Jean Castex à l'isolement : pourquoi cela ne prouve pas que le vaccin "ne sert à rien"

Jean Castex à l'isolement : pourquoi cela ne prouve pas que le vaccin "ne sert à rien"

publié le jeudi 10 juin 2021 à 13h12

"À QUOI servent les vaccins ???" : l'annonce mercredi 9 juin que Jean Castex, cas contact de son épouse testée positive au Covid-19, allait se placer à l'isolement durant sept jours, a fait réagir de nombreux internautes, certains y voyant la preuve de l'inutilité des vaccins. Pour autant, l'isolement du Premier ministre – qui n'a reçu qu'une seule dose du vaccin AstraZeneca, et n'a pas à ce stade été déclaré positif au Covid – ne veut pas dire que les vaccins ne sont pas efficaces, et ne fait que témoigner de la prudence des autorités sanitaires face à un virus qui continue de tuer.

"Jean #Castex, déclaré cas contact, est placé à l'isolement pendant sept jours. Pourtant il a été vacciné ! Alors à QUOI servent les #vaccins ???", s'interroge sur Twitter l'économiste Philippe Herlin. 

Capture d'écran Twitter prise le 10/06/2021

Capture d'écran Twitter prise le 10/06/2021

 

"???? Je croyais qu'il était vacciné??? Comment comprendre quoique ce soit à ce que l'on nous raconte???", réagit une autre internaute. "Donc le vaccin ne sert à rien !", peut-on également lire sur un visuel très partagé.

Capture d'écran Twitter prise le 10/06/2021

Capture d'écran Twitter prise le 10/06/2021

 

Ces messages sont toutefois doublement trompeurs.

Aucun fabricant ni aucune autorité sanitaire n'ont affirmé que les vaccins contre le Covid-19 étaient efficaces à 100% – d'autant que le Premier ministre n'a reçu qu'une seule dose du vaccin AstraZeneca (il doit recevoir, sous réserve de ne pas avoir contracté le Covid, sa seconde dose dans les jours à venir, un délai de douze semaines étant recommandé entre les deux doses).

"Le Premier ministre, qui avait reçu sa première injection de vaccin AstraZeneca le 19 mars, a été testé négatif ce soir", ont précisé à l'AFP les services du Premier ministre mercredi 9 juin, alors que le nombre de malades du Covid-19 hospitalisés en France est passé sous les 14.000, soit moitié moins que mi-avril.

"Néanmoins, en qualité de cas contact, il se place à l'isolement durant sept jours, conformément aux règles sanitaires", ont ajouté les services du Premier ministre.

Quelle efficacité pour le vaccin AstraZeneca ?

"L'efficacité initiale estimée de deux doses standards de vaccin AstraZeneca chez les sujets séronégatifs était de 63 %", écrivait l'OMS fin mars, précisant que les résultats préliminaires d'un essai clinique mené auprès de 32.449 participants aux États-Unis, au Pérou et au Chili "ont montré que le vaccin AstraZeneca affichait une efficacité de 76% dans la prévention de la COVID-19 symptomatique et une efficacité de 100% dans la prévention des formes graves de la maladie et des hospitalisations".

"Comme pour les autres vaccins contre la COVID-19, l'efficacité du vaccin AstraZeneca augmente en fonction de la gravité de la maladie. Dans l'essai clinique, aucun cas de maladie grave nécessitant une hospitalisation n'a été observé 14 jours ou plus après la deuxième dose, contre cinq cas dans le groupe témoin. Ces résultats sont similaires à ceux que l'on obtient pour les autres vaccins", ajoutait l'OMS.

Une étude de chercheurs de l'Institut Pasteur, dont les résultats ont été communiqués fin mai, montre toutefois qu'une seule dose* du vaccin  AstraZeneca, "qui est efficace contre le variant anglais, est très peu actif contre les variants indien et sud-africain".

Une étude de Public Health England (PHE) menée entre le 5 avril et le 16 mai a elle montré que le sérum d'AstraZeneca est efficace – avec deux doses – à 60% contre le variant indien, contre 66% contre le variant anglais, actuellement ultradominant en France.

POURQUOI S'ISOLER MALGRÉ LA VACCINATION ?

L'isolement des cas contacts continue de concerner en France les personnes primo-vaccinées ou entièrement vaccinées. "Même vacciné·e, en cas de contact à risque avec une personne positive à la Covid, vous êtes considéré·e comme étant « cas contact » : il faut vous faire tester et vous isoler immédiatement", rappelle le ministère de la Santé sur son site.

La vaccination ne fait donc pas office de passe-droit : en plus d'être soumises aux mêmes mesures d'isolement que les non-, les personnes vaccinées doivent également continuer de porter le masque là où c'est obligatoire.

"En l'absence de données consolidées et donc de +risque zéro+, il est impératif de poursuivre, à ce stade et par mesure de précaution, le contact tracing (et donc l'isolement des cas contact)", expliquait début mai à LCI la Direction générale de la santé (DGS) au sujet des personnes vaccinées.

Interrogé fin mai par l'AFP, le directeur Europe de l'OMS, Hans Kluge, s'inquiétait "que les gens baissent la garde et deviennent déraisonnables, et pensent que parce qu'ils ont reçu la première ou même la deuxième dose de vaccin, la pandémie est terminée".

"Il faut donner le carton rouge au Covid-19, ne lui accordons pas de temps additionnel, soyons prudents", ajoutait-il.

Un homme soulève une haltère dans une salle de sports à Caen, le 9 juin 2021 (AFP / Sameer Al-doumy)

Cette prudence n'est toutefois pas la preuve de l'inefficacité des vaccins.

"Les vaccins participent au stoppage de la transmission, les personnes vaccinées rentrent beaucoup moins dans les chaînes de transmission", affirmait début avril à l'AFP Bruno Lina, professeur de virologie et membre du conseil scientifique.

"Il n'y a pas d'efficacité vaccinale de 100% mais les échecs vaccinaux [les personnes contractant le Covid malgré la vaccination] et c'est ce que l'on documente un peu partout  sont associés à des formes cliniques très modérées. La quantité de virus présente chez une personne vaccinée [ayant contracté le Covid] par rapport à une personne non vaccinée est 16 fois moins importante, donc c'est pour ça aussi que la transmission se fait moins à partir des vaccinés", soulignait-il.

"Il y a une réduction du nombre de personnes qui, grâce aux vaccins, font des formes graves et chez les personnes contaminées [malgré la vaccination], la quantité de matériel viral est plus faible", d'où un risque réduit de transmettre l'infectionexpliquait lui aussi à l'AFP le Pr Olivier Schwartz, responsable de l'unité Virus et immunité à l'Institut Pasteur.

Une étude du gouvernement américain publiée fin mai a confirmé la très grande efficacité des vaccins : environ 0,01% des 101 millions de personnes entièrement vaccinées aux Etats-Unis entre le 1er janvier et le 30 avril ont été infectées deux semaines ou plus après l'injection de la deuxième dose ou de l'unique dose des vaccins autorisés.

Les Centres américains de lutte et de prévention des maladies (CDC) ont toutefois souligné que le nombre d'infections après vaccination est certainement plus élevé, les cas asymptomatiques n'étant le plus souvent pas diagnostiqués.

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