"Hold-up" : les fausses informations sur l'hydroxychloroquine, les traitements et les vaccins envisagés

"Hold-up" : les fausses informations sur l'hydroxychloroquine, les traitements et les vaccins envisagés
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, publié le vendredi 13 novembre 2020 à 14h32

"Hold-Up", une vidéo dénonçant vigoureusement les mesures prises en France et dans le monde contre le Covid-19 et évoquant "une manipulation globale" autour de la pandémie, a été vue des centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux depuis sa mise en ligne. Attention, ses nombreux intervenants interrogés avancent plusieurs erreurs factuelles sur les traitements et les vaccins envisagés contre la maladie.

Vue des centaines de milliers de fois et relayé massivement sur les réseaux sociaux depuis le 10 novembre, une longue vidéo baptisée "Hold-Up" déroule un argumentaire complotiste truffé de nombreuses fausses informations.

Imitant les codes de l'investigation journalistique, cette vidéo mêle les témoignages d'une trentaine d'intervenants, allant de chauffeurs de taxi anonymes au controversé infectiologue Christian Perronne.

​De nombreux intervenants interrogés par Hold-Up défendent notamment l'hydroxychloroquine, présentée avec des affirmations erronées, comme traitement contre le Coid-19.

AFP Factuel a identifié au moins 6 affirmations erronées ou infondés concernant les traitements contre le Covid-19 diffusés dans cete production. Voici la liste :


Capture d'écran de la vidéo "Hold-Up" le 13 novembre

1) "Didier Raoult avait montré que l'hydroxychloroquine marchait". Pascal Trotta, radiologue, homéopathe et nutritionniste (à 1h10). Faux

Depuis le début de l'épidémie, Le professeur Didier Raoult a bien rendu publiques plusieurs études qui selon lui en montrent l'efficacité mais elles ont été très critiquées, en raison de leurs manques méthodologiques : notamment trop petits groupes de patients pour les deux premières, pas de groupe témoin dans la troisième. 

Depuis, d'autres études randomisées (la méthode considérée comme la plus fiable pour tester un traitement) - la britannique Recovery, la française Hycovid, ou Solidarity menée par l'OMS- ont tranché : l'hydroxychloroquine n'est pas efficace contre le Covid-19. 

2) L'essai français Discovery annulé pour faire barrage à l'hydroxychloroquine.  (Voix-off de Hold-up à 1h15) Faux

En diffusant un prétendu graphique des résultats préliminaires de l'essai français Discovery, le narrateur de "Hold-up" affirme que ce test a été annulé "pour faire barrage à l'hydroxychloroquine, qui affichait les meilleurs résultats intermédiaires face au placebo".

C'est faux, cette intox avait déjà été vérifiée par l'AFP le 16 octobre.

Les premiers résultats ne montrent en réalité "aucun effet" du traitement à l'hydroxychloroquine, ni des autres traitements évalués, sur la maladie, avait expliqué Dominique Costagliola, membre du comité de décision de Discovery et directrice de recherche à l'Inserm.

L'arrêt définitif des inclusions a été décidé par l'Inserm parce que l'étude mère de Discovery, menée par l'OMS, avait à cette date, déjà démontré l'inefficacité de l'hydroxychloroquine sur un très large échantillon de patients.

"Continuer l'essai revenait à jeter l'argent par les fenêtres", avait résumé Mme Costagliola à l'AFP.

3) L'étude anti-hydroxychloroquine publiée et désavouée dans The Lancet a provoqué un pic de mortalité en Suisse, en Asie et en Amérique. Christian Perronne (58 min20)  Infondé

Le 26 mai,  la revue médicale prestigieuse The Lancet a publié une étude concluant à l'inefficacité et même à la dangerosité du traitement à l'hydroxychloroquine. Fait rarissime, cette étude a été désavouée par ses propres auteurs la semaine suivante, en raison du manque de fiabilité de cette récolte à grande échelle des données utilisées.

Dans "Hold-up", le professeur Christian Perronne affirme qu'en "Suisse, en Asie et en Amérique", "un pic de mortalité" est survenu "pendant 2-3 semaines" sous "l'effet Lancet, quand les gens ont arrêté de prescrire".

"Quand on a vu la fraude, les médecins ont prescrit la chloroquine et la mortalité est repartie à la baisse", ajoute-t-il.

Aucun bilan de l'épidémie ne prouve cela. Les chiffres officiels de la mortalité des pays et régions concernées, compilés chaque jour par l'AFP, ne montrent pas de variation tendancielle de mortalité sur cette période, comme on peut le constater dans les graphiques ci-dessous. 


