Non, ces photos ne montrent pas des soldats étrangers pillant de l’or au Mali

Non, ces photos ne montrent pas des soldats étrangers pillant de l’or au Mali

publié le jeudi 10 juin 2021 à 13h25

Des publications montrant des soldats avec des lingots d’or circulent sur les réseaux sociaux depuis le début du mois de juin. Elles insinuent que ces militaires, identifiés tantôt comme des "Français" tantôt comme des "Américains", pillent l’or du “sous-sol malien” sous couvert de combat contre le terrorisme. Or ces photos, qui circulent sur internet depuis de nombreuses années, n’ont aucun lien avec le Mali: la plupart ont été prises en Irak au début des années 2000 et les autres en Centrafrique en 2018.

La lutte contre le terrorisme au Mali utilisée comme un prétexte par des puissances étrangères pour piller les ressources du pays? C’est ce que suggèrent des publications très partagées sur Facebook depuis le 1er juin, qui relaient des photos censées avoir été prises dans ce pays.

Sur certaines de ces images, on voit des soldats blancs posant tout sourire avec des lingots d’or empilés dans une sorte de conteneur. Sur les autres, rassemblées dans un photomontage, on voit des militaires manipulant des caisses en métal, aux côtés d’un engin de chantier et de pierres dorées.

La France cherche les terroristes dans le sous-sol malien”, assure sur un ton ironique l’une de ces publications, partagée plus de 750 fois depuis le 1er juin et relayée par plusieurs autres posts. “Les soldats américains cherchent les terroristes dans le sous-sol malien”, assure un autre message.

Capture d'une publication Facebook réalisée le 10/06/2021

Capture d'une publication Facebook réalisée le 10/06/2021

 

Ce n’est pas la première fois que des publications prétendant montrer des militaires étrangers piller l’or du Mali circulent sur les réseaux sociaux. En octobre 2019 et en septembre 2020, certaines de ces photos avaient fait l’objet de vérifications de l’Afp Factuel, qui avait conclu qu’il s’agissait d’images détournées.

Un photomontage sans lien avec le Mali

Le photomontage situé en bas à gauche des publications que nous vérifions a été utilisé à de nombreuses reprises sur les réseaux sociaux pour accuser des armées étrangères, notamment l’armée française, de s’emparer de l’or des pays dans lesquelles elles sont présentes, notamment au Mali et à Haiti en 2017.

Pourtant, ces clichés n’ont été pris dans aucun de ces deux pays.

L’image de soldats en treillis manipulant des caisses de métal dans un trou provient du ministère de la Défense français: elle accompagne, avec plusieurs autres clichés, un article du 10 février 2014 relatant la destruction en Centrafrique de 750 kilos de munitions saisies par les troupes françaises dans le cadre de l’opération Sangaris, menée dans le pays entre 2013 à 2016. Rien à voir donc avec une quelconque découverte d’or.

Capture d’écran du site du ministère de la Défense français, réalisée le 09 juin 2021


L’engin servant à déblayer la terre, visible dans le même photomontage, est un engin blindé du génie (EBG), véhicule monté sur les mêmes chenilles que les chars de combat et servant aux unités de génie. L’AFP n’a pas réussi à remonter à l’origine exacte de cette photo mais elle circule sur internet depuis au moins une quinzaine d’années, notamment sur ce post de blog en 2005.

Capture d’écran skyblog, réalisée le 09 juin 2021

Quant à la photo de pierres recouvertes d’or, elle circule également sur internet depuis plusieurs années et n’a rien à voir avec le Mali. L’AFP l’a retrouvé sur un site minier de Zambie datant de 2017 : la page n’est plus accessible mais une version archivée est toujours disponible. 

Capture d’écran réalisée le 09 juin 2021

Des photos de soldats prises en Irak

Les photos de soldats posant avec des lingots d’or, elles non plus, n’ont rien à voir avec le Mali.

La photo du marine américain posant avec un lingot dans la main apparaît dans de multiples publications en lien avec l’Irak. L'occurrence la plus ancienne de ce cliché remonte à 2003 : il s’agit d’un article en anglais intitulé “La marine trouve d'intéressantes briques en Irak”. 

Capture d’écran du site BlackFive, réalisée le 09 juin 2021

L’AFP n’a pas retracé l’origine exacte de cette photo. Mais la diffusion de ce cliché est bien antérieure au déclenchement de l’intervention militaire française au Mali, qui a débuté avec l’opération Serval en janvier 2013 et se poursuit depuis 2014 dans le cadre de l’opération Barkhane.

S'agissant des autres photos de soldats posant avec des lingots d'or, la recherche d’image inversée conduit également à du contenu en rapport avec l’intervention américaine en Irak, déclenchée en mars 2003. Elles ont relayées ces dernières années par plusieurs posts trompeurs, vérifiés par des médias de vérification (1, 2).

Ces images ont été prises en mai 2003, lors de la saisie d’une cargaison dans un camion à Kirkouk, dans le nord de l’Irak. Selon l’agence de presse Reuters, qui avait relaté cette saisie, les troupes américaines avaient alors saisi 2.000 lingots d'or de 18 kilos. Selon le  New York Times, les analyses menées suite à cette saisie ont révélé que ces lingots n’étaient pas composés d’or, mais d’un mélange de cuivre et de zinc. 

La gazette de Chillicothe, petite ville située dans l’Ouest de l’Ohio, dans le nord-est des Etats-Unis, s’est également fait l’écho de cet événement en incluant dans son article une photographie d’un militaire originaire de la commune ayant participé à l’opération. On reconnaît sur cette photo le conteneur visible dans les publications virales sur Facebook.

Deux coups d’Etat en neuf mois 

Ces différentes images refont surface alors que le Mali, pays crucial pour la stabilité du Sahel, est confronté à une situation politique et sécuritaire délicate, après avoir été le théâtre de deux coups de force en neuf mois de la part de militaires emmenés par le colonel Assimi Goïta.

Le 18 août 2020, ces derniers avaient renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, affaibli par la contestation menée depuis des mois par le Mouvement du 5-Juin/Rassemblement des forces patriotiques (M5/RFP). La junte s'était alors engagée à une période de transition limitée à 18 mois, avec des élections présidentielle et législatives le 27 février 2022.

Mais cet engagement a été remis en cause par un nouveau putsch le 24 mai dernier quand le colonel Goïta, resté l'homme fort du pouvoir, a fait arrêter le président et le Premier ministre, cautions civiles de la transition ouverte après le premier coup d'Etat.

Cette décision a suscité de multiples condamnations au niveau international et a conduit la France à suspendre les opérations militaires conjointes avec les forces maliennes contre les jihadistes, dans l'attente de "garanties" de la part des colonels.

Carte de la sécurité dans la région du G5 Sahel, avec la mission de l'ONU, les opérations françaises Barkhane, la Force conjointe du G5 Sahel et la task force européenne Takuba (AFP)

Jusqu'à nouvel ordre, la force Barkhane, qui engage environ 5.100 militaires au Sahel, ne sortira plus de ses bases pour des opérations sur le terrain au Mali, même si elle continuera à frapper, si l'occasion s'en présente, les chefs jihadistes, selon un diplomate français à Bamako.

Le Mali est confronté depuis 2012 à une menace jihadiste permanente, à laquelle se mêlent de multiples violences intercommunautaires. Ces violences se sont progressivement propagées aux pays voisins, notamment  au Burkina Faso et au Niger.

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