoniens et une rançon de 380 millions de Fcfa a été exigée", assurent ces posts, publiés un jour seulement après le lancement du tournoi. 


Capture Facebook, réalisée le 20 janvier 2020



Le Championnat d'Afrique des Nations (CHAN), compétition réservée aux joueurs évoluant sur le continent africain, a débuté samedi 16 janvier au Cameroun. Il devait initialement se tenir en avril 2020, mais avait été repoussé à cause de la pandémie de Covid-19.

Les rencontres se déroulent dans trois villes : Yaoundé, Douala et Limbé, une ville du sud-ouest du pays. Cette région est en proie à un conflit qui oppose quasi quotidiennement les forces de l'ordre à des séparatistes anglophones, qui se réclament d'un État indépendant appelé "Ambazonie".

C'est dans ce contexte qu'interviennent les publications Facebook, qui s'appuient sur des photos des cartes nationales d'identité des deux femmes prétendument enlevées, mais aussi de deux hommes qui "feraient partie de la liste" des personnes kidnappées, selon les publications.

Aucune revendication

Contactées par l'AFP, plusieurs sources ont cependant démenti tout enlèvement en marge de la compétition, notamment à Limbe et à Buéa, ville du sud-ouest du Cameroun où s'entraînent plusieurs des 16 équipes engagées dans le tournoi.


Une banderole intitulée "Le Cameroun célèbre le talent sportif africain", dans une rue de Yaoundé le 2 janvier 2021, annonce la tenue du Championnat d'Afrique des Nations (CHAN) au Cameroun (Daniel BELOUMOU OLOMO / AFP)

"Aucune frayeur ne nous est parvenue depuis Buéa jusqu'ici et ce ne sera certainement pas le cas. Il n'y a eu aucune arrestation", assure Abel Mbengue, président de la commission communication du Comité local d'organisation du CHAN.

Une affirmation corroborée par le porte-parole de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), Parfait Siki. "Il n'y a ni poste ni fonction appelée inspectrice ou inspecteur au sein des équipes du CHAN. On peut recenser, entre autres, des agents de liaison, des officiers de sécurité, des chargés de protocole, mais pas d'inspecteurs", précise-t-il. 

Le responsable du CHAN et le porte-parole de la Fecafoot indiquent par ailleurs ne reconnaître aucun des visages visibles dans les publications qui circulent sur Facebook. 

Interrogé par l'AFP, le secrétaire général du ministère camerounais de la communication Félix Zogo a assuré de son côté n'avoir pas eu connaissance d'un quelconque kidnapping. "Je ne suis au courant de rien de tout cela", a-t-il affirmé.

De fait, aucune revendication "officielle" n'a été rendue publique concernant ces prétendus enlèvements depuis le 17 janvier sur les plateformes habituellement utilisées par les séparatistes anglophones (1, 2).

Test sécuritaire

Le Championnat d'Afrique des Nations, prévu jusqu'au 7 février, doit servir de tour de chauffe pour le Cameroun, qui accueillera en janvier 2022 la Coupe d'Afrique des nations (CAN), compétition reine du continent. Le pays n'avait plus organisé de tournoi majeur de football masculin depuis 1972.


Phase de match de la rencontre entre le Maroc et le Togo au Stade de la réunification à Douala, Cameroun, le 18 janvier 2021 au Championnat d'Afrique des Nations. (Daniel BELOUMOU OLOMO / AFP)

L'organisation du tournoi actuel fait notamment figure de test sécuritaire pour Yaoundé, au moment où le pays est confronté à deux conflits sanglants: dans le nord, où le groupe jihadiste Boko Haram multiplie les attaques, et dans les régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest.

Avant le début de la compétition, des séparatistes ambazoniens ont ainsi menacé de perturber la tenue du CHAN en zone anglophone. Dans une lettre adressée le 6 janvier à la Confédération africaine de football (CAF), ils avaient dénoncé l'organisation de matchs à Limbe, assurant que cette ville se trouvait dans une "zone de guerre".

Le conflit entre les forces de l'ordre et les séparatistes anglophones a fait plus de 3.000 morts et forcé plus de 700.000 personnes à fuir leur domicile depuis fin 2016.

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