Non, ces chiffres ne témoignent pas d'une absence de surmortalité due au Covid-19

Non, ces chiffres ne témoignent pas d'une absence de surmortalité due au Covid-19

, publié le jeudi 08 octobre 2020 à 18h49

Des visuels partagés près de 2000 fois sur Facebook en trois jours affirment montrer, chiffres de l'Insee à l'appui, que l'épidémie de Covid-19 n'a pas fait de morts supplémentaires sur la période janvier-août en 2020, par rapport aux années précédentes. Mais ces publications sur un fichier nominatif de l'Insee, différent de sa base de données statistique, dans lesquels certains décès ne sont pas répertoriés en temps réel. 


Capture d'écran Facebook prise le 8 octobre 2020

"Ce sont les chiffres INSEE, les seuls irréfutables, alimentés par les mairies où sont déclarés les morts. N'importe qui peut les consulter sur internet, et l'Etat ne peut les falsifier", explique l'auteure de l'une des publications Facebook. 

Sur celles-ci figure la source de leurs chiffres : le fichier des personnes décédées depuis 1970. Un fichier bien réel, mais qui est construit d'une manière différente d'une base de données. 

Fichier des personnes décédées et base de données

Le fichier des personnes décédées depuis 1970, est un tableur, qui contient le nom des personnes dont un volet de l'acte de décès a été transmis à l'Insee et enregistrée sur un mois donné. Il est conçu avant tout pour retrouver un nom que l'on recherche. 

"Les communes sont tenues de transmettre les déclarations qui induisent un changement d'état civil, et le délai est défini par décret. Pour les naissances par exemple c'est 24 heures, pour les décès les communes ont 8 jours en théorie, même si ça peut dans dans certains cas être plus long", explique Valérie Roux, cheffe du département de la démographie à l'Insee, contactée par l'AFP le 8 octobre. 

"Il y a un plus de 90% des volets d'acte de décès qui nous sont transmis par voie dématérialisée. Le reste est envoyée par la Poste, avec un délai qui est donc étendu, puisqu'un prestataire doit aussi les numériser. ça peut mettre jusqu'à 15 jours", poursuit Mme Roux, qui précise que ce ne sont pas là les cas les plus courants.

Donc "le fichier mis à disposition un mois donné, ne comprend pas tous les décès survenus durant le mois", comme le précise l'institut national de la statistique sur son site. Et "à l'inverse, le fichier du mois peut comprendre des décès survenus antérieurement", précise l'Insee.

"Ainsi le fichier d'août 2020 inclut 8 900 décès survenus avant août 2020; il n'intègre pas en revanche les 6 000 décès ayant eu lieu en août 2020 mais reçus et enregistrés par l'Insee début septembre", poursuit l'institut.

A l'inverse, la base de données des décès survenue depuis le début de l'année, aussi appelée base des "statistiques quotidiennes de décès par département", est elle conçue à partir des dates mentionnées sur l'acte de décès, et est actualisée régulièrement.

"Les décomptes de décès de ces fichiers mensuels nominatifs (mentionnés dans le visuel, NDLR) ne peuvent donc être comparés directement aux décomptes fournis dans les statistiques quotidiennes de décès par département", conclut l'Insee. 

Prenons l'exemple du mois d'août 2020 : on ne sait pas à quel moment le visuel circulant sur Facebook a été réalisé, mais il indique qu'il y a eu en France 38 711 décès selon le fichier des personnes décédées depuis 1970. Pourtant, ce même fichier à la date du 9 octobre mentionne47 579 noms de personnes signalées entre le 1er et le 31 août comme étant décédées (en août ou avant donc). La base de données des statistiques de décès par de département fait quant à elle état pour le moment de 48 931 personneseffectivement décédées au mois d'août en France, donc 10 000 de plus que dans le visuel. 

"Par ailleurs tout dépend de la période que l'on considère. Ca n'a pas forcément de sens de prendre la période de janvier à août pour essayer d'identifier une surmortalité due au Covid", insiste Sylvie Le Minez, cheffe de l'Unité des études démographiques et sociales à l'Insee.

"Par ailleurs là, même dans ce tableau (qui circule sur Facebook, ndlr), on voit bien que pour les mois de mars et avril, il y a près de 27 000 morts de plus en 2020 qu'en 2019", poursuit-elle. 


Capture d'écran Facebook prise le 8 octobre 2020

"En revanche on sait qu'en janvier 2020 il y a eu moins de morts, autour de 8000, qu'en janvier 2019. C'est dû notamment à un épisode de grippe en janvier 2019", poursuit-elle.

A ce jour, selon les chiffres de l'Insee, le nombre de décès survenus entre le 1er janvier et le 30 avril 2020 s'élève à 238 271. Il est supérieur à celui enregistré sur la même période en 2019 (219 041) ou en 2018 (222 828). 

Effectivement, toujours selon les chiffres de l'Institut, le nombre de décès entre le 1er mars et le 30 avril 2020 a été supérieur à celui enregistré sur les mêmes périodes en 2019 ou 2018 : 129 678 décès en 2020 en France contre 102 787 en 2019 et 110 843 en 2018. 

Rappelons qu'il s'agit là de décès toutes causes. La différence entre les années ne peut pas être imputée automatiquement au Covid-19.


Capture d'écran du site de l'Insee, prise le 8 octobre 2020

Pour l'instant, l'Insee fait état "de 224 221 décès enregistrés toutes causes confondues en France entre le 1ᵉʳ mai et le 21 septembre, soit 1 % de plus qu'en 2019 et 2 % de plus qu'en 2018". Ces chiffres, arrêtés au 2 octobre, sont donc provisoires et sont amenés à être révisés.

Nos confrères de 20 Minutes ont également consacré un article à ces publications.

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