Non, des fidèles n'ont pas été frappés par la police au Zimbabwe pour s'être rassemblés pendant l'épidémie de coronavirus

Non, des fidèles n'ont pas été frappés par la police au Zimbabwe pour s'être rassemblés pendant l'épidémie de coronavirus

, publié le mardi 24 mars 2020 à 12h32

Une vidéo partagée des milliers de fois sur Facebook depuis le 21 mars prétend montrer la police zimbabwéenne en train de battre des fidèles sortant de l'église. Ces derniers auraient bravé l'interdiction de rassemblement décrétée par les autorités pour lutter contre la propagation du coronavirus. C'est faux: cette vidéo date de novembre 2019, soit bien avant le début de la pandémie, et montre des opposants politiques violemment dispersés. 

"La Police du Zimbabwe passe à l'action disciplinaire avec une église qui a refusé de prendre des instructions de fermeture pour éviter la propagation du Coronavirus", affirme une publication partagée plus de 2.000 fois sur Facebook.

Dans la vidéo de 30 secondes, on voit la police poursuivre et battre des personnes dans la rue, matraque à la main.


(Capture d'écran Facebook datée du 24 mars 2020)

Plusieurs postes similaires ont été partagés sur Facebook (1, 2, 3)

Une recherche par mot-clé sur Twitter révèle que cette vidéo a déjà été partagée par une journaliste le 20 novembre 2019, soit plusieurs mois avant que le nouveau coronavirus ne touche le Zimbabwe.

"Vidéo reçue : la police anti-émeute du Zimbabwe a attaqué aujourd'hui des partisans du parti d'opposition MDC Alliance qui s'étaient réunis pour entendre le chef de file, Nelson Chamisa, prononcer son discours d'espoir à la nation", écrit-elle en anglais.



Dans un tweet de l'ancien ministre zimbabwéen David Coltart datant du 20 novembre 2019 et évoquant les mêmes événements, on reconnaît une femme qui apparaît également sur la vidéo que nous vérifions.



Elle est reconnaissable à ses vêtements: une robe rouge et un gilet beige sans manche en crochet.


(Capture d'écran de la vidéo Facebook et Twitter de David Coltart datée du 23 mars)

Jekesai Njikizana, photographe pour l'AFP, avait pris des photos de l'évènement.

Sur l'une d'elles, on reconnaît une autre personne présente, un homme habillé en rouge et porte un sac à dos de la même couleur.


(Capture d'écran de la vidéo Facebook et de la photo AFP datée du 23 mars 2020)

Voici la légende qui accompagne la photo de Jekesai Njikizana :

"Un policier anti-émeute au Zimbabwe s'attaque à une femme alors qu'ils dispersaient une foule rassemblée pour entendre un discours du chef de l'Alliance MDC (Mouvement pour le changement démocratique), Nelson Chamisa à Morgan Tsvangirai House, siège du parti à Harare, le 20 novembre 2019. Nelson Chamisa devait s'adresser aux partisans du parti dans son discours Hope of the Nation (HONA). L'adresse publique a été bloquée par la police anti-émeute qui a battu plusieurs personnes lors de leur dispersion."


(Capture d'écran AFP Forum datée du 23 mars 2020)

Le Zimbabwe a interdit les rassemblements de plus de 50 personnes afin de lutter contre la propagation du coronavirus.

Le 23 mars, le pays a enregistré le premier décès lié au coronavirus sur son territoire, selon un média d'état. 



L'épidémie du coronavirus s'est déclarée en décembre 2019 dans la ville de Wuhan, en Chine. Depuis, de nombreuses fausses  informations et photos d'événements détournées circulent sur les réseaux sociaux.

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