Masques, tests, vaccins...Les fausses infos relayées dans la vidéo "Manigance-19"

Masques, tests, vaccins...Les fausses infos relayées dans la vidéo "Manigance-19"

, publié le mercredi 18 novembre 2020 à 11h52

"Vous allez découvrir les mensonges et les vérités sur le Covid-19", affirme "Manigance-19", une vidéo vue au moins 900 000 fois depuis le 27 octobre. Mais si certaines des affirmations contenues dans cette vidéo sont justes, comme le revirement du gouvernement sur les consignes du port du masque, elle contient également bon nombre d'affirmations fausses ou trompeuses. Voici celles que nous avons identifiées. 

Sommaire 

Les masques
Le confinement
Les tests RT-PCR
La vaccination
 - Les masques -

2'00" : "Le Center for Disease Control vient de faire des excuses aux américains. Le masque ne sert strictement à rien mesdames et messieurs" Faux

Nous avions déjà évoqué cette affirmation erronée de la députée Martine Woener en octobre dernier.

L'Agence américaine de contrôle des maladies, les Centers for disease control (CDC), n'a pas affirmé cela. Comme le montrent de multiples pages de son site internet et d'innombrables tweets de son compte @CDCgov, l'Agence recommande le port du masque pour limiter la propagation du virus. 


Capture d'écran du site des CDC américains, prise le 18/11/2020

De nombreux scientifiques ont expliqué dans de multiples articles de l'AFP que le masque est une mesure utile pour limiter la propagation du virus, en plus de la distance physique et du lavage des mains.

La confusion tire son origine d'un cafouillage de communication de la part de l'agence américaine mi-septembre qui a semé la confusion, et que certains ont voulu interpréter comme un rétropédalage. 

Le 18 septembre, l'agence a brièvement publié sur son site une mise à jour de la page de son site consacrée à la transmission du virus ("How Covid-19 spreads") et qui mentionnait la possibilité de transmissions aériennes ("airborne transmission").

Elle l'a ensuite retirée, expliquant avoir publié cette mise à jour par erreur alors qu'elle n'avait pas encore été validée en interne. L'histoire est rapportée ici par la chaine américaine CNN. Cette dépublication a été interprétée par certains comme la preuve que l'agence avait changé d'avis et réfutait la transmission aéroportée.

D'ailleurs, le 5 octobre 2020, les CDC ont comme prévu finalement mis en ligne leur mise à jour avec ajout d'un paragraphe titré "le Covid-19 peut parfois se transmettre par voie aérienne".


Capture d'écran du site des CDC américains, prise le 5 octobre 2020

2'40" : "Il est bien marqué sur chaque boîte de masques qu'elles ne protègent pas du tout du Covid"  Trompeur

Il est vrai qu'il est inscrit sur certaines boîtes de masques que ceux-ci "ne protègent pas des maladies virales ou infectieuses". Toutefois, comme nous l'expliquions dans cet article sur ces fameuses étiquettes en août 2020, ces masques permettent bien de limiter la propagation du nouveau coronavirus, selon des experts interrogés par l'AFP, mais surtout en protégeant les autres de nos propres postillons.

"C'est un point important : beaucoup de gens pensent que porter un masque (grand public, ndlr) les protège de la contamination, alors que cela permet en fait de réduire les sources de transmission", a dit à l'AFP le Pr KK Cheng, spécialiste de santé publique à l'université de Birmingham (Angleterre), dans cette dépêche.

D'après les normes du ministère de la Santé, les masques vendus au grand public doivent filtrer au minimum 70% des particules de 3 microns. "Ce ne sont pas des masques à visée médicale, mais plutôt des écrans anti-postillons pour le grand public", avait déclaré à l'AFP le pneumologue Nicolas Hutt. 

Et c'est précisément parce que ce type de masques n'est pas efficace à 100% que ses fabricants ne peuvent assurer sur l'emballage qu'ils protègent "des contaminations virales ou infectieuses", avait expliqué Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau et membre du collectif Stop postillons.

"Le masque ne suffit de toute façon pas seul. Il s'agit de l'une des principales mesures barrières avec la distanciation sociale et les précautions d'hygiène comme le lavage régulier des mains", avait insité M. Rochoy.