Evolution du nombre de morts quotidiens, selon les chiffres officiels compilés par l'AFP et zoom sur le mois de juin

Attention aux fausses interprétations : dans ces graphiques représentant les nouveaux décès quotidien enregistrés par les autorités, la hausse spectaculaire visible aux Etats-Unis pour la journée du 25 juin (2.470 morts) n'a aucun lien avec un pic durable liée à l'hydroxychloroquine. 

Il s'agit d'un "rattrapage de bilan" réalisé par les autorités du New Jersey, qui ont intégré ce jour-là 1.900 patients suspectés d'être morts du Covid-19 et non décomptés auparavant, faisant grimper en flèche le bilan américain sur cette unique journée.

De plus rien ne prouve que les médecins du monde entier ont massivement réutilisé l'HCQ après le retrait de l'étude de The Lancet le 4 juin, comme le prétend M.Perronne.

En effet, dès le lendemain, le 5 juin, le vaste essai Recovery a conclu que l'hydroxychloroquine ne montrait "pas d'effet bénéfique" pour les malades du Covid.

4) Le médecin conseiller de la Maison Blanche Anthony Fauci préconisait la chloroquine contre le SARS (43min) FAUX

A la 43e minutes, Hold-Up met en avant une interview télévisée du professeur Raoult où il déclare "ceux qui ont le premier parlé d'hydroxychloroquine dans le coronavirus, c'est pour le SARS, c'est Anthony Fauci quand même hein, maintenant il ne le dit plus".

Cette rumeur a déjà été démentie par la presse américaine (ici, là ou encore là). Elle se base sur une étude publiée en 2005, qui présentait la chloroquine contre le virus du SARS, un coronavirus de la famille du virus actuel.

Premièrement, cette étude met en avant la chloroquine et non l'hydroxychloroquine. Deuxièmement, elle démontre les effets de cette molécule uniquement en laboratoire et non comme traitement sur des humains.

Troisièmement, comme le résume le site Snopes, l'américain Anthony Fauci n'est pas l'auteur ou l'ordonnateur de l'étude.

Ses vrais auteurs travaillent pour le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies et l'Institut de recherche cliniques de Montréal au Canada. Cette étude de 2005 a été publiée dans le Virology Journal, qui est diffusé par un éditeur britannique.

5) Du rivotril pour "achever" les personnes âgées. Serge Rader (1h14) FAUX

Le pharmacien Serge Rader affirme que les patients âgés atteints du Covid-19 reçoivent une "seringue de rivotril pour les achever complètement alors qu'ils étaient en détresse respiratoire".

Cette interprétation est fausse. Le rivotril n'est pas utilisé pour "achever" les malades ou les "euthanasier", comme l'évoquaient déjà des intox démenties par l'AFP Factuel en avril dernier.

Ce médicament est un "anticonvulsant" destiné à "soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychique, à sauvegarder la dignité de la personne malade", selon la définition de la Société française de soins palliatifs.

Le prescrire "ne revient pas à euthanasier les patients âgés", avait expliqué la Société française de gériatrie et de gérontologie (SFGG) dans un communiqué.

6) Les phases 3 des essais pour trouver un vaccin contre le Covid-19 a été sautée. Alexandra Henrion-Caude (1h12) FAUX

Dans le processus de réalisation d'un vaccin, la phase 3 est la dernière étape avant une demande d'homologation. Elle évalue, sur des milliers de patients testés sur une longue période, l'efficacité du vaccin.

Cette phase déterminante a été "sautée" lors des recherches de vaccins contre le Covid-19 affirme Alexandra Henrion-Caude dans "Hold-Up".

C'est faux, cette phase n'a jamais été sautée. Dans son dernier point le 3 novembre, l'OMS recense dix vaccins potentiel actuellement en phase 3, et testés sur des dizaines de millers de volontaires répartis sur plusieurs continents.

Parmi eux, celui de la société américaine Moderna, de l'alliance germano-américaine BioNTech/Pfizer, de plusieurs laboratoires chinois, un projet européen mené par l'Université d'Oxford avec le Britannique AstraZeneca ou encore le vaccin Spoutnik V, développé par la Russie et son institut de recherche Gamaleïa.

"Il faut que les essais de phase 3 aillent à leur terme et qu'on ne base pas l'analyse sur des résultats intermédiaires, aussi bien sur les questions de tolérance que d'efficacité", a expliqué à l'AFP l'immunologiste Alain Fischer.

Les 37 autres projets de vaccins rencensés par l'OMS en sont encore à la phase 1 (qui vise avant tout à évaluer la sécurité du produit) ou à la phase 2 (où on explore déjà la question de l'efficacité).

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