Non, ce schéma ne montre pas un test PCR risquant d'endommager l'hypophyse

Non, ce schéma ne montre pas un test PCR risquant d'endommager l'hypophyse

publié le mardi 14 septembre 2021 à 12h16

Un schéma montrant une fine tige bleue enfoncée profondément par voie nasale et une légende : "l'insertion de l'écouvillon profondément dans le nez (...) peut également endommager l'hypophyse" : ce visuel, partagé près d'un millier de fois en une semaine, et qui circulait également au printemps dernier, laisse entendre que les tests RT-PCR destinés à détecter le coronavirus causent des dommages autour du cerveau. Problème : ce schéma montre en réalité le traitement chirurgical d'une tumeur hypophysaire, et, si n'importe quelle procédure peut toujours présenter le risque d'être mal réalisée, les différents dommages potentiels mentionnés sont extrêmement rares voire impossibles en ce qui concerne l'hypophyse, lors d'un test effectué correctement, selon les véritables auteurs du schéma, et une experte, interrogés par l'AFP. Capture d'écran Facebook, prise le 14 septembre 2021"Continuez à vous enfoncer cette merde dans le nez pour aller au cinéma, vacances, loisir etc...(sic)", tance l'auteur du visuel, accompagné d'un schéma d'un crâne et d'un cerveau humain. Une longue tige bleue semble introduite par le nez, allant jusqu'à l'hypophyse, une petite glande pituitaire qui contrôle les sécrétions hormonales de notre organisme. Sur le schéma figure une autre mention anxiogène: "tumeurs de l'hypophyse."

"Quand je suis obligée d'aller dans un lieu qui où on demande un test, je fais l'antigénique, il n'est pas douloureux et surtout ne vous perfore pas le pif", "si on peut transmettre le covid en toussant, un simple test salivaire devrait suffire", lancent des internautes dans les commentaires, quand d'autres remettent en question le côté alarmiste de la publication.

D'où provient ce schéma ?La représentation graphique de l'intérieur d'un crâne humain semble particulièrement détaillée, et pourrait tout à fait sortir d'un manuel de médecine ou d'un cours d'enseignant. On remarque également deux noms sur le schéma : "E. Jouanneau" et "T. Jacquesson".

Deux chemins s'ouvrent dès lors à nous. On peut soit faire le choix de rogner la publication Facebook qui nous intéresse pour ne conserver que le schéma et se débarrasser du texte, puis d'effectuer une recherche d'image inversée à partir de l'image (vous pouvez consulter cette vidéo pour plus d'informations sur cette technique). On peut aussi choisir de faire une recherche avec les deux noms propres et des mots-clés comme "crâne", "cerveau", "hypophyse" ou encore "tumeur".

On arrive tôt ou tard au même résultat : l'image en question a été prise sur cette "fiche santé" en ligne des Hospices civils de Lyon donnant des informations sur les adénomes hypophysaires, des "tumeurs bénignes" qui se sont développées dans l'hypophyse.

Capture d'écran d'une fiche santé sur l'adénome hypophysaire, réalisée par les Hospices civils de LyonContrairement à ce que laissent penser les publications Facebook qui nous intéressent, ce schéma ne montre donc en aucun cas la procédure à suivre lors d'un prélèvement nasal pour un test RT-PCR.

Par ailleurs, selon le site des CHU de Lyon, deux médecins travaillant pour les Hospices civils de Lyon correspondent aux noms inscrits sur le schéma : Emmanuel Jouanneau chef du service de "neurochirurgie - chirurgie des adénomes hypophysaires et de la base du crâne", et Timothée Jacquesson, membre de l'équipe médicale du service.

Contactés par l'AFP, les deux médecins confirment avoir réalisé ce schéma en 2020, notamment pour les besoins de cette fiche santé.

Les risques évoquésEn ce qui concerne les risques évoqués pour l'hypophyse : "c'est absolument impossible à moins que quelqu'un ait été opéré de cette région-là ce qui est un contexte complètement différent", assure le 13 septembre à l'AFP le docteur Emmanuel Jouanneau.

Comme n'importe quel test ce type de prélèvement nasal, s'il est mal effectué, peut présenter des risques. "Si l'écouvillon est enfoncé trop profondément, on peut créer des brèches ostéo-méningées, mais au niveau de l'étage inférieur, ça n'a rien à voir avec l'hypophyse. C'est uniquement si l'écouvillon est mal utilisé, et mis trop profond et trop fort", insiste le spécialiste.

"Ça n'a rien à voir avec l'hypophyse. C'est trop profond, c'est situé à plus de 10 cm dans le nez. On n'ira jamais avec un écouvillon dans la région du sinus sphénoïdal et dans la région de l'hypophyse", précise-t-il.

La publication Facebook à laquelle nous nous intéressons affirme que "l'insertion de l'écouvillon profondément dans le nez provoque des dommages à la barrière hémato-encéphalique". Mais c'est occulter que si des dommages ont bien été décrits, ceux-ci sont rares selon les experts interrogés.

"La barrière hémato-encéphalique est séparée du nez par un certains nombres d’obstacles comme la muqueuse nasale, les cornets (constitués de cartilage) et l'os sphénoïde" pondère Maude Beaudoin-Gobert, docteure en neurosciences affiliée à l'université Claude Bernard Lyon-1.

"Le terme de barrière hémato-encéphalique ici est impropre. Le vrai terme serait une brèche ostéo-méningée et une fistule de liquide céphalo-rachidien. Là où ça peut créer des brèches (c'est au niveau de) "la lame criblée de l'ethmoïde" (en pointillés sur le schéma en question, NDLR), explique Emmanuel Jouanneau.

"C'est une zone où l'os est très fin, là on peut effracter (forcer, NDLR), c'est extrêmement rare quand même, mais ça s'est déjà vu", poursuit-il.

Il s'agit d'une blessure qui peut cicatriser d'elle-même ou nécessiter une intervention.

"Il est arrivé (que des médecins) doivent les obturer", notamment pour éviter des risques de méningites, précise le Pr. Jouanneau., mais "pour qu'on arrive là, c'est vraiment que le test a été mal fait. Tout peut se voir en médecine mais c'est vraiment totalement exceptionnel".

En avril dernier, l'académie de médecine avait d'ailleurs elle-même rappelé "les précautions à observer et les risques encourus" lors de la manipulation d'écouvillons, évoquant notamment des cas décrits dans la littérature scientifique de "brèches de l'étage antérieur de la base du crâne associées à un risque de méningite". On retrouve d'ailleurs la description de certains rares cas en ligne (1, 2). L'Académie préconisait de réserver la réalisation de ces tests "aux professionnels de santé formés" et leur recommandait de s'enquérir d'éventuels antécédents ORL avant d'y procéder.

"Par contre ça n'a rien à voir avec l'hypophyse. Il est totalement erroné de dire que ça va abîmer l’hypophyse ou créer des tumeurs", conclut le professeur Jouanneau.

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