"Je m'appelle Claire et je suis infirmière" : attention à cette vidéo qui contient plusieurs inexactitudes sur la vaccination

"Je m'appelle Claire et je suis infirmière" : attention à cette vidéo qui contient plusieurs inexactitudes sur la vaccination

publié le lundi 19 juillet 2021 à 17h47

Dans une vidéo vue au moins 1 million de fois sur les réseaux sociaux depuis le 14 juillet, une femme qui se présente comme "Claire, infirmière" affirme notamment que les vaccins anti-Covid-19 "ne sont pas des vaccins" mais "de la thérapie génique", une affirmation trompeuse déjà infirmée par de nombreux scientifiques. Un traitement par thérapie génique consiste à réparer un gène qui cause une maladie, ce qui n'est pas le cas des vaccins, même des vaccins à ARN messager. Décryptage des principales approximations et erreurs contenues dans cette vidéo.La jeune femme se filme avec un portable : elle ne donne ni date ni lieu ni autre identification que "je m'appelle Claire et je suis infirmière". Elle indique qu'elle vient de s'inscrire sur la plateforme Telegram.

On retrouve en effet cette vidéo de 7'06 sur cette chaîne Telegram (date de création indiquée au 15 juillet) sous le pseudo "Kler éclaire". Elle présente sa chaîne comme des "Videos de moi qui est 11 ans de pratique infirmière et 15 ans de medical voir plus aujourd’hui je veux que le peuple soit informé de se qui se passe a vos partage c’est cadeau..."

On trouve aussi cette vidéo postée le 14 juillet sur son compte Facebook, sous le nom "Kler Ooy".

Peu partagée sur le compte Facebook d'origine, elle a été en revanche été très massivement partagée sur Facebook via d'autres comptes, comme cette publication du 15 juillet (67.000 partages et plus de 577.000 vues), mais aussi là (69.000 partages, 506.000 vues depuis le 14 juillet au soir).

On le retrouve sur TikTok ici par exemple, sur VK, le Facebook russe ici (près de 10.000 vues depuis le 15 juillet).

A travers plusieurs arguments infondés, elle cherche à démontrer que les vaccins sont dangereux. En fin de vidéo, elle affirme qu'"on nous oblige, nous, soignants, à tuer les gens, en leur injectant cette 'merde' dans les veines".

Elle ne cite pas explicitement les vaccins à ARN messager mais nomme, au cours de son exposé, le laboratoire Pfizer, qui a mis sur le marché un vaccin anti-Covid à ARN messager. L'argument de la "thérapie génique" est fréquemment utilisé pour discréditer en particulier les vaccins à ARN messager. L'AFP Factuel a déjà vérifié cette affirmation ici ou là.

Capture d'écran de Facebook, faite le 19 juillet 2021

Les vaccins anti-Covid sont bien des vaccinsAu début de la vidéo, "Claire" prétend rappeler les bases de la vaccination et ainsi démontrer que le vaccin anti-Covid "n'est pas un vaccin" mais de la "thérapie génique". "Là, on nous injecte de l’ADN qui vient d’on ne sait pas où, animal ou autre, on sait pas, ça s’appelle de la thérapie génique”, dit-elle aussi.

Toutefois, comme nous allons le voir, les vaccins à ARN messager sont bien des vaccins et ils n'injectent pas de l'ADN mais, comme leur nom l'indique, de l'ARN messager.

"Le principe d’un vaccin, c’est d’injecter à une personne une quantité de virus infime, actif ou inactif, afin de stimuler ses défenses immunitaires", dit-elle, en ajoutant : "on donne un petit coup de pouce au corps pour qu’il se défende tout seul, chose qu'on pourrait très bien faire sans vaccin", une entrée en matière approximative.

Le principe traditionnel de la vaccination préventive, en effet, "consiste à administrer à un individu en bonne santé une forme atténuée ou inactivée d’un agent infectieux (ou certains de ses composants). L’objectif est de déclencher une réaction immunitaire permettant d’éviter une contamination ultérieure", comme le rappelle l'Inserm ici sur son site internet, une notice qui date de 2015.

