Covid-19 : Oui, les masques étaient bien dans le débat public début mars

Covid-19 : Oui, les masques étaient bien dans le débat public début mars

, publié le mercredi 20 mai 2020 à 11h32

Dans un entretien à BFMTV, Emmanuel Macron a prononcé deux phrases sur les masques de protection qui ont suscité de vives critiques de l'opposition ou sur les réseaux sociaux

1) "Au début du mois mars et encore plus en février ou en janvier, personne ne parlait des masques" - C'est faux. Des syndicats de soignants se sont inquiété de manques au moins dès février. Contacté par l'AFP, l'Elysée explique qu'Emmanuel Macron parlait des masques grand public (en tissu) réutilisables. La recommandation par les autorités du port du masque pour toute la population a fait l'objet d'un volte-face dans plusieurs pays, dont la France, début avril.    

2) "Il y a eu une doctrine restrictive (...). Il y a eu ensuite un approvisionnement renforcé et une production renforcée et nous n'avons jamais été en rupture. Ce qui est vrai, c'est qu'il y a eu des manques, qu'il y a eu des tensions" - S'il est exact que la France ne s'est pas retrouvée sans aucun masque, entre sa production et ses réquisitions, et qu'elle a effectué des commandes à l'étranger, des syndicats de soignants ont pointé à plusieurs reprises des manques de masques chirurgicaux et FFP2 pour s'équiper.

 

Voici la phrase numéro 1 complète: "Ayons collectivement l'honnêteté de dire qu'au début du mois mars et encore plus en février ou en janvier, personne ne parlait des masques, parce que nous n'aurions jamais pensé être obligés de restreindre la distribution de ceux-ci pour les soignants". 

"Ce n'est pas vrai, dès le début (de l'épidémie), il y avait cette demande", a déclaré mardi à l'AFP Patrick Pelloux, président de l'association des urgentistes de France.  

"Les médecins libéraux sont en première ligne pour prendre en charge des patients suspects ou atteints du coronavirus (...) ils n'ont bénéficié d'aucun matériel de protection lors de l'examen des patients (masques adaptés, tuniques de protection)", alertait le 26 février le syndicat "Jeunes Médecins". 

"L'imminence d'une épidémie de coronavirus nécessite la mobilisation de tous les professionnels (...) les généralistes ont besoin des équipements nécessaires à leur propre protection (masques FFP2, solutés hydroalcooliques, lunettes, etc...)", réclamait le 2 mars le syndicat de généralistes MG France.

"Nous continuons à exiger l'envoi dans nos cabinets de masques FFP2 de toute urgence, avant de se retrouver débordés par l'épidémie", demandait la Confédération des Syndicats Médicaux Français (médecins libéraux), sur son site le 28 février.

Le 18 mars, un document de l'Assurance Maladie précise que les généralistes recevront 18 masques FFP2 (qui offrent un plus haut niveau de protection) par semaine, une quantité alors dénoncée comme insuffisante par des représentants de personnels.

Autres exemples: le 3 mars, Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa (regroupant les principaux acteurs privés des EHPAD) explique à l'AFP que "les professionnels du secteur restent inquiets quant à une possible pénurie de  masques de protection". Trois jours plus tard, le Syndicat National des Professionnels Infirmiers publie un sondage