Non, cette photo ne montre pas une "fraude massive" pendant l'élection présidentielle en Guinée

Non, cette photo ne montre pas une "fraude massive" pendant l'élection présidentielle en Guinée

, publié le dimanche 18 octobre 2020 à 18h43

Une publication partagée près de 200 fois en quelques heures dimanche, jour de l'élection présidentielle en Guinée, prétend démontrer, photo à l'appui, une "fraude massive" de l'opposition dans une région de l'ouest du pays. Attention: cette photo a été publiée en ligne avant le début du vote et montre en réalité des cartes électorales ivoiriennes.

"UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée, ndlr) en flagrant délit , fraude massive en moyenne Guinée", dénonçait dimanche après-midi un internaute en partageant une photo de plusieurs personnes en train de manipuler des documents étalés au sol. 

Cette publication a été partagée près de 200 fois en quelques heures, alors que les Guinéens et Guinéennes votaient pour élire leur président parmi douze candidats en lice.


Capture d'écran d'une publication Facebook prise le 18 octobre 2020

L'UFDG citée ici est le parti dirigé par Cellou Dalein Diallo, principal opposant au président en exercice Alpha Condé, au pouvoir depuis 2010 candidat à sa réélection pour un troisième mandat.

Attention cependant, ce cliché n'est pas une preuve de fraude électorale en Guinée : il montre en réalité des cartes électorales ivoiriennes. 

En effectuant une recherche d'images inversée sur le moteur de recherche Google, l'AFP a été en mesure de retrouver un tweet avec cette photo publié le 14 octobre 2020, soit quatre jours avant le premier tour de l'élection présidentielle en Guinée. 



L'internaute explique que cette photo illustre en réalité la contestation de l'opposition contre la candidature du président de Côte d'Ivoire Alassane Ouattara à un troisième mandat présidentiel, lors de l'élection présidentielle qui se tiendra le 31 octobre. 

L'internaute affirme que des jeunes auraient "saisi et  calciné plusieurs centaines de Cartes d'électeurs pour dire 'Non au 3ème Mandat d'Alassane Ouattara et à la CEI' (commission électorale indépendante, ndlr)".

En effet, lorsqu'on zoome dans ce cliché et dans les autres contenus dans le tweet, pris sous un autre angle, on distingue des visages sur les feuilles étalées au sol.

Leur composition est identique aux cartes d'électeurs que l'AFP a déjà prises en photo: y figurent les mêmes bandes colorées, et les codes barres, photos et informations textuelles sont disposés de la même manière.


Captures d'écran de photos sur Facebook et Twitter prises le 18 octobre 2020


Un fonctionnaire de la Commission électorale de Côte d'Ivoire tient des cartes électorales, le 14 octobre 2020 à Abidjan, lors d'une distribution de cartes électorales en amont de l'élection présidentielle du pays qui se tiendra le 31 octobre 2020 (Issouf SANOGO / AFP)

 

Tensions en amont de l'élection présidentielle ivoirienne

Le scrutin présidentiel en Côte d'Ivoire est prévu pour le 31 octobre.

La veille de l'ouverture de la campagne électorale le 16 octobre, l'opposition ivoirienne a une nouvelle fois laisser planer le doute sur sa participation à la présidentielle en ne retirant pas auprès de la Commission électorale indépendante (CEI) ses "spécimens d'affiches et de bulletins de vote".

Une aile du Front populaire ivoirien (FPI), dirigée par l'ancien Premier ministre et candidat d'opposition Pascal Affi N'Guessan, a parallèlement appelé mercredi ses militants à ne pas retirer les cartes d'électeurs, comme l'AFP l'a relaté.

La Côte d'Ivoire utilise des "bulletins uniques": le nom et la photo de tous les candidats figurent sur le même bulletin et l'électeur coche son choix - contrairement à d'autres pays où chaque candidat a un bulletin différent.

Duel Condé-Diallo en Guinée

L'issue du scrutin présidentiel devrait se jouer en Guinée entre Alpha Condé, 82 ans, et Cellou Dalein Diallo, 68 ans. 

L'un sanguin, l'autre policé, ils s'étaient déjà affrontés en 2010, premières élections jugées démocratiques après des décennies de régimes autoritaires, puis en 2015.

Cette élection se déroule dans un climat de crispation qui fait redouter des troubles, dans un pays accoutumé à ce que les antagonismes politiques fassent couler le sang.

Pendant des mois, l'opposition s'est mobilisée contre la perspective d'un troisième mandat de M. Condé. La contestation, lancée en octobre 2019, a été durement réprimée. Des dizaines de civils ont été tués.

Le nombre de mandats présidentiels est limité à deux. Mais pour M. Condé, la Constitution qu'il a fait adopter en mars pour, dit-il, moderniser le pays remet son compteur à zéro.

La publication d'un résultat national devrait prendre quelques jours au moins et un éventuel second tour est programmé le 24 novembre.

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