Le site internet de l'Assurance Maladie l'explique également ici.

En revanche, l'affirmation selon laquelle la stimulation du système immunitaire pour protéger contre une maladie pourrait se faire "sans vaccin" est erronée : c'est précisément parce que l'organisme - y compris quand on est en bonne santé - ne parvient pas à lui tout seul à vaincre certains microbes que les vaccins ont été inventés.

Comme expliqué sur ce site des autorités québécoises, "une saine alimentation, l’allaitement ou l’homéopathie ne peuvent pas remplacer la vaccination".

Grâce au vaccin, l'organisme est préparé à reconnaître et combattre immédiatement l'agent pathogène avant que celui-ci ne rende le vacciné malade. Tel un vigile à l'entrée d'une boîte de nuit, le système immunitaire est en quelque sorte muni de la photo du suspect et peut l'arrêter sur le champ avec un système immunitaire fin prêt et non être pris par surprise.

L'auteure de la vidéo poursuit son argumentaire : "il n'y a pas de coronavirus dans cette substance", preuve selon elle que le vaccin anti-Covid à n'est pas un vaccin car il ne correspond pas à la définition qu'elle vient de donner.

Il est exact que les vaccins à ARN messager ne contiennent pas de Sars-Cov-2, le nom officiel du virus qui cause la maladie Covid-19.

Ils fonctionnent en effet selon un autre principe vaccinal : ils injectent dans la cellule du patient de l'ARN messager, une molécule qui va ordonner à l'organisme de fabriquer la protéine S ("spike") du virus. La cellule va alors produire cette protéine spécifique, de façon localisée et transitoire, dans le but de susciter une réaction immunitaire à la vue de ces protéines, qui agissent comme des "leurres".

Ainsi préparé, le corps pourra combattre immédiatement et efficacement le Sars-CoV-2 s'il venait à contaminer l'organisme.

Mais même si la technique est différente (et bien plus récente que les vaccins traditionnels à virus atténué ou inactivé) et qu'il n'y a pas de pathogène injecté, on retrouve bien le principe de la vaccination préventive : l'organisme est entraîné à reconnaître tout ou partie d'un pathogène rendu inoffensif. Seule diffère la façon de déclencher cette réponse immunitaire.

La thérapie génique, elle, ne fonctionne pas de la même façon et n'a pas la même fonction. Comme l'indique la Société Française de Thérapie Cellulaire et Génique (SFTCG) , "les vaccins contre les maladies infectieuses ne sont pas compris dans les médicaments de thérapie génique".

La thérapie génique sert à "réparer" ou "compenser" un gène responsable d'une maladie alors qu'un vaccin à ARN messager a pour fonction de susciter la fabrication d'une protéine virale. Il consiste à introduire du matériel génétique dans des cellules pour soigner une maladie, explique aussi l'Inserm.

Comme expliqué ici, les thérapies géniques sont volontairement conçues pour apporter une modification génomique spécifique. L'Inserm en explique le principe sur son site internet.

"Adressée directement aux ribosomes (molécules qui servent à fabriquer les protéines en décodant l'ARN messager, NDLR), sans passer par le noyau des cellules, cette molécule ne peut en aucun cas interagir avec notre génome ni conduire à son altération : rien à voir avec une thérapie génique ou la création d’un OGM ! ", souligne aussi l'Inserm.

L'idée anxiogène et trompeuse d'un "traitement qui est expérimental"Comme de nombreuses autres publications diffusant des infox anti-vaccins, la vidéo de "Claire" relaie l'idée du vaccin comme d'un "traitement qui est expérimental", un terme volontairement anxiogène.

Et trompeur, comme expliqué notamment dans cet article de l'AFP Factuel du 6 juillet 2021.

Clairement destinée à inquiéter, cette idée sous-entend que les vaccins auraient été lancés sans essais cliniques, sans contrôle, ce qui n'est pas le cas.

