La photo d'une femme politique américaine arrêtée n'est pas liée aux activités d'un gang haïtien

La photo d'une femme politique américaine arrêtée n'est pas liée aux activités d'un gang haïtien

publié le vendredi 19 novembre 2021 à 07h16

Une employée du consulat dominicain à Miami a-t-elle été arrêtée pour connivence avec le gang haïtien "400 mawozo" ? C'est ce que prétendent des publications sur Facebook, photo à l'appui. C'est faux, répond l'ambassade. La photo partagée par les utilisateurs n'a également aucun lien avec une histoire de gang et a déjà circulé de manière trompeuse sur le réseau social par le passé. "Source digne de foi: Une Dominicaine travaillant au Consulat de la République Dominicaine à Miami a été arrêtée à Miami: Expédition d’armes et de munitions à 400 Mawozo", assure un poste Facebook, publié le 7 novembre 2021 et qui circule en Haïti, associant l'histoire à la photo d'une femme semblant être arrêtée par un policier.

Capture d'écran Facebook, prise le 16/11/2021D'autres exemples circulent également sur le réseau social, ici et ici.

Mais aucune annonce n'a été faite au sujet d'une telle arrestation et la photo partagée n'a pas de rapport avec les violences commises par les gangs en Haïti, qui contrôlent une partie du territoire. 

Contactée par l'AFP, l'ambassade de République dominicaine à Washington a confirmé le 16 novembre par email "qu'aucun membre du consulat dominicain à Miami n'a été arrêté."

"Nous sommes au courant des histoires qui circulent en ligne mais celles-ci n'ont en fait aucun lien avec le consulat ou le services des affaires étrangères dominicaines", a ajouté l'ambassade.

La photo, quant à elle, montre l'arrestation de Nikema Williams, une femme politique américaine, démocrate, membre de la Chambre des Représentants aux Etats-Unis, pour l'Etat de Géorgie.

Une recherche d'image inversée sur Google a permis à l'AFP de retrouver l'image d'origine et son contexte. Il s'agit d'une photo prise par John Bazemore, un photographe de l'Associated Press (AP), le 13 novembre 2018 au Capitole de Géorgie, dans la ville d'Atlanta.

Mme Williams, à l'époque élue au sénat de Georgie, avait été arrêtée par la police du Capitole lors d'une manifestation au moment des élections de mi-mandat américaines de 2018.

L'Atlanta Journal-Constitution (AJC) avait couvert les circonstances de l'arrestation et le suivi de l'affaire, ici et ici.

D'après le journal local, un groupe de manifestants, dont Mme Williams faisait partie, s'était réuni le 13 novembre suivant l'élection pour demander le compte de tous les bulletins de vote avant de proclamer la victoire du candidat républicain Brian Kemp contre sa rivale démocrate Stacey Abrams -- qui espérait devenir la première gouverneure noire des Etats-Unis.

Haïti est classé comme zone rouge par les États-Unis qui déconseillent à leurs ressortissants de s'y rendre, notamment en raison des nombreux enlèvements dont "les victimes incluent régulièrement des citoyens américains". Les gangs ont commis plus de 782 enlèvements contre rançon depuis le début de l'année, selon un rapport du Centre d'analyse et de recherches en droits humains, publié à la mi-octobre 2021.

Seize citoyens américains et un citoyen canadien ont été enlevés le 16 octobre à l’est de Port-au-Prince, alors qu'ils venaient de visiter un orphelinat au cœur de la zone sous l'emprise de "400 mawozo", un des principaux gangs d'Haïti.

Trois arrestations ont récemment eu lieu en Floride en lien avec le gang "400 mawozo", selon les médias locaux. Une Américaine et deux ressortissants haïtiens sont accusés de contrebande d'armes à feu, envoyées du sud de l'Etat vers Haïti. Mais le dossier n'implique pas de ressortissants dominicains. 

Les membres du gang qui tiennent en otage les 17 ressortissants nord-américains en Haïti ont réclamé un million de dollars par personne gardée captive, selon les informations recueillies par l'AFP. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le chef de cette bande armée a menacé d'exécuter les otages.

L'assassinat, le 7 juillet, du président Jovenel Moïse par un commando armé dans sa résidence privée, a plongé encore davantage Haïti dans la violence et l'instabilité.

Des fausses rumeurs, qui avaient circulé suite à la mort du président, avaient été vérifiées par l'AFP en anglais, ici, ici et ici.

Même photo, histoire différenteComme l’avait montré l’AFP dans cette vérification, la même photo sortie de son contexte avait déjà circulé en octobre 2021 sur Facebook dans plusieurs pays.

Les publications présentaient une photo identique, cette fois associée à une histoire d'homicide et sans rapport avec la scène politique américaine.

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