Non, cette vidéo ne montre pas une descente de police pour non respect du confinement en Algérie ou au Maroc

Non, cette vidéo ne montre pas une descente de police pour non respect du confinement en Algérie ou au Maroc

, publié le lundi 30 mars 2020 à 17h40

Une vidéo visionnée plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux prétend montrer une descente de la police algérienne pour non respect du confinement. Selon d'autres publications, il s'agit de l'armée marocaine qui tente de faire respecter le confinement. En réalité, ces images montrent la dispersion par la police d'une manifestation antirégime à Alger, sans lien avec le confinement imposé par la pandémie du nouveau coronavirus. 

La vidéo regardée plus de 60.000 fois depuis le 19 mars montre plusieurs policiers, matraque à la main, en train de poursuivre des individus entre les nombreuses voitures stationnées dans une rue.


Capture d'écran d'une publication Facebook réalisée le 30 mars 2020.

"Descente de la police algérienne à Alger pour le non respect du confinement une très belle méthode que fait la police française", ou encore "descente musclée de la police algérienne dans les rues d'Alger contre le non respect du confinement !", affirment les commentaires accompagnant le vidéo. 

Sur une autre page Facebook, un internaute prétend cette fois-ci que la scène se déroule au Maroc et commente : "le confinement total est radical avec l'armée marocaine".


Capture d'écran d'une publication Facebook réalisée le 30 mars 2020.

Pourquoi douter de ces informations ? Si les images semblent effectivement montrer le centre-ville d'Alger, le confinement actuellement en vigueur en Algérie n'est que partiel, notamment dans la capitale. 

Les images d'une manifestation du "Hirak" réprimée à Alger

En effectuant une recherche d'images inversée, nous avons trouvé des traces plus anciennes de ces images datant du samedi 7 mars 2020. 

Il s'agit, selon plusieurs médias algériens, comme Radio M ou Algerie-Eco, de la dispersion par les forces de sécurité d'une manifestation antirégime le 7 mars à Alger. 

En Algérie, le "Hirak", mouvement de contestation populaire qui a poussé l'ancien président Abdelaziz Bouteflika à la démission, manifeste depuis plus d'un an pour un changement de "régime".

Avant que la propagation du virus ne mette fin aux rassemblements hebdomadaires du mouvement, les marches du "Hirak" se déroulaient chaque vendredi et mardi (pour les étudiants). Alors que ces deux rendez-vous hebdomadaires étaient tolérés, les trois tentatives de défiler aussi le samedi ont, à chaque fois, été dispersées sans ménagement par la police. 

"Cette 3ème manifestation du samedi (7) depuis le 22 février 2020 a été violemment réprimée et les manifestants pourchassés dans les rues de la capitale. De Victor Hugo à la place Audin en passant par la Faculté centrale", a indiqué le site d'informations Radio M en partageant la même vidéo.

Au moins une dizaine de personnes avaient été interpellées le 7 mars par la police à Alger alors qu'elles participaient à une marche contre le régime. Les manifestants n'avaient pas pu se regrouper en cortège et avaient été pourchassés par des policiers déployés en nombre, selon un journaliste de l'AFP sur place. 

Un confinement partiel en vigueur en Algérie

Cette vidéo est par ailleurs sans lien avec le confinement imposé dans plusieurs pays du monde en raison de la pandémie du nouveau coronavirus. 

L'Algérie, qui enregistre à ce jour 584 contaminations et 35 morts de la maladie de Covid-19, n'a pas encore imposé de mesures de confinement total sur tout le territoire. Seule la wilaya (préfecture) de Blida (ouest d'Alger), le principal foyer de contamination avec 43% des cas officiellement déclarés, fait l'objet d'une telle mesure depuis le 23 mars.

Pour le reste, des mesures de confinement partiel ont été mises en place, de 19h à 07h, à Alger dès le 23 mars et étendues à partir du 28 mars à 9 autres wilayas : Batna, Tizi Ouzou, Sétif, Constantine, Médéa, Oran, Boumerdes, El Oued et Tipaza.

Le dernier vendredi du "Hirak" a rassemblé des milliers de personnes dans les rues d'Alger le 13 mars avant que les appels à cesser les marches ne se multiplient et que l'interdiction de tout rassemblement ne soit décrétée par le président Abdelmadjid Tebboune le 17 mars. Depuis, Alger connaît des vendredis sans "Hirak".

Ainsi, ces images qui remontent au moins au 7 mars dernier, montrent la dispersion par la police algérienne d'un défilé antirégime dans une rue du centre d'Alger. A cette date, aucune mesure de confinement n'était en vigueur, ni Algérie, ni au Maroc.

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