"Hold-up" : les fausses informations sur l'origine, la nature et la dangerosité du virus

"Hold-up" : les fausses informations sur l'origine, la nature et la dangerosité du virus

, publié le vendredi 13 novembre 2020 à 15h33

Créé et manipulé dans un laboratoire, fabriqué par l'Institut Pasteur il y a des années, moins dangereux avec le temps... Les intervenants de la vidéo "Hold-up" multiplient les fausses informations au sujet de l'origine, la nature et la dangerosité du virus SARS-CoV-2, sur lesquelles de nombreuses théories complotistes circulent depuis le début de la pandémie. 

L'origine, la nature et la dangerosité du virus responsable de la maladie de Covid-19 ont été sujettes à débat à travers le monde dès le début de la pandémie fin 2019.

Au fur et à mesure de leurs recherches, les scientifiques du monde entier ont pu établir certaines certitudes à propos du virus SARS-CoV-2, notamment sur ses modes de transmission ou sa survie sur certaines surfaces.

Pour autant, certaines zones d'ombre demeurent, comme la contagiosité des enfants ou la manière dont le virus s'est transmis de l'animal à l'homme.

Ces incertitudes, propres au caractère inconnu et nouveau du virus, ont fait l'objet de plusieurs dizaines de théories extrêmement virales sur les réseaux sociaux depuis le début de la pandémie.

Nombre de ces affirmations, dont certaines ont déjà été démontées par des spécialistes interrogés par l'AFP depuis début 2020, sont relayées par les auteurs du documentaire "Hold Up".

"On ne peut pas l'empêcher de circuler. Il faut apprendre à cohabiter avec. On ne peut pas exterminer un virus" (26 min). Trompeur

Cette affirmation est en partie erronée. Il est vrai que de nombreux virus, à l'instar de ceux responsables de la grippe, contraignent effectivement les populations à "vivre avec", et les autorités sanitaires doivent renouveler des campagnes de vaccination pour protéger la population des infections. 

Emmanuel Macron a lui aussi évoqué la nécessité de "vivre avec le virus" dans un discours à la Nation.  

Toutefois, il existe un exemple célèbre de maladie contagieuse éradiquée : la variole.

Maladie infectieuse transmissible causée par le virus variolique, et responsable de centaines de millions de morts selon les chiffres de l'OMS, elle a été déclarée officiellement éradiquée par l'organisation internationale, lors d'une cérémonie le 8 mai 1980. 

Une "deuxième vague" est un "scoop, (...) une nouveauté absolue en terme d'épidémie mondiale" (30 min). Faux

Nous ne savons pas à quel moment les entretiens pour "Hold-up" ont été réalisés. Il est possible, voire probable qu'ils l'aient été avant la recrudescence de cas de Covid-19 à l'automne en France.

Mais quoi qu'il en soit, cette affirmation est erronée. 

L'épidémie de grippe espagnole, qui a fait des dizaines de millions de victimes à travers le monde, a elle aussi connu des vagues successives, comme l'expliquent ici les CDCs américains.

La "deuxième vague", qui a été plus meurtrière que la première, est arrivée au courant de l'été 1918.

A l'été 2020, des publications sur Facebook attribuaient d'ailleurs faussement cette létalité plus importante à un "relâchement de la population" à l'époque. Une affirmation trompeuse dont l'AFP vous parlait à l'époque ici. 

Les virus du monde animal captés par l'homme "ont du mal à se transmettre d'homme à homme". (à 1h39) Faux

A plusieurs reprises, le narrateur de ce documentaire affirme que "jusqu'à maintenant les virus venant du monde animal ont du mal à se transmettre d'homme à homme" (1h39). 

En réalité, plusieurs maladies contagieuses peuvent se transmettre de l'animal à l'homme. On les appelle "zoonoses", comme l'explique le SPF Environnement (équivalent du ministère en Belgique) sur son site. 