3'02" : "Ce masque est inutile et même dangereux et beaucoup de spécialistes dans le monde médical nous expliquent que c'est un nid à microbes et ça va affaiblir notre système immunitaire et être extrêmement dommageable pour la santé" Faux 

Nous avons contacté de nombreux experts depuis le début de l'épidémie au sujet de cette affirmation (voir ici ou ici). Il est erroné de dire qu'un masque est un nid à microbes, même s'il faut faire attention à le changer quand cela est nécessaire.

"Les infections fongiques [liées aux champignons] graves sont rares", expliquait en septembre à l'AFP Françoise Dromer, responsable de l'unité de Mycologie moléculaire et du Centre national de référence des Mycoses invasives et des antifongiques de l'Institut Pasteur.

"Dans les conditions d'utilisation recommandées, il n'y a aucun moyen que des champignons se développent à l'intérieur d'un masque", assurait-elle. "Pour qu'un masque moisisse, il faudrait le laisser, par exemple, humide dans une pièce pleine de moisissure, ou dans un compost, pendant des semaines", disait-elle encore, rappelant qu'un masque doit être changé toutes les 4 heures.

Comme "les humains ont des bactéries normales dans leur bouche et leurs fosses nasales""quand nous parlons, nous expulsons des gouttelettes de salive. Il peut y avoir des champignons ou des bactéries qui restent sur le masque", expliquait aussi Daniel Pahua, professeur de santé publique à l'Université nationale autonome du Mexique (Unam). Mais, "la plupart de ces agents ne produisent pas de maladie, parce que ce sont des bactéries que nous avons dans la bouche".

Enfin, s'il est recommandé de changer de masque toutes les quatre heures environ, ce n'est pas pour des questions de respiration mais parce qu'une fois humidifié, il perd de son pouvoir filtrant.

7'45" : "on vous oblige à respirer du gaz carbonique pendant 8h par jour" Faux 

L'idée, erronée elle aussi, que l'on respirerait dangereusement notre propre CO2 est également très répandue.

Mais "un masque n'est pas un circuit fermé. Presque tout l'air expiré s'échappe du masque donc vous ne respirez pas votre propre CO2", avait expliqué à l'AFP Shane Shapera, directeur du programme des maladies pulmonaires de l'hôpital public de Toronto. 

"Il n'existe aucune preuve que l'utilisation prolongée du masque entraîne une hausse du niveau de CO2" dans l'organisme, avait-il affirmé. Dans certains cas, "des individus peuvent ressentir de l'inconfort en portant un masque. L'anxiété peut entraîner de l'hyperventilation qui, elle, peut causer une chute du niveau de CO2, des maux de tête et des vertiges", avait estimé de son côté Vinita Dubey, médecin hygiéniste à l'agence de santé publique de Toronto au Canada. 

Retourner au sommaire

- Le confinement -


(AFP / Damien Meyer)

11'38" : "Quand nous sommes en bonne santé, nous avons la capacité de faire face à à peu près tout virus, toute bactérie pathogène, en faisant du sport, donc en évitant d'être confiné pendant deux mois, en ayant une bonne aération, une bonne oxygénation, c'est-à-dire en évitant de mettre des masques, en ayant une bonne alimentation" Partiellement faux

Cette phrase est d'Alexandra Henrion-Caudeex-directrice de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), institution qui a depuis pris ses distances avec elle du fait de ses déclarations sur le Covid-19.

"Quand quelqu'un est en bonne santé, qu'il est robuste et qu'il a des activités sportives, une saturation en oxygène qui est convenable, il a un système immunitaire plus fort que quelqu'un qui a des comorbidités, s'alimente peu ou mal et n'a pas beaucoup d'activités. Dans ce cas-là, la première personne est plus capable de lutter contre une infection que la deuxième", explique à l'AFP Camille Locht, directeur de recherche Inserm à l'institut pasteur de Lille, spécialisé dans l'infection microbienne et la vaccinologie.

