"Des dizaines de milliers de batteries qui fuient"... Attention à ces affirmations sur un "cimetière Autolib" à Romorantin

"Des dizaines de milliers de batteries qui fuient"... Attention à ces affirmations sur un "cimetière Autolib" à Romorantin

publié le lundi 31 mai 2021 à 23h03

Des publications, partagées plusieurs milliers de fois sur Twitter et Facebook depuis le 12 mai, affirment que des "dizaines de milliers de batteries" de "Bluecars", voitures électriques anciennement utilisées au sein de plusieurs services d'auto-partage en France, "fuient" sur un parking de Romorantin. Plusieurs centaines de voitures sont effectivement stockées sur ces espaces, mais celles sur le parking en herbe ont vu leurs batteries être retirées, selon la direction régionale de l'Environnement (Dreal) interrogée par l'AFP. "Le cimetière d'Autolib à Romorantin", "des dizaines de milliers de batteries qui fuient et répandent leurs produits toxiques dans les sols", affirment les auteurs de ces publications montrant des voitures endommagées sur un parking en herbe.

Capture d'écran Twitter prise le 31/05/2021En réalité, les voitures de type "Bluecar" sont stockées sur plusieurs sites à Romorantin. Le premier est un parking bétonné, sur lequel sont stockés "333 véhicules dont 302 avec batterie", au "20 mai 2021". L'AFP avait visité le lieu lors d'un reportage en mars dernier.

Les voitures garées sur le parking bétonné près de Romorantin-Lanthenay, en novembre 2018 ( AFP / GUILLAUME SOUVANT)Ces voitures, en relatif bon état, sont destinées à la revente et appartiennent à la société Autopuzz. Initialement sous-traitant de Bolloré, ce spécialiste des câbles de charge a décidé de changer de braquet en rachetant 2.800 voitures lors de l'arrêt des services d'auto-partage à Paris en 2018, puis Lyon et Bordeaux.

Si l'autonomie (250 km) et la durée de vie (20 ans ou 400.000 km) de la batterie sont des arguments de vente, sa manipulation au quotidien peut toutefois entraîner des difficultés. La batterie LMP, dite "chaude", doit en effet être maintenue à une température de 60 degrés: pas branchée, elle se décharge, voire s'endommage. L'entreprise affirme en vendre une cinquantaine par mois et prévoit d'écouler son stock avant l'été 2022.

Le second site où sont stockés les véhicules, un parking sur herbe que l'on voit sur les photos diffusées sur les réseaux sociaux. Il accueille "environ 990 véhicules tous sans batterie", selon la Dreal, interrogée par l'AFP.

"C'est un parking de voitures d'occasion comme il en existe plein. Le risque de pollution, une fois que les batteries sont évacuées, est très limité", estimait en 2019 la Direction régionale de l'environnement du Centre-Val de Loire. "Les batteries de traction sont renvoyées chez BlueSolutions (du groupe Bolloré) à coté de Quimper pour réparation ou recyclage", a expliqué la Dreal à l'AFP le 28 mai 2021.

"Nos batteries sont soit dans des voitures, et dans ce cas elles fonctionnent, soient stockées ailleurs", assure de son côté Fabricio Protti, un dirigeant du groupe Bolloré, qui avait lancé le service de voitures en auto-partage à Paris, Lyon ou encore Bordeaux. "Notre technologie ne contient pas de liquide, donc elles ne peuvent pas 'fuir' (...) Nous avons certains projets pour les réutiliser mais pour l'instant elles sont stockées, et si nous ne pouvons pas les réutiliser, nous les recyclerons", a poursuivi le dirigeant du groupe, contacté par l'AFP.

La préfecture du Loir-et-Cher avait pointé du doigt certaines conditions de stockage le 27 juillet 2020 dans un arrêté, soulignant notamment la présence de quatre palettes de batteries placées en extérieur, et non protégées des intempéries sur le site goudronné. Elle avait également déploré un "incident" impliquant un véhicule avec batterie sur le même site. "La batterie de traction du véhicule avait été endommagée par un grappin", a précisé la Dreal à l'AFP, assurant qu'il n'y avait eu "ni incendie" ni "aucune pollution liée à cet incident".

Quant au reste des problèmes pointés par la préfecture en juillet 2020, une visite en janvier 2021 "a permis de constater le respect de la plupart des mesures imposées par l'arrêté", selon la Dreal. "Il restait à finaliser l'évacuation de véhicules hors d'usage", qui a été effectuée "quelques jours plus tard", toujours selon la direction régionale de l'Environnement.

Enfin, toujours dans cet arrêté de juillet 2020, la préfecture mettait en demeure Atis Production pour des activités de démontage et stockage de véhicules sans enregistrement ni agrément. "Une visite de l'inspection des installations classées a eu lieu le 20 mai 2021. Cette visite a permis de constater que les activités de démontage et de stockage de véhicules hors d'usage ont été arrêtées", a déclaré la Dreal, interrogée à ce propos par l'AFP.

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