Dans un rapport de l'ONU publié en juillet, l'organisation rappelle que si l'on considère les millions de micro-organismes coexistant sur terre et échangés entre animaux et hommes, le nombre de pathogènes (qui causent une maladie) est rare. 

Cependant, développe l'ONU , 60% des maladies infectieuses humaines et 75% des agents pathogènes sont zoonotiques (c'est-à-dire qu'ils ont une origine animale).

L'ONU cite notamment Ebola, le VIH ou encore la grippe (aviaire avec H5N1 ou porcine avec H1N1), trois maladies qui se transmettent via des contacts humains. 

 "Chaque année, quelque deux millions de personnes, principalement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, meurent de zoonoses négligées", écrit l'ONU dans ce même rapport. 


Capture d'écran d'un tweet, réalisée le 13 novembre 2020

"Alors que nous sommes au milieu d'une pandémie en cours de COVID-19, les dernières décennies ont vu d'autres maladies nouvelles, qui ont fait la une des journaux et qui ont été dramatiquement destructrices", prévient l'ONU, qui cite plusieurs exemples comme "la grippe aviaire, la grippe humaine pandémique (H1N1), le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), et le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), dont la plupart ont une implication avérée ou suspectée d'un animal domestique dans la transmission".  


Capture d'écran d'un tweet, réalisée le 13 novembre 2020

 

Le  SARS-Cov-2 a été "manipulé" (1h50). Faux

Le SARS-Cov-2 aurait été manipulé, selon Jean-Bernard Fourtillan, présenté dans "Hold-up" comme "professeur et expert en pharmacologie et toxicologie". A 1h50, il déclare : "Ils ont pris le virus, le responsable de l'épidémie de Sras, en Asie, SARS-Cov-V qui n'a fait que 714 morts, c'est vous dire la non dangerosité de ce virus, et ils ont inséré la séquence d'ADN de la malaria et puis ils ont inséré 157 fragments, segments d'ADN et de protéines. Ce qui a donné SARS-Cov-1".  

Il n'existe aujourd'hui  aucun argument scientifique solide qui permet d'affirmer que "le SARS-CoV-2 serait un virus recombiné", explique l'Inserm sur son site. 

"Une telle modification est très facilement détectable à l'aide d'outils permettant de comparer les séquences génomiques entre elles, au sein de banques de données", précise l'Institut.

Or, le génome du SARS-Cov-2 a été séquencé et comparé à de multiples reprises dans de nombreux laboratoires dans le monde au cours de ces derniers mois. Une modification très importante "n'aurait pas échappé à la communauté scientifique". 

La théorie d'un virus fabriqué ou modifié circule depuis plusieurs mois. L'AFP en avait notamment parlé ici. 

Même s'il y avait des similarités dans les séquences génétiques des génomes du Sars-Cov et de celui du parasite responsable de la malaria cela ne prouverait rien, expliquait alors à l'AFP  Etienne Simon-Lorière, responsable du groupe Génomique évolutive des virus à ARN à l'Institut Pasteur : "Les séquences génétiques sont constituées par une suite de lettres. Si on examine une très courte série de lettres prises au hasard dans une séquence, elles peuvent ressembler à un petit fragment d'une autre séquence sans qu'il y ait un lien direct", avait-il indiqué.

"De manière imagée, si on choisit un mot dans un livre et que ce mot est aussi trouvé dans un autre livre, cela ne veut pas dire que le premier livre a copié le second".

Jean-Bernard Fourtillan explique également que le brevet du SARS-Cov-2  est identique à celui du SARS-Cov-1, déposé en 2003.  

Sur sa page dédiée à la désinformation autour du coronavirus, l'Institut Pasteur rappelle que le coronavirus Sars-Cov-2 est différent du Sars-Cov-1, qui avait entraîné une épidémie en Asie du Sud-Est en 2003.

"Il est scientifiquement faux de dire qu'ils sont génétiquement identiques en tout point ou que leur séquence ne diffère que de quelques éléments", précise l'Institut. 