"Donc c'est à moitié vrai mais aussi à moitié faux car on a vu pas mal de personnes en bonne santé tomber malades de la Covid-19. J'ai récemment parlé à un chef d'entreprise en bonne santé et qui a eu un cas grave, avec des séquelles qui perdurent aujourd'hui. Donc on ne peut pas dire que même si on fait attention à notre santé, on est complètement protégé contre cette infection", ajoute-t-il.

"La meilleure façon de ne pas attraper une infection, c'est de ne pas être en contact avec les personnes qui sont infectées. Il y a plusieurs façons : la distanciation sociale, les masques, les gestes barrières. Ce sont toutes ces mesures qui peuvent diminuer la fréquence d'infection et de transmission du virus", conclut-il.

17'20" : "Les chiffres officiels de l'OMS que les pays qui ont choisi la stratégie de confinement ont tué beaucoup plus de personnes par million d'habitants que les pays qui n'ont pas choisi le confinement" Partiellement faux

Cette citation provient d'un extrait d'une vidéo de Jean-Jacques Crèvecoeur, qui se présente comme "auteur, formateur et conférencier de réputation internationale", reprise dans "Manigance-19".

Déjà épinglé pour la diffusion de fausses informations (sa chaîne YouTube a été supprimée au printemps dernier), Jean-Jacques Crèvecoeur s'appuie sur des chiffres arrêtés au 30 avril. 

Sur le graphique qu'il brandit, des pays - dont la Suède - n'ayant pas choisi de confinement généralisé apparaissent comme relativement épargnés, comparés à d'autres pays européens comme la Belgique, l'Espagne, l'Italie et la France.

S'il est vrai que des pays comme la Belgique et l'Espagne en Europe, et le Pérou et le Chili en Amérique du Sud, qui figurent en tête des pays ayant connu le plus de morts par habitant, ont mis en place des mesures de confinement, il convient de rappeler que le taux de mortalité pour la Suède est, selon les derniers chiffres compilés par l'AFP, de 616,4 décès par million d'habitant, contre 685,4 pour la France, un écart nettement moindre que sur le graphique.

Le Portugal, qui avec 10,28 millions d'habitants possède une population comparable à celle de la Suède, et qui a mis en place un confinement strict au printemps, possède un taux de mortalité de 348,4 décès par million d'habitants, un taux près de deux fois inférieur à celui du pays scandinave.

L'écart est plus grand encore avec les autres pays nordiques, qui ont tous confiné, comme en atteste le graphique ci-dessous réalisé à partir de données compilées par le journal économique britannique Financial Times. La Norvège a un taux de mortalité de 55 décès par million d'habitants, et la Finlande et le Danemark déplorent respectivement 67 et 132,6 décès par million d'habitants, selon les données de l'AFP.


Capture d'écran du site du Financial Times prise le 18/11/2020

De plus, si la Suède n'a pas mis en place de confinement strict, des "recommandations" à valeur de règles sont émises depuis le début de la pandémie, et face à la perspective d'une nouvelle vague qui se dessine dans le pays nordique, les autorités ont introduit le mois dernier de nouvelles recommandations régionales plus strictes.

Le pays a également annoncé lundi 16 novembre pour la première fois limiter les rassemblements publics à huit personnes maximum face au rebond de l'épidémie, même si la mesure est loin d'avoir une portée absolue.

Retourner au sommaire

- Les tests RT-PCR -

De nombreux intervenants dans cette vidéo contestent le recours massif dans le monde aux test RT-PCR, qui détectent via un prélèvement nasopharyngé si un patient est porteur ou non du virus Sars-Cov-2 à l'instant T. 

18'31" : "Les tests ne veulent rien dire. Ils montrent que, peut-être une fois, vous avez été en contact avec un coronavirus" Faux

Cette affirmation émane de Christian Tal Scherrer, qui se présente comme "médecin suisse, chamane, et écrivain". Les tests PCR homologués sont bien spécifiques au Sars-Cov-2, ont expliqué à l'AFP différents spécialistes mondiaux en microbiologie, maladies infectieuses et virologie dans cet article publié le 13 octobre.

