Non, boire du jus d'oignon avec du miel ne guérit pas les maladies rénales

Non, boire du jus d'oignon avec du miel ne guérit pas les maladies rénales

publié le mercredi 15 septembre 2021 à 13h02

  Une publication partagée des dizaines de milliers de fois sur Facebook depuis un an prétend livrer une recette miracle pour soigner l'insuffisance rénale. Elle conseille d’arrêter les traitements et de consommer du jus d’oignon mélangé à du miel. En plus d’être fausse, cette publication est dangereuse, selon des néphrologues contactés par l’AFP. L’arrêt de traitement pour les patients souffrant d’insuffisance rénale, en particulier ceux qui ont reçu une greffe rénale, nuit à leur santé. Il est toujours recommandé de consulter un docteur. Il suffirait de boire un mélange de jus ou d'eau, avec de l'oignon rouge et du miel pour soigner les maladies rénales. Une "solution simple et peu coûteuse". C’est ce que prétend un texte partagé au moins 53 000 fois sur des pages Facebook en Afrique francophone depuis août 2020. La publication “appelle tous les patients souffrant d’insuffisance rénale à ne pas obéir aux décisions des médecins" puisque les traitements ainsi que “les opérations de transplantation rénale” sont un "échec" et que la pathologie “revient après 10 ans”. 

Le texte d’une quinzaine de lignes se divise en cinq conseils qui consistent à remplacer les médicaments par cette boisson miracle pendant trois jours. Ensuite, faire une analyse “d'urée, de créatinine, de calcium, de phosphore, de potassium et une formule sanguine complète”, avant d'élargir à “une cuillère à soupe par jour à jeun à vie”.

Loin de questionner l'efficacité de cette mixture, les lecteurs expriment leur reconnaissance à l'auteur de la publication. "Merci pour l'aide que tu nous apportes en sauvant des vies", réagit un internaute. "Merci infiniment on ne finit jamais d'apprendre", commente un autre. Ou encore: "Merci docteur pour ce grand remède". 

Capture d'écran Facebook, réalisée le 13 septembre 2021 Capture d'écran Facebook, réalisée le 13 septembre 2021 

 

Les reins sont deux organes en forme de haricot, d’environ 12 cm situés de part et d'autre de la colonne vertébrale. Ils se composent chacun d’une partie externe appelée cortex et d’une partie centrale : la médullaire. Leur rôle consiste notamment à filtrer le sang pour le débarrasser des déchets produits par l’organisme. Le sang propre est renvoyé dans la circulation sanguine via les veines rénales. Alors que les toxines sont évacuées vers la vessie via les uretères. 

Lorsque les reins ne parviennent plus à filtrer correctement, les toxiques s’accumulent dans le sang et créent un trouble dans le fonctionnement de l’organisme: il s’agit de l’insuffisance rénale.

Cette pathologie est “indolore mais mortelle si elle n’est pas prise en charge”, explique Dr Anne-Hélène Querard, néphrologue au centre hospitalier de Vendée, sur la côte ouest de la France. “L’insuffisance rénale se détecte grâce à une prise de sang qui permet de voir s’il y a une hausse de créatine. Elle se soigne par la dialyse, un filtrage du sang artificiel et par la greffe”, une opération pour remplacer le rein défaillant par un rein fonctionnel.

L’arrêt de traitement nuit à la santé du patient Selon l’auteur du texte que nous vérifions “ces opérations ne réussissent pas” et “l'échec revient après plusieurs années ne dépassant pas 10 ans”. Interrogé par l’AFP à ce sujet, Mohamed Ibrahim Alex Moudachirou, néphrologue à la clinique privée Farah à Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, explique que la durée de vie d’un greffon est en effet limitée. 

Il y a deux types de greffes rénales. La greffe à donneur cadavérique, lorsque le rein est prélevé sur un patient en état de mort cérébrale, sa durée de vie varie entre cinq et dix ans. Et, il y a la greffe à donneur vivant, qui elle dure entre dix et vingt ans. Après il y a rejet”.  