Le virus du Covid-19 a été "fabriqué par l'Institut Pasteur" (à 1h52). Faux

A 1 heure et 52 minutes, après avoir minimisé la dangerosité du virus, Jean-Bernard Fourtillan enchaîne et affirme qu'il "a été fabriqué par l'Institut Pasteur". C'est encore faux, et l'AFP avait déjà vérifié cette fausse information à plusieurs reprises : en mars 2020, puis fin août 2020. La théorie a émergé puis a été recyclée dans de nombreuses publications complotistes, souvent très virales sur les réseaux sociaux, depuis au moins le début de l'année 2020.

A l'origine de cette infox, un brevet, déposé en 2004 par l'Institut Pasteur qui porte sur une "nouvelle souche de coronavirus associé au SRAS et ses applications". Mais ce brevet porte sur un virus différent du nouveau coronavirus détecté pour la première fois en Chine il y a quelques mois.

"D'abord, on ne brevète pas un virus, mais le code génétique d'un virus", expliquait à l'AFP Olivier Schwartz, joint mi-mars pour un premier article de vérification à ce sujet. 

Le code génétique concerné dans le brevet déposé en 2004 par l'institut Pasteur porte sur une souche du SRAS ("SARS-CoV" de son nom scientifique complet), un autre coronavirus qui toucha 8.000 personnes dans 30 pays en 2002-2003 et fit plus de 700 morts, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).


Capture d'écran du brevet déposé par l'Institut Pasteur en 2004, réalisée le 13 novembre 2020



 

"Il n'y a pas un coronavirus, il y en au moins 7 et donc le dépôt de cette séquence (ou code génétique, ndlr) correspondait à l'épidémie en 2003, c'est un cousin du virus qui fait l'objet de l'épidémie actuellement", détaille M. Schwartz.

"Le virus est génétiquement apparenté au coronavirus responsable de la flambée de SRAS de 2003. Bien qu'apparentés, les deux virus sont différents", explique l'OMS sur son site.

S'il existe bel et bien des brevets déposés sur des codes génétiques de virus, cela ne veut pas dire qu'ils ont été créés, contrairement à ce qu'avance Jean-Bernard Fourtillan.

Dans le cas du document déposé en 2004, "on a breveté, ou protégé la séquence, le code génétique, d'un virus isolé au Vietnam à l'époque de l'épidémie de Sras", explique M. Schwartz.

"A l'époque, les équipes de l'Institut Pasteur se sont mobilisées, en proposant plusieurs stratégies vaccinales, dont un candidat-vaccin basé sur la plateforme rougeole (le vaccin rougeole peut être recombiné et utilisé comme un véhicule pour induire une réponse immunitaire contre d'autres agents pathogènes, ici SARS-cov1)", explique l'institut Pasteur dans un démenti publié sur son site le 18 mars.

Cette fausse information avait d'abord été relayée dans une vidéo virale en mars 2020. Fait rare, son auteur a été condamné par la justice début novembre pour diffamation publique.

Le virus du Covid-19 n'a pas été "produit par la nature" (1h53, 1h57). Faux

A plusieurs reprises, des intervenants avancent que le virus du Covid-19 n'a pas été "produit par la nature" : Luc Montagnier à 1 heure et 53 minutes, puis Luigi Cavanna à 1 heure et 57 minutes notamment.

Ce dernier affirme même qu'il n'existe aucune démonstration de l'origine naturelle de ce virus. C'est faux, et l'AFP a vérifié cette affirmation à plusieurs reprises ici en janvier, ici en avril, ici fin août ainsi qu'ici en septembre. 

Dès le 19 février, une tribune publiée dans la très sérieuse revue scientifique The Lancet et cosignée par 28 scientifiques de différents pays condamnait "les théories conspirationnistes qui suggèrent que le Covid-19 n'a pas d'origine naturelle", expliquant que les nombreuses analyses des génomes de ce virus concluent bien à une "origine naturelle".

"Des scientifiques de plusieurs pays ont publié et analysé les génomes de l'agent causal, le coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère 2 (SARS-CoV-2), et ils concluent massivement que ce coronavirus est originaire de la faune sauvage", est-il écrit dans cette tribune qui renvoie vers neuf études publiées.

