Le Sénat américain n'a pas annoncé que l'épidémie de Covid-19 était "un mensonge"

Le Sénat américain n'a pas annoncé que l'épidémie de Covid-19 était "un mensonge"

publié le lundi 21 juin 2021 à 11h27

Des publications partagées plusieurs milliers de fois sur Facebook relaient la conférence de presse de cinq sénateurs américains et prétendent que le Sénat des Etats-Unis a "détruit le narratif officiel" autour de la pandémie et affirmé que le Covid-19 était "un mensonge". C'est faux : les cinq sénateurs présents dans cette vidéo discutent de l'origine du coronavirus, mais ne remettent pas en cause son existence. De plus, ils partagent une opinion personnelle et ne s'expriment pas au nom du Sénat, a expliqué un porte-parole de la majorité démocrate au Sénat à l'AFP. "Sénat des Etats-Unis a annoncé aujourd'hui : « Corona est un mensonge » !", écrit cet internaute dans une publication partagée plus de 7 000 fois depuis le 12 juin. S'appuyant sur une vidéo de quinze minutes, il affirme que lors de "la conférence de presse officielle du Sénat américain", cinq sénateurs ont soutenu, entre autres, que "la version officielle de l'histoire de Corona était un pur mensonge". Des publications similaires ont été partagées plusieurs milliers de fois sur Facebook en Belgique et au Canada, ainsi que sur Twitter et sur Instagram. Un autre internaute résume ainsi cette conférence de presse : "L'établissement Corona Narrative est un mensonge / Les médias cachent la vérité / Big tech censurée / Big Pharma et l'OMS seront tenus pour responsables / HCQ/Ivermerctine efficace contre le Covid et a été retenu / La Chine est coupable". D'autres publications se contentent d'affirmer que "le sénat américain" a "détruit le narratif officiel" sur le Covid-19. Des publications similaires ont été vérifiées par l'AFP en allemand.

Capture d'écran faite le 21/06/2021 sur FacebookCette vidéo est tirée d'une conférence de presse de cinq sénateurs républicains (sur cinquante républicains au Sénat) qui critiquent la façon dont les médias et les autorités sanitaires ont traité le sujet de l'origine du coronavirus. Mais aucun ne qualifie le coronavirus de "mensonge" ou ne remet en question son existence. Quatre d'entre eux ont même recommandé la vaccination contre le Covid-19. Par ailleurs, ces sénateurs ne représentent pas le Sénat et s'expriment uniquement en leur nom : il est donc faux d'écrire que "le Sénat américain" a remis en question "le narratif officiel" autour du Covid-19.

Certains internautes partagent un extrait montrant l'intervention du sénateur Rob Johnson, dans laquelle il défend l'ivermectine, un médicament anti-parasitaire testé comme un potentiel traitement contre le Covid-19, et dont l'efficacité n'a pas été démontrée à ce jour, comme l'a expliqué l'AFP à plusieurs reprises.

Ce que les sénateurs ont dit Cette conférence de presse s'est tenue à Washington le 10 juin 2021 à l'initiative de la sénatrice du Tennessee Marsha Blackburn, qui l'a partagée sur sa chaine Youtube et sur son site. Les intervenants sont le sénateur du Kansas Roger Marshall, le sénateur de l'Indiana Mike Braun, du Wisconsin Ron Johnson et le sénateur du Mississippi Roger Wicker. Cette conférence de presse a été relayée par les médias Forbes et Fox News.

Depuis le début de la pandémie, de nombreuses hypothèses autour de l'origine du coronavirus ont fleuri sur les réseaux sociaux et dans le débat public, comme l'a expliqué l'AFP dans un précédent article. L'enquête de début 2021 des experts de l'OMS et scientifiques chinois avaient jugé, dans ses conclusions publiées en mars, "extrêmement improbable" un accident de laboratoire. Mais le patron de l'OMS lui-même, Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait ensuite réclamé une nouvelle enquête sur cette hypothèse et affirmé que les experts internationaux lui "avaient fait part de leurs difficultés à accéder aux données brutes" pendant leur séjour en Chine, alimentant encore la suspicion.

Le sujet avait été relancé mi-mai, avec la publication par une quinzaine d'experts d'une tribune dans la prestigieuse revue Science. Début juin, des interprétations erronées des e-mails du virologue américain et conseiller à la Maison-Blanche Anthony Fauci, vérifiés par l'AFP, ont ajouté à la confusion.

Les sénateurs de cette vidéo sont partie prenante de ce débat. Marsha Blackburn a accusé à plusieurs reprises la Chine d'avoir menti sur l'origine du coronavirus et d'avoir détruit des preuves. Au cours de cette conférence de presse, Roger Marshall parle de "dissimulation de la fuite du laboratoire de Wuhan", tandis que Rob Jonhson déclare que "les preuves sur la théorie potentielle d'une fuite de laboratoire ont été cachées depuis des mois".

