Non, ce graphique de l’OMS ne prouve pas que la grippe "n'existe plus" depuis l’apparition du Covid

Non, ce graphique de l’OMS ne prouve pas que la grippe "n'existe plus" depuis l’apparition du Covid

publié le vendredi 09 avril 2021 à 11h47

Un graphique de l’OMS partagé plus de 1.000 fois sur Facebook depuis le 8 avril montrant un nombre très faible de cas de grippe dans le monde est interprété comme la preuve que la grippe saisonnière aurait subitement disparu quelques mois après l'apparition du Covid-19. De nombreux internautes en concluent que les morts de la grippe ont été comptabilisés dans la catégorie "Covid-19" afin de gonfler les chiffres de la pandémie. Mais la grippe saisonnière n’a pas totalement disparu, et sa circulation, très limitée depuis l'apparition du Covid, s'explique par plusieurs facteurs. 

"C'EST OFFICIELLE !! L'OMS annonce que la grippe n'existe plus. A vous de le constater en allant sur le site de l'OMS", affirme un internaute qui a relayé ce graphique le 8 avril. 

Capture d'écran prise sur Facebook le 12/04/2021

Des visuels très similaires ont également circulé en anglais sur Facebook, avec, cette fois, les chiffres de différents territoires comme la Grande-Bretagne et l'Irlande du Nord. 

Ces courbes proviennent bien du site de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS, WHO en anglais). L'OMS possède un outil qui permet d'afficher le nombre de cas de plusieurs types de grippes (H1, H3, H1N1, H5...) en se basant sur les données du système mondial de surveillance et de réponse à la grippe (GISRS) et en sélectionnant une période.

La courbe partagée en français sur les réseaux sociaux s'étend de 2018 à 2021, à l'échelle mondiale. Le nombre de cas de grippes connaît un pic lors des hivers 2017-2018, 2018-2019 et 2019-2020. Mais le nombre de cas de grippes semble avoir chuté après fin mars 2020, alors que la première vague de Covid-19 frappait le pays, jusqu'à atteindre un chiffre en apparence proche de zéro. 

Pour de très nombreux internautes, cette diminution soudaine serait la preuve que "la grippe porte le nom de Covid depuis 2020". Ils en déduisent que les chiffres de la pandémie auraient ainsi été artificiellement gonflés, en faisant passer les cas de grippes saisonnières pour des cas de Covid-19.

Captures d'écran prises sur Facebook le 12/04/2021

La circulation de la grippe en nette baisse

Cette allégation selon laquelle la grippe aurait "disparu comme par enchantement" depuis l'apparition du Covid-19 revient très souvent sur les réseaux sociaux. Mais elle est trompeuse, comme l'a déjà expliqué l'AFP dans un article en décembre 2020. 

En se référant au même graphique que celui partagé, mais en réduisant la période sélectionnée (mars 2020 à avril 2021), ce qui permet d'agrandir l'échelle, des cas de grippes apparaissent bien depuis mars 2020, même si ceux-ci ont beaucoup diminué par rapport aux années précédentes. Ainsi, du 15 au 21 mars 2021, environ 300 cas de grippes ont été signalés; contre un peu plus de 25.000 cas sur la même période en 2020. 

Capture d'écran prise sur Facebook le 12/04/2021

En France, pour évaluer le nombre de décès dus à la grippe, les autorités sanitaires se fient à la surmortalité qui peut lui être attribuée. 

Or, selon le bilan de la saison grippale 2019-2020 publié en octobre par Santé publique France, "la grippe aurait causé en France 3.680 décès tous âges confondus lors de l’épidémie 2019-2020". Un chiffre qui reste, comme à l'échelle mondiale, largement inférieur à la moyenne d'environ 10.000 décès par an sur la période 2010-2019.

Comment expliquer la faible circulation de la grippe?

Dans son bulletin épidémiologique en date du 8 avril 2021, Santé publique France note qu'il n'y a actuellement"pas de circulation active des virus grippaux identifiée par les réseaux de surveillance dédiés". 