Fioles de vaccin Moderna au Bangladesh en juillet 2021 ( AFP / MUNIR UZ ZAMAN)Les vaccins contre le Covid-19 autorisés en France ont tous suivi les étapes imposées à chaque traitement avant une mise sur le marché européen et hexagonal : une première phase pour évaluer l'éventuelle nocivité du produit, une deuxième pour le tester sur un nombre limité de malades et une troisième pour juger de l'intérêt thérapeutique auprès d'un échantillon plus étendu.

Les résultats de la phase 3 des essais cliniques, qui se déroule sur des milliers de volontaires ont été communiqués (par exemple ici pour Moderna et ici pour Pfizer en décembre) mais peuvent être mis à jour et complétés ensuite, aux termes de l'autorisation de mise sur le marché (AMM) conditionnelle accordée à ces vaccins.

Une AMM conditionnelle permet aux développeurs du vaccin de soumettre des données supplémentaires (études nouvelles ou en cours) après le feu vert des autorités, contrairement à une AMM classique où la totalité des données doit être préalablement soumise.

Dans le cadre de cette procédure , qui a permis d'accélérer considérablement la mise à disposition des vaccins contre le Covid, l'Agence européenne des médicaments (AEM) a accordé des autorisations pour un an, renouvelables.

"L'AMM conditionnelle rassemble tous les verrous de contrôles d’une autorisation de mise sur le marché standard pour garantir un niveau élevé de sécurité pour les patients", précise l'Agence nationale du médicament (ANSM) sur son site.

En délivrant une AMM conditionnelle, l'AEM estime que la balance "bénéfice-risque" est respectée, c'est-à-dire que la protection offerte globalement contre le Covid-19 est beaucoup plus importante que les potentiels effets secondaires ou risques induits par le vaccin.

L'AEM souligne ainsi que les vaccins contre le Covid-19 ne peuvent être autorisés en Europe que s'ils "satisfont à toutes les exigences de qualité, de sécurité et d'efficacité définies dans la législation pharmaceutique de l'Union européenne".

Ils sont en outre surveillés comme le lait sur le feu dans le monde entier et font comme tout produit médical, l'objet d'une phase de pharmacovigilance pour suivre les effets secondaires des vaccins aussi bien en France, par l'ANSM, qu'à l'échelle européenne, par l'AEM.

Si la plupart des effets secondaires sont bénins (douleurs au point d'injection, fièvre...), récemment, de très rares affections plus graves ont été associées à l'AstraZeneca (thromboses, comme nous l'expliquions ici), aux vaccins à ARN messager (péricardite, myocardite) ou au Johnson & Johnson/Janssen (syndrome de Guillain-Barré).

Le siège de l'AEM en juin 2021 à Amsterdam ( AFP / FRANCOIS WALSCHAERTS)Ces effets potentiels restent pour autant extrêmement rares au regard du nombre de doses injectées (l'AFP Factuel a détaillé ces chiffres ici le 16 juillet 2021), l'Agence Européenne du Médicament (AEM) continue donc de conclure, dans un avis du 9 juillet (en anglais), que "les bénéfices de tous les vaccins Covid-19 autorisés continuent de dépasser leurs risques, étant donné le risque de la maladie du Covid-19 et les complications qui lui sont associées et le fait que des éléments scientifiques montrent qu'ils réduisent les décès et les hospitalisations dues au Covid-19".

Mercure etc, un classique de l'infox anti-vaccin"Il y a du mercure, y a tout un tas de merdes dedans", dit "Claire" dans sa vidéo, reprenant un leitmotiv anti-vaccinal sans apporter la preuve de ce qu'elle avance.

L'AFP Factuel avait par exemple expliqué dans cet article de février 2020 que le vaccin contre la grippe ne contenait pas des quantités de mercure dangereuses pour la santé.

Beaucoup d'internautes confondaient en effet le mercure liquide toxique, auparavant utilisé dans les thermomètres ou les piles, et son dérivé le thiomersal, qui peut servir à conserver certains vaccins et dont le dosage ne présente pas de risque pour la santé, comme l'avaient expliqué plusieurs spécialistes.

Outre le mercure, les vaccins sont accusés de contenir diverses substances dangereuses, comme expliqué en mai 2020 dans cet article de l'AFP Factuel.

