"Hold-up" : les fausses informations sur le port du masque

"Hold-up" : les fausses informations sur le port du masque
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, publié le vendredi 13 novembre 2020 à 14h12

"Dangereux pour la santé", "nids à microbes"... les intervenants de la production audiovisuelle "Hold-up" multiplient les fausses informations sur les masques de protection, objets de polémique depuis le revirement en mars des autorités sanitaires françaises quant à leur utilité pour lutter contre l'épidémie de Covid-19.

En France, le port d'un masque grand public n'était pas conseillé par le gouvernement au début de l'épidémie (1,2,3). Pendant plusieurs semaines, les autorités ont insisté sur la nécessité de réserver les masques chirurgicaux aux professionnels de santé.

Mais alors que l'épidémie de Covid-19 a gagné du terrain,  le discours a évolué et, au fil des mois, le port du masque en tissu, dit "grand public", a été généralisé à toute la population. Une volte-face à l'origine de nombreuses critiques, voire des accusations de mensonges.

Cette confusion a participé à la prolifération sur les réseaux sociaux de théories infondées sur les méfaits supposés du masque pour la santé.

Un argumentaire varié, démonté à plusieurs reprises par des scientifiques interrogés par l'AFP depuis mars, que l'on retrouve dans les premières minutes de la production audiovisuelle "Hold-up".

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ne recommande pas le port du masque pour la population ? (à 5m38s). Faux

"La France n'applique pas les recommandations de l'OMS. L'OMS ne dit pas que tout le monde doit mettre un masque", affirme Astrid Stuckelberger, présentée comme une docteure en médecine et professeure universitaire. C'est faux.

Comme le relève quelques minutes plus tard dans la vidéo Alexandra Henrion-Caude, généticienne et ancienne directrice de recherche à l'Inserm, l'OMS a publié à plusieurs reprises cette année (1,2,3) des "recommandations provisoires" relatives au port du masque, qui se sont étoffées avec la connaissance des modes de transmission du virus.

Et à partir de la note de juin, elle a suggéré "d'encourager le port du masque par le grand public dans des situations et lieux particuliers, dans le cadre d'une approche globale de lutte contre la transmission du SARS-CoV-2".

Une recommandation suivie d'effets en France qui, le 20 juillet 2020, a imposé à "toute personne de 11 ans et plus de porter un masque grand public dans les lieux publics clos, en complément de l'application des gestes barrières", sous peine d'amende.

Les boîtes de masques précisent qu'ils sont inutiles contre l'épidémie (à 14m). Trompeur

"Les masques chirurgicaux, c'est pas très protecteur, c'est même marqué sur la boîte", assure Claude Veres, dermatologue à Paris, après avoir montré plusieurs photos de visages rougis de plaques, liées selon elle au port du masque.

"Ce produit n'élimine pas le risque de contracter des maladies virales ou infectieuses", peut-on lire sur l'étiquette de la boîte montrée par Mme Veres.

Mais ces masques permettent toutefois bien de limiter la propagation du nouveau coronavirus, affirment des experts interrogés par l'AFP, surtout en protégeant les autres de nos propres postillons.

Les masques de type chirurgical qui répondent à des normes spécifiques, sont destinés à "éviter lors de l'expiration de celui qui le porte, la projection de sécrétions des voies aériennes supérieures ou de salive pouvant contenir des agents infectieux transmissibles", écrit le ministère de la Santé.

"C'est un point important: beaucoup de gens pensent que porter un masque (grand public, ndlr) les protège de la contamination, alors que cela permet en fait de réduire les sources de transmission", a dit à l'AFP le Pr KK Cheng, spécialiste de santé publique à l'université de Birmingham (Angleterre), dans cette dépêche.

L'OMS comme les autorités sanitaires françaises considèrent le port du masque comme une mesure efficace pour limiter la propagation du virus, en plus de la distance physique et du lavage de mains.

Il est d'autant plus efficace qu'il est massivement porté, car les porteurs se protègent mutuellement les uns les autres.

Le phénomène d'irritation de la peau mis en avant par la dermatologue existe bel et bien, selon plusieurs spécialistes interrogés par le journal Le Monde.

Il peut être causé par une réaction allergique, chez certaines personnes, ou par l'occlusion partielle de l'épiderme sous le masque, selon ces spécialistes.

Pour éviter ces désagréments et conserver l'efficacité du dispositif, l'institut national de la recherche et de sécurité (INRS) suggère de changer son masque chirurgical "dès qu'il devient humide et au moins toutes les 4 heures".

Les masques sont des nids à microbes (à 14m15s). Faux

La dermatologue Claude Veres estime également qu'en étant manipulé, les masques deviennent "des nids à microbes en quelques heures".

"Les infections fongiques [liées aux champignons] graves sont rares", a expliqué Françoise Dromer, responsable de l'unité de Mycologie moléculaire et du Centre national de référence des Mycoses invasives et des antifongiques de l'Institut Pasteur, dans ce fact-check.

"Dans les conditions d'utilisation recommandées, il n'y a aucun moyen que des champignons se développent à l'intérieur d'un masque", a-t-elle assuré.

"Pour qu'un masque moisisse, il faudrait le laisser, par exemple, humide dans une pièce pleine de moisissure, ou dans un compost, pendant des semaines", a-t-elle dit, rappelant qu'un masque doit être changé toutes les 4 heures.

Comme "les humains ont des bactéries normales dans leur bouche et leurs fosses nasales", "quand nous parlons, nous expulsons des gouttelettes de salive".

"Il peut y avoir des champignons ou des bactéries qui restent sur le masque", a aussi expliqué Daniel Pahua, professeur de santé publique à l'Université nationale autonome du Mexique (Unam).

Mais, "la plupart de ces agents ne produisent pas de maladie, parce que ce sont des bactéries que nous avons dans la bouche", a-t-elle ajouté.

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