Legault accusé de conflit d'intérêts à cause d'un homonyme dans le secteur pharmaceutique

Legault accusé de conflit d'intérêts à cause d'un homonyme dans le secteur pharmaceutique

, publié le mardi 28 juillet 2020 à 16h03

Une rumeur partagée sur Facebook accuse le Premier ministre du Québec, François Legault, de conflit d'intérêts dans la gestion de la crise du Covid-19 à cause de son titre de président d'une entreprise pharmaceutique. C'est faux : il s'agit d'un homonyme, comme l'a admis la personne à l'origine de la théorie, et l'entreprise en question, Bio-Chem Therapeutic, n'existe plus depuis plusieurs années.

"SCANDALE NATIONAL: François Legault a des intérêts financiers dans les vaccins avec la mafiaceutique Bio-Chem Therapeutic Inc", s'insurge l'auteure d'une tribune copiée-collée sur Facebook au Québec depuis le 15 juillet 2020.

Le texte explique, "preuves" à l'appui, que le Premier ministre compte passer une loi à l'automne 2020 afin de rendre obligatoire un vaccin contre le nouveau coronavirus parce qu'il y gagnerait financièrement, bien qu'aucune loi de ce genre ne soit prévue au Québec. 


Capture d'écran d'une publication Facebook le 28 juillet 2020

Ces "preuves" sont des liens vers le registre de la compagnie BioChem Therapeutic Inc, dont l'un des directeurs est le dénommé François Legault, résidant sur l'avenue Glencoe dans le quartier montréalais d'Outremont. Il ne peut s'agir que du Premier ministre québécois, soutient l'auteure de la publication, car un article du quotidien La Presse affirme que celui-ci réside également à Outremont.

Seulement, il ne s'agit pas du même François Legault mais d'un homonyme.

Le François Legault mentionné dans la publication fut temporairement l'un des directeurs de BioChem Therapeutics Inc, basée dans la banlieue montréalaise de Laval et renommée BioChem Pharma en 1999, avant d'être vendue à Shire Pharmaceuticals en 2000.

M. Legault a changé plusieurs fois d'emploi dans le secteur, comme en 2015 lorsqu'il est devenu président de Verlyx Pharma, à Montréal, avant que celle-ci ne soit acquise par Odan Laboratories. M. Legault a été cité plusieurs fois dans la presse québécoise, qui a mis en garde contre toute confusion avec le Premier ministre.

Enfin, en cliquant sur le lien censé prouver que François Legault l'homme politique et le François Legault de l'industrie pharmaceutique ne font qu'un, on remarque que si les deux hommes ont en effet résidé à Outremont, le Premier ministre résidait sur l'avenue Claude-Champagne, et non sur l'avenue Glencoe comme l'affirme la rumeur. 

Bien que la personne à l'origine de la théorie, l'utilisatrice Facebook Lily Monier, ait elle-même reconnu son erreur dans une publication Facebook, le texte copié-collé circulait toujours le 28 juillet 2020. 

"Il semble que je me suis trompée, les amis. Ce ne serait pas notre François Legaul, Premier ministre (sic)", a reconnu Mme Monier le 16 juillet.


Capture d'écran d'une publication Facebook le 28 juillet 2020

Le Premier ministre François Legault a siégé au conseil d'administration de Technilab Inc en 1997 et 1998, comme le montre son CV. Technilab a été rachetée en 2000, et M. Legault a déclaré au quotidien La Presse avoir revendu ses parts avant d'accéder au conseil des ministres en septembre 1998. 

"M. Legault ne détient aucune part dans l'industrie pharmaceutique depuis qu'il est en politique", a indiqué à l'AFP Ewan Sauves, attaché de presse de M. Legault.

Cette rumeur semble s'inspirer d'une autre allégation selon laquelle le projet de loi 61 du parti de M. Legault, déposé le 3 juin à l'Assemblée nationale du Québec, voudrait imposer la vaccination obligatoire dès l'automne 2020. 

Cette affirmation a été démentie par le député de la majorité Eric Lefebvre sur Facebook. Le texte de loi omnibus prévoit une relance relance économique par l'infrastructure et la prolongation de l'état d'urgence sanitaire, mais "ne prévoit pas de vaccination obligatoire ni de construction de centres de vaccination", a-t-il affirmé.

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