"La plupart des virus émergents viennent d'un réservoir animal", avait expliqué de son côté à l'AFP le chercheur en virologie Etienne Simon-Lorière, de l'Institut Pasteur, fin août. Et "l'examen de chaque élément du génome (du nouveau coronavirus) suggère clairement qu'il a évolué naturellement", avait-t-il insisté.

L'Institut Pasteur a pour sa part publié une explication scientifique détaillée démontrant que le virus SARS-CoV-2 n'a pas été "fabriqué de toutes pièces en laboratoire". Plusieurs publications scientifiques mentionnées dans ce billet pointent bien des affinités entre ce virus et d'autres coronavirus, mais celles-ci renforcent justement "l'hypothèse d'une provenance naturelle du virus".

Fin octobre, l'OMS a réuni une mission internationale chargée de déterminer l'origine du coronavirus, comme elle l'explique sur son site. 

La grande majorité des chercheurs s'accorde à dire que le nouveau coronavirus est sans doute né chez la chauve-souris, mais les scientifiques pensent qu'il est passé par une autre espèce avant de se transmettre à l'homme. 

C'est cette pièce du puzzle que la communauté scientifique internationale et l'OMS espèrent découvrir afin de mieux comprendre ce qui s'est passé, pour mieux cibler les pratiques à risques et éviter une nouvelle pandémie.

Le virus devient "bien moins méchant" (1h54). Prématuré

C'est ce qu'affirme à 1 heure et 54 minutes Luc Montagnier, présenté comme virologue, dont certains propos ont été déjà vérifiés par l'AFP.  "Le virus n'aime pas les corps étrangers", déclare le Prix Nobel de médecine, "il devient bien moins méchant. Il y a aussi une certaine immunité qui peut se produire.

Il est tout à fait exact de dire que le virus change, car il subit des mutations, comme nous l'expliquions dans un article en septembre dernier. Pour le meilleur ou pour le pire ? Pour l'instant on ne le sait pas avec certitude. 

Dire que le virus "a perdu de sa virulence" est une fausse affirmation, expliquait le 30 septembre à l'AFP Frédéric Cotton, chef du service de chimie médicale au Laboratoire Hospitalier Universitaire de Bruxelles.

"Pour l'instant, on a l'impression que le virus est moins virulent car on teste plus, il y a donc moins d'hospitalisations et de décès par rapport au nombre de cas positifs (comparé au premier pic de l'épidémie en mars et avril, NDLR). Mais c'est un effet psychologique", poursuivait-il.

Mais pour l'instant, aucune publication scientifique ne montre pour l'instant une baisse de la virulence du coronavirus, avait rappelé Yves Van Laethem, spécialiste des maladies infectieuses et porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19 en Belgique, interrogé par l'AFP fin septembre.

Le 12 octobre 2020, l'Inserm publiait un article dans lequel il rappelait que "Dans tous les contextes épidémiques, par exemple lors des épidémies de grippe ou de polio, les mutations des virus responsables ont toujours fini par aboutir à une atténuation de leur virulence", et que "les virologues espèrent que ce sera aussi le cas pour l'épidémie de SARS-CoV-2".

Jusqu'à présent, plusieurs dizaines de mutations du SARS-CoV-2 ont déjà été décrites, mais "sans que des conséquences sur l'épidémie aient été mises en évidence". 


Graphique montrant l'évolution des hospitalisations et des réanimations en France, au 12 novembre (Sophie RAMIS, Romain ALLIMANT / AFP)

 

Les mutations génétiques du coronavirus sont traquées dans le monde entier par les chercheurs, qui séquencent le génome des virus qu'ils trouvent et les partagent sur la base de données internationale GISAID, comme l'explique cette dépêche du 18 septembre 2020.

Or pour l'instant, rien dans cette base de données n'indique clairement que le virus ait muté de façon à modifier sensiblement ses effets sur l'être humain.

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