Non, ces photos ne montrent pas quatre nouveaux bateaux de pêche opérant en République démocratique du Congo

Non, ces photos ne montrent pas quatre nouveaux bateaux de pêche opérant en République démocratique du Congo

, publié le mardi 05 janvier 2021 à 18h21

Des publications cumulant plus de 1.000 partages depuis le 29 décembre 2020 affirment montrer quatre nouveaux bateaux de pêche "arrivés" en République démocratique du Congo (RDC) pour renforcer la "production de poisson". C'est faux: le navire visible sur ces images se trouve en Tunisie, où il est toujours en vente.

Sur le pont d'un bateau, une dizaine d'hommes travaillent au milieu de l'océan. Selon les internautes qui partagent ces photos, elles montrent "l'arrivée de 4 bateaux de Pêche" en République démocratique du Congo (RDC), destinés à renforcer les capacités halieutiques du pays.


Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 4 janvier 2021

Cette publication cumule plus de 1.000 partages sur Facebook depuis le 29 décembre sur Facebook (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7) et suscite de nombreux commentaires d'internautes, heureux de cette arrivée, qui permettra à la RDC, selon eux, de "produire du bon poisson".

Bateau commercialisé en Tunisie

Pourtant, les photos relayées par ces différentes publications ne montrent pas des navires opérant en RDC, mais un bateau de pêche commercialisé en Tunisie.

Une recherche d'images inversée sur le moteur de recherches Google permet de retrouver les photos partagées par les internautes dans une publication Facebook de novembre 2020. Il s'agit de la première occurrence de ces photos en ligne, selon les recherches de l'AFP.


Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 4 janvier 2021



Selon cette publication, le navire en question est un "bateau de pêche de type senneur multifonctions de 37 mètres" construit en 2018, et vendu au prix de 2.250.000 euros.

La page qui publie ces images, "Bateau et navire de pêches chalutier thonier sardinier et autres" se présente comme un concessionnaire de bateaux du nom de GIE Perennis Marine et localisé sur la côte est tunisienne.


Capture d'écran d'une page Facebook, réalisée le 4 janvier 2021.



Contacté par l'AFP le 4 janvier 2021, Eric, un des gestionnaires de la page qui souhaite rester anonyme, précise que "le navire est toujours à vendre et toujours en Tunisie", information qu'il dit avoir vérifiée auprès de l'armateur du bateau. 

Selon lui, "aucun" des navires visibles sur la page Facebook de GIE Perennis Marine ne se trouve "au Congo". 

Contacté, le ministère de l'Agriculture de la RDC n'a pas donné suite aux sollicitations de l'AFP. Sur son site internet, le ministère ne mentionne nulle part l'arrivée dans les eaux congolaises de ces quatre bateaux, qu'aucun média en ligne en Congo n'a non plus évoquée.

Secteur clé pour l'économie congolaise

Dans un discours prononcé le 28 décembre 2020 à l'occasion de la 7ème conférence des gouverneurs de province, le président de la RDC Félix Tshisekedi s'était engagé à "booster l'agriculture en visant l'autosuffisance alimentaire", notamment dans le secteur de la pêche.

Selon la Banque mondiale, l'agriculture représentait en 2019 un cinquième du Produit Intérieur Brut (PIB) de la RDC. La pêche "joue un rôle important en termes d'emploi, de sécurité alimentaire, de bénéfices sociaux et économiques" pour la RDC, explique de son côté l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). 

En janvier 2018, l'organisation basée à Rome évaluait à 40.000 le nombre de pêcheurs en RDC, répartis le long des 170 kilomètres de côtes et sur l'ensemble du système fluvial (environ 12.000 kilomètres). Toujours selon la FAO, 40% des protéines animales consommées dans le pays viennent du poisson.


Un enfant porte sur sa tête un seau rempli de poisson sur les rives du lac Tanganyika à Ulvira, République Démocratique du Congo, le 22 mars 2015. (AFP / Federico Scoppa)

Malgré ce rôle central, la RDC a importé près de 69 millions de dollars de poissons et autres produits halieutiques en 2017, et n'en a exporté que 3,3 millions.

En 2019, le ministre de la Pêche et de l'élevage congolais Jonathan Bialosuka avait dénoncé cette situation. "Il n'est pas normal qu'avec toutes les potentialités [dont dispose la RDC] on continue à perdre beaucoup de devises en important des produits vivriers alors qu'on peut en exporter pour faire entrer des devises et asseoir l'économie de notre pays", avait-il souligné. 

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