Ces chiffres corroborent la version de la publication Facebook, cependant il s’agit du seul argument fondé dans ce texte. “Même si la durée d’une greffe est limitée dans le temps, la transplantation rénale est considérée à ce jour comme le traitement définitif de l’insuffisance rénale” rappelle le néphrologue en précisant que l’automédication tout comme l’arrêt de traitement nuirait à la santé des patients.

Oignons et miel ne sont pas plus recommandés que d’autres alimentsLors d’un atelier nutrition à destination des patients souffrant d'insuffisance rénale réalisée en 2017, la société ivoirienne de néphrologie a publié une liste d’aliments autorisés et ceux à éviter.

Premièrement, nous constatons que le miel n’apparaît pas sur la liste. Ensuite, l'oignon est simplement mentionné sous astérisque comme alternative au sel. Rien dans le compte-rendu de cet atelier n’indique que l’oignon mélangé au miel est la recette miracle contre les complications liées aux reins. 

Capture d'écran de la liste d'aliments autorisés ou à éviter selon la société ivoirienne de néphrologie en 2017 Capture d'écran de la liste d'aliments autorisés ou à éviter selon la société ivoirienne de néphrologie en 2017 

 

Il n’existe pas d’aliments ni de remèdes naturels reconnus contre l’insuffisance rénale", indique le Dr Querard. "Il faut surtout faire attention à sa consommation de sel et manger sainement : ni trop salé, ni trop sucré, ni trop gras”.

Des conseils partagés par le Dr Moudachirou qui renvoie à la liste d’aliments, réalisée par la société ivoirienne de néphrologie à laquelle il a contribué. Il ajoute qu’il faut aussi diminuer l’alcool, le tabac et faire du sport. 

Les deux spécialistes des reins déconseillent fortement l’arrêt des traitements comme le recommande la publication. “Les traitements administrés sont là pour aider à ralentir l’insuffisance ou à prolonger la vie des reins.  En aucun cas il est question d’arrêter à tout prix ou de prendre un médicament à tout prix. Il faut adapter les traitements pour trouver ce qui convient le mieux à chaque cas. Mais cela se fait avec l’aide et l’aval du corps médical”, explique Dr Querard également secrétaire du Club des jeunes néphrologues en France

Des croyances qui aggravent les casEn février 2021, l’AFP avait vérifié des publications virales qui affirmaient que la consommation de jus d’oignon permettait de prévenir et de guérir les maladies de la prostate. Ce qui était également faux. Interrogés dans ce cadre, le Dr Pierre Yapo Konan, urologue au CHU de Cocody à Abidjan dénonçait l’effet des fake news sur les sujets de santé en Afrique. Pour lui, les publications de ce type qui vantent certains remèdes naturels contribuent uniquement à retarder la consultation de médecins par des patients qui en auraient besoin et à aggraver leur cas. 

Le Dr Moudachirou, reconnaît, impuissant, que la lutte contre ces croyances s’annonce difficile. “Nous ne pouvons pas nier l'existence et l'utilisation de ces remèdes. Cependant nous n'avons pas de données scientifiques sur le sujet. Cela fait partie intégrante de nos mœurs et/ou habitudes. En tant que médecins, nous disons à nos patients de ne pas délaisser leurs traitements médicaux au profit de ces thérapeutiques.”

Quelque 850 millions de personnes sont touchées par des maladies rénales chroniques dans le monde, selon les derniers chiffres publiés dans le cadre de la campagne World Kidney Day, une initiative conjointe de la société internationale de néphrologie  et de la fédération internationale des fondations du rein. Selon la revue scientifique médicale The Lancet global health, une importante hausse des cas de diabète et d'hypertension est à prévoir d'ici 2045 sur le continent africain. Ces deux maladies favorisent les insuffisances rénales, ce qui fait craindre une forte progression des pathologies rénales au sein de la population africaine. 

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