Pour les experts de l'OMS et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), les gestes barrières et les différentes restrictions liées au Covid-19 ont limité de manière très importante la circulation du virus.

Ils notent dans un bulletin hebdomadaire de surveillance des cas de grippes du 4 avril 2021 que "l'épidémie de grippe en Europe a généralement atteint son pic et commencé à décliner à ce stade de l'année mais, malgré des dépistages réguliers et généralisés de la grippe, l'activité grippale signalée est restée à un niveau très faible tout au long de la saison, probablement en raison de l'impact des diverses mesures de santé publique et de distanciation sociale mises en œuvre pour réduire la transmission du SARS-CoV-2".

En effet, comme le SARS-CoV-2, le virus de la grippe saisonnière se transmet notamment par l'inhalation de gouttelettes de salive ou de postillons. Or ce phénomène est désormais limité par le port du masque, généralisé avec la pandémie de Covid-19.

Le lavage des mains, l'abandon de la "bise", la fermeture de nombreux lieux publics ou encore la limitation de contacts avec des personnes fragiles sont autant de mesures qui ont également permis de limiter le niveau de circulation de la grippe, ainsi que d'autres virus saisonniers habituels, comme la gastro-entérite ou les bronchites.  

Les fermetures successives des frontières et la réduction importante du trafic aérien mondial depuis le début de la pandémie ont aussi diminué le risque d'une importation de la grippe en France en provenance d’autres pays, ce qui advenait les autres années.

Par ailleurs, avec l'apparition du Covid-19, de très nombreux Français ont préféré se faire vacciner contre la grippe, provoquant même des ruptures de stock de vaccins. Plus de 13 millions de Français auraient ainsi été vaccinés contre la grippe, contre 11 millions l'an passé. 

Une soignante prépare une dose de vaccin contre la grippe, à Bozouls, dans le sud de la France, le 14 octobre 2020. (AFP / Lionel Bonaventure)

Enfin, "quand vous avez un virus qui est très installé d'un point de vue épidémique, comme le SARS-CoV-2, il n'y a pas la place pour qu'un deuxième virus vienne co-circuler en même temps de façon aussi abondante", expliquait le 9 décembre sur France 2 Bruno Lina, professeur de virologie et membre du conseil scientifique.

Mais le virus de la grippe ne cesse d'évoluer, et les souches ne sont pas les mêmes chaque année. C'est la raison pour laquelle la composition du vaccin est actualisée tous les ans, d'après les recommandations de l'OMS, et qu'une injection annuelle est nécessaire pour être immunisé. La grippe pourrait donc revenir à l'automne prochain, si les gestes barrières étaient abandonnés d'ici-là ou que l'épidémie de Covid-19 reculait grâce à la vaccination. 

Le Covid a bien provoqué une surmortalité en 2020

La thèse selon laquelle les cas de Covid seraient en réalité tous des cas de grippes est fausse, puisque le nouveau coronavirus est beaucoup plus dangereux et létal que la grippe saisonnière, comme l'ont expliqué plusieurs experts à l'AFP et l'OMS elle-même. Cela se traduit notamment par un pic de mortalité jamais atteint lors des épidémies de grippe saisonnière, mais constaté en 2020 à cause du Covid-19. 

"La hausse observée en 2020 est sans commune mesure avec celle des années passées", a ainsi soutenu le 7 avril l'Insee auprès de l'AFP. La hausse des décès entre 2019 et 2020 a été réévaluée à +9,1% en prenant en compte les dernières données sur les décès survenus fin 2020. Si les morts du Covid avaient 

Il est d'autant moins pertinent de comparer grippe et Covid que le nouveau coronavirus a donné lieu à des mesures exceptionnelles pour limiter sa propagation, comme les multiples confinements, la généralisation du port du masque, le renforcement du lavage des mains ou de la distanciation physique, des mesures jamais mises en place pour la grippe saisonnière.

À la date du 12 avril, la France a dépassé la barre des 99.000 décès depuis l'apparition du Covid-19, tandis que le bilan dans le monde approche les trois millions de morts (2.940.006 décès).

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