Les cinq sénateurs critiquent également les restrictions imposées par les géants des réseaux sociaux, en particulier Facebook, Youtube et Twitter, sur les contenus qu'ils censurent car jugés contraires à leurs règles. Les grandes plateformes "décident de ce qui est une information, quelles informations le public va recevoir, quelles informations vont être bloquées", déclare Roger Wicker. Facebook a en effet commencé par supprimer les publications affirmant que le Covid-19 a été crée par l'homme, avant de changer sa politique fin mai, "à la lumière des investigations actuelles sur les origines du Covid-19".

Les sénateurs ne contestent pas l'existence du Covid-19 et recommandent la vaccinationBien qu'ils accusent les réseaux sociaux et les autorités d'avoir caché des informations sur l'origine du coronavirus, aucun de ces cinq sénateurs ne remet en cause l'existence du Sars-Cov-2. Quatre d'entre eux ont d'ailleurs appelé la population à respecter les mesures sanitaires et à se faire vacciner contre le Covid-19.

Ainsi, dans une vidéo du 24 mars 2021, Marsha Blackburn déclare : "Assurez-vous de vous laver les mains, d'utiliser du gel désinfectant, portez votre masque et prenez le temps de faire ce que j'ai fait : prenez un rendez-vous et faites vous vacciner". Roger Marshall a appelé la population à se faire vacciner fin avril, et Mike Braun l'a recommandé au début du même mois. En mars, Roger Wicker écrivait : "nos vaccins s'avèrent être un extraordinaire succès". Ron Johnson est davantage critique et est allé jusqu'à faire des déclarations erronées sur les vaccins. Mais il ne remet pas en cause non plus l'existence du Covid-19 et son cabinet a confirmé qu'il avait été lui-même infecté en octobre 2020.

La présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, Nancy Pelosi et le chef des Républicains à la Chambre Kevin McCarthy observent un moment de silence avec les dirigeants du Congrès pour honorer les 600 000 vies américaines perdues à cause du Covid-19 au Capitole à Washington, DC, le 14 juin 2021. ( AFP / ANDREW CABALLERO-REYNOLDS)Ces sénateurs ne représentent pas le Sénat américain Le Sénat est l'une des deux assemblées législatives qui constituent le Congrès américain. Chaque Etat est représenté par deux sénateurs, élus au suffrage universel direct. Le Sénat participe au processus législatif avec la Chambre des représentants et exerce d'importantes fonctions de contrôle vis-à-vis du président.

Les deux principales formations politiques des Etats-Unis, les républicains et les démocrates, désignent un porte-parole pour représenter leur parti au sein du Sénat. En janvier 2021, les démocrates ont remporté la majorité au Sénat et sont depuis "leader" de la majorité. Actuellement, Chuck Schumer est le porte-parole des démocrates et Mitch McConnell celui des républicains.

Lors de cette conférence de presse, les cinq sénateurs ne parlent pas au nom du Sénat mais expriment leur propre opinion, que ne partagent pas nécessairement les autres membres.

"Les députés du parti démocrate ne croient pas que le Covid-19, qui a tué près de 600 000 américains, soit un mensonge. Il serait faux de dire que le Sénat a déclaré ceci", a déclaré le chef de la majorité Chuck Schumer, contacté par l'AFP le 14 juin 2021. Egalement contacté, le cabinet du porte-parole des républicains Mitch McConnell n'avait pas répondu au moment de la publication de cet article.

Aucune preuve de l'efficacité de l'ivermectine contre le Covid-19Au cours de son intervention, le sénateur Rob Johnson accusent les autorités et les médias d'avoir "censuré" des médicaments génériques efficaces contre le covid et déclare "il y a de plus en plus de preuves, elles ne sont pas relayées par les médias, le Mexique a beaucoup de succès avec l'ivermectine, certaines provinces en Inde connaissent un grand succès avec l'ivermectine" (8'45).

L'AFP a expliqué à plusieurs reprises (ici et ici par exemple) que malgré plusieurs études l'ivermectine, un traitement anti-parasitaire, n'a à ce jour pas démontré assez de preuve de son efficacité pour prévenir ou guérir le Covid-19. En mars 2021, l'Agence européenne des médicaments avait déconseillé son utilisation, déclarant que "les données disponibles ne soutiennent pas son utilisation pour le Covid-19 en dehors d’essais cliniques". Fin mars, l'OMS avait émis la même recommandation, jugeant que les données selon lesquelles l'ivermectine permettrait de réduire la mortalité et la nécessité d'une hospitalisation pour les personnes infectées par le covid étaient "très peu fiables".

Par ailleurs l'Inde, citée par Rob Jonhson comme un exemple, a retiré début juin l'ivermectine de la liste des traitements contre le Covid-19.

Début avril, une demande d'autorisation temporaire pour utiliser l'ivermectine pour traiter ou prévenir le Covid-19 en France a été rejetée par l'Agence française du médicament (ANSM).

Au 22 juin 2021, le Covid-19 avait fait 602 000 morts aux Etats-Unis.

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