Actuellement, "on estime que la spécificité des RT-PCR est de l'ordre de 99%", expliquait notamment le Dr Carbonneil, de la Haute autorité de Santé en France, ce qui rend rarissime les résultats "faux positifs".

Pour vérifier la spécificité d'un test PCR, "on va prendre d'autres prélèvements, connus pour contenir d'autres virus comme la grippe ou le rhinovirus, et on va vérifier que notre PCR ne détecte pas les autres virus respiratoires et bien uniquement le Covid-19", ajoute Vincent Enouf, de l'Institut Pasteur.

20'25" : "90% des tests PCR ne sont pas pathogènes ni infectieux et ne mesure pas l'infectiologie du virus" Faux

21'16" : "Quand on vous dit "vous êtes positif", vous n'êtes pas du tout malade, vous n'avez pas le virus,(...) vous n'êtes pas contaminant" Faux

Là encore ces affirmations sont fausses. L'idée que 90% des cas ne sont ni malades ni contagieux a été démystifiée dans cet article de vérification du 22 septembre.

On ne peut pas dire non plus que la majorité des cas détectés actuellement sont des "faux positifs" ou qu'ils ne sont ni "malades" ni "contaminants", comme nous l'expliquions ici le 22 octobre.

Les personnes avec symptômes ("malades") sont en réalité majoritaires parmi les cas positifs. Selon le Bulletin hebdomadaire de Santé Publique France du 15 octobre, la part des personnes avec des symptômes -que l'on peut qualifier de "malades"- parmi les tests positifs était de 63%.


Bulletin de Santé Publique France, capture d'écran le 18/11

Les personnes testées positives peuvent avoir des symptômes ou être contagieuses, même avec peu de virus. On ignore à ce jour où se situerait exactement un seuil minimal de charge virale pour être contagieux, ont expliqué plusieurs experts à l'AFP dans cet article.

Les corrélations entre quantité de virus, symptômes, et contagiosité sont encore mal connues et parfois contre-intuitives: on peut être asymptomatique et contagieux, on peut avoir la même quantité de virus qu'on soit symptomatique ou asymptomatique comme l'a relevé cette étude par exemple. 

20'50" : "Aujourd'hui, il n'y a pas plus de mortalité que les autres années. Il y a moins de décès et beaucoup plus de tests" Faux

Plusieurs études démographiques en Italie, en Belgique ou encore en France, prouvent le contraire. Nous le montrions dans ce fact-check publié le 6 octobre.

En France, l'Insee explique dans une publication du 18 septembre 2020 qu'"au cours des 20 dernières années, en France métropolitaine, deux évènements ont entraîné de fortes hausses des décès : la canicule de l'été 2003 et la Covid-19 au printemps 2020".

Enfin, sur l'indicateur européen Euromomo, qui compile et compare les chiffres officiels de la mortalité de 24 pays européens, on peut voir facilement que les pics de mortalité observés dans les pays les plus frappés par l'épidémie sont 1,5 à 4 fois supérieurs à la mortalité observée durant les habituelles périodes grippales de l'hiver.


Capture d'écran du site Euromomo comparant la mortalité dans le temps dans une sélection de pays

24'24" : Selon Christian Perronne, soigner un malade Covid et le garder en réanimation c'est le "jackpot" car les hôpitaux et les médecins généralistes "touchent de l'argent" lorsqu'on traite ou déclare un cas Covid.

Ces rumeurs ont déjà été démenties plusieurs fois par l'AFP (1,2,3).

"Non, un service de réanimation n'a aucun intérêt à garder des patients", a expliqué le 20 octobre à l'AFP le Pr Alexandre Demoule, chef de service de médecine intensive et de réanimation à la Pitié-Salpêtrière à Paris.

"C'est le contraire, plus on garde longtemps le patient, moins on gagne d'argent", dit-il, rappelant, de plus, que ni lui, ni ses adjoints, ni les infirmières ne gagnent plus si les patients restent plus longtemps dans le service.

"Ces propos témoignent d'une méconnaissance de la tarification de la part du Pr Perronne", ajoute-t-il, dans une démonstration disponible ici.

Pour les généralistes, le professeur Perronne réalise un raccourci trompeur.

Depuis 2017, il existe bien un tarif majoré, appelé MIS, qui "concerne par exemple les consultations consacrées à l'annonce de cas graves pour certaines pathologies graves comme les cancers" expliquait le Pr Stéphane Oustric, généraliste et délégué général au numérique du Conseil national de l'Ordre des médecins.

Le MIS a été étendu cette année pour les patients Covid, car "ces consultations prennent du temps", selon le Dr Jacques Battistoni, président du syndicat de médecins MG France.

De plus, lorsqu'un patient se présente face à son généraliste, "le plus souvent, l'Assurance maladie a été très rapide et l'a déjà contacté" et recensé ses contacts, rappelait  le Dr Jacques Battistoni.

Le patient a donc souvent déjà été testé positif avant de venir chez le médecin.

En résumé, la revalorisation ne vient pas donc rémunérer la simple prescription ou validation informatique d'un test positif mais, au-delà, une consultation plus longue et jugée plus complexe.

26'40" : "La mortalité du corona est comparable à celle de la grippe saisonnière" affirme Reiner Fuellmich, un avocat allemand. Faux

C'est faux, le Covid est plus dangereux et plus létal que la grippe saisonnière, comme l'ont expliqué plusieurs experts à l'AFP ainsi que l'OMS dans cet article publié à la mi-octobre.

Le taux de létalité du Covid-19, c'est-à-dire le nombre de morts rapportés au nombre d'infectés par la maladie, tourne autour de 0,6 selon les estimations les plus justes - réalisées à travers un suivi de cohorte infecté-, rappellent les spécialistes contactés ici par l'AFP.

A l'inverse, celui de la grippe saisonnière ets bien plus faible, évalué à 0,1% selon ce communiqué de l'Académie de médecine.

"On estime entre 25 et 30.000 les décès de la Covid-19 sur une période de temps relativement courte, avec en plus un confinement", expliquait, en évoquant la première vague du printemps 2020, Sibylle Bernard-Stoecklin, épidémiologiste à Santé Publique France.

La grippe, qui a "a un impact en santé publique qui est loin d'être négligeable", fait "9 à 10.000 décès par an" en France, rappelait la même source.

30'00" : "La pandémie est terminée, il n'y a pas de deuxième vague" Faux

Ces affirmations sont erronées, comme le prouvent les graphiques ci-dessous montrant le nombre de cas, d'hospitalisations, d'admission en réanimation et de décès du Covid-19 en France.


Situation de l'épidémie de Covid-19 en France au 17 novembre (S.Malfatto/ AFP)

D'autres chiffres compilés par l'AFP à partir de sources officielles, montrent à l'échelle de l'Europe ou du monde entier, que l'épidémie n'est pas "terminée".


Nombre de nouveaux cas et de nouveaux décès attribués chaque jour au Covid-19

Ces chiffres sont régulièrement actualisés par les équipes de l'AFP

Retourner au sommaire

 

- La vaccination -


(AFP / Chandan Khanna)

Plusieurs des personnes qui s'expriment dans "Manigance-19" tiennent un discours anti-vaccins, déjà très présent sur internet depuis des années mais qui a gagné en visibilité à la faveur de la pandémie, comme nous l'avons expliqué dans cet article.

Lancée peu après l'apparition du virus, la course au développement d'un vaccin contre le Covid-19 s'est accélérée depuis le début du mois de novembre avec les déclarations de trois fabricants différents qui ont annoncé que leur produit était efficace à 90% au moins pour se protéger du virus.

Aucun de ces trois vaccins n'a toutefois été mis sur le marché à ce stade.

31'30'' : "Ce qu'on ne vous dit pas c'est que ce vaccin il n'y a aucune chance qu'il marche, parce que le coronavirus, ça change tout le temps. Alors faire un vaccin contre un coronavirus, ça ne peut pas marcher" Faux

Figure de proue de la rhétorique anti-vaccins sur les réseaux sociaux francophone, le médecin suisse Christian Schaller affirme qu'un éventuel vaccin "ne peut pas marcher" parce que "le coronavirus, ça change tout le temps".

Le Sars-CoV-2 subit effectivement des mutations en permanence, ce qui est le mode de fonctionnement normal d'un virus, mais à ce jour, les variations observées n'ont pas de conséquences notables sur son comportement et n'empêchent pas le principe d'un vaccin, ont expliqué plusieurs scientifiques à l'AFP dans cet article.

"Pour le moment, il n'y a aucune indication que ces mutations puissent avoir un impact dans la capacité des vaccins à reconnaître et protéger contre ces (variants de) virus", a également dit la virologue Marie-Paule Kieny sur France Info.

31'45'' : "Aujourd'hui, on a absolument toutes les preuves que ce coronavirus était une grippe comme toutes les années, il a tué pas plus pas moins" Faux

Dans la suite de son intervention, Christian Schaller glisse ensuite que la dangerosité du nouveau coronavirus correspond à celle "d'une grippe comme toutes les années". "Il a tué pas plus, pas moins", selon M. Schaller. 

Selon les estimations de Santé Publique France, la grippe a causé la mort de 8.100 à 14.358 personnes par an sur les trois dernières années. Au 18 novembre 2020, le Covid-19 a causé la mort de 46.273, selon Santé Publique France.

Mais au-delà de ces chiffres, la comparaison entre les deux maladies est prématurée à ce stade, avaient expliqué plusieurs épidémiologistes à l'AFP dans cet article. 

D'une part car "le bilan final de l'épidémie" de Covid-19 est "loin d'être fait", avait expliqué à l'AFP le Dr Lévy-Bruhl, médecin épidémiologiste à Santé Publique France. Le pays est actuellement touché par une 2e vague, qui a nécessité la mise en place d'un nouveau confinement.

D'autre part car les mesures prises pour lutter contre la grippe et le Covid-19 sont très différentes. Selon une étude britannique publiée en juin dans Nature, les premières mesures de confinement décidées pour faire face au Covid-19 ont été efficaces pour reprendre le contrôle de la pandémie et ont permis d'éviter 3,1 millions de morts dans 11 pays européens, dont la France.

33'00'' : "Si vous avez été exposé à la tuberculose, et que vous risquez d'avoir contracté la tuberculose, on va surtout pas vous vacciner parce qu'on sait qu'on va faire ces phénomènes d'amplification. On sait suffisamment de choses sur les virus pour avoir cette précaution pour qu'on ne vaccine pas quelqu'un qui a été exposé à la maladie" Trompeur

Partant de cette affirmation sur la tuberculose, Mme Henrion-Caude estime donc que "vacciner quelqu'un qui a eu le Covid sans le savoir, c'est à nouveau le mettre en danger".

"La tuberculose, c'est un cas particulier. Il ne faut pas mélanger Covid et tuberculose cela n'a rien à voir", met en garde le professeur Camille Locht, directeur de recherche Inserm à l'institut Pasteur de Lille, spécialisé dans l'infection microbienne et la vaccinologie.

Les personnes contaminées par la tuberculose voient cette première infection "renforcer leur immunité contre la maladie". Donc "on ne recommande pas la vaccination chez les personnes déjà infectées, mais c'est par inutilité, pas par peur de réactiver la tuberculose", explique-t-il à l'AFP. "Une vaccination BCG d'une personne déjà infectée pourrait causer une réaction cutanée, mais ce n'est pas un effet grave. Cela ne va pas réactiver la maladie", insiste le Pr Locht.

Sur les dangers supposés de la vaccination d'une personne déjà atteinte du Covid-19, "pour l'instant nous n'avons aucun données scientifiques qui permettrait de dire ça", souligne Camille Locht.

"On fait des rappels de vaccins sur de nombreuses maladies, sans forcément demander si une personne a déjà eu la maladie. Dans le cas de la grippe, qui est aussi un virus, on vous recommande le rappel, même dans le cas où vous avez déjà eu la grippe", assure le directeur de recherche à l'institut Pasteur. "A ce stade, il n'y a pas de raison qu'il y ait une contre-indication de ce type avec le Covid-19."

Retourner au sommaire

Vos réactions doivent respecter nos CGU.