Quoiqu'il en soit, mercure ou thiomersal (ou thimerosal en anglais) ne font pas partie des ingrédients du vaccin de Pfizer.

Ses ingrédients sont disponibles ici sur le site de l'AEM.

Cet article de la Technology Review, revue du prestigieux MIT américain, décrypte pour le grand public ce que contient le vaccin de Pfizer : de l'ARN messager, des lipides (du gras) pour le transporter dans des nano-capsules, des sels pour contrôler l'acidité, du sucre pour protéger les nanoparticules lipidiques pendant la congélation et enfin une solution saline pour pouvoir l'injecter.

Capture d'écran du site de Technology Review, faite le 20 juillet 2021Des experts ont également expliqué ici à l'AFP Factuel qu'il n'y avait aucune preuve de la présence d'oxyde de graphène dans le vaccin Pfizer - ni dans aucun vaccin disponible sur le marché en Europe aujourd'hui.

Nous sommes bien en pandémie"Claire" reprend aussi une fausse allégation récurrente depuis l'apparition du Sars-Cov-2, selon laquelle sa gravité est exagérée et qu'il n'est pas plus dangereux qu'une grippe, allégation plusieurs fois démontée par des scientifiques dans plusieurs articles de l'AFP Factuel.

Elle évoque avec ironie dans sa vidéo "un virus qui soi-disant est une pandémie, non une épidémie, on ne sait plus en fait".

Comme expliqué dans cet article du 11 juin 2021 de l'AFP Factuel, l'épidémie de coronavirus est bien réelle et elle est même bien une "pandémie", selon les critères des autorités sanitaires et des médecins. La définition d'une épidémie, multiplication de nombre de cas d'une maladie infectieuse dans un temps et un lieu donnés, est disponible ici sur le site de l'Encyclopaedia Universalis.

Le 11 mars 2020, l'OMS a annoncé que l'épidémie de coronavirus est devenue "une pandémie", c'est-à-dire une épidémie qui touche plusieurs continents, voire le monde entier selon la définition du Larousse médical.

Contrairement à ce que dit cette vidéo ("il n'y a aucun problème sanitaire") , cette pandémie n'est pas un sujet uniquement médiatique ou politique. Elle a touché en premier lieu les hôpitaux et les médecins, qui, lors des pics de contaminations, doivent faire face à un afflux rapide et massif de patients infectés, comme expliqué abondamment depuis des mois par les soignants du monde entier, les scientifiques, des malades ou leurs proches, la presse, les autorités politiques ou sanitaires...

La pandémie a fait au moins 4.100.352 morts dans le monde depuis fin décembre 2019, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles le 21 juillet à 10H00 GMT.

Enterrement d'une victime du Covid en Indonésie en juillet 2021 ( AFP / REZAS)Les labos ne sont pas exempts de toute responsabilité"Les laboratoires ont fait des dossiers comme ça pour se protéger de toute conséquence" des vaccins, est-il encore affirmé dans la vidéo.

L'AFP Factuel a consacré plusieurs articles à diverses allégations similaires, dont celui-ci le 8 juillet 2021. Même si les responsabilités des fabricants ont été limitées, elles n'ont pas été supprimées.

Comme l'ont expliqué plusieurs avocates à l'AFP, les contrats européens passés avec les fabricants du vaccin prévoient que les laboratoires peuvent être poursuivis, mais que les indemnisations versées soient remboursées par les Etats, sauf dans certains cas.

Concrètement : une personne vaccinée, si elle souffre d'effets secondaires graves et qu'elle peut prouver le lien de causalité avec le vaccin, peut se tourner vers l'organisme national chargé des indemnisations.

Celui-ci lui verse une réparation en quelques mois, puis se tourne vers le laboratoire pour obtenir un remboursement de l'indemnité. Suivant ce qui a été décidé dans les contrats européens, le laboratoire peut alors demander à l'Etat de régler cette indemnité.

Exception : s'il est possible de prouver que le laboratoire connaissait l'existence de l'effet indésirable et a omis de le mentionner sur l'étiquette des vaccins, le laboratoire sera responsable et devra s'acquitter seul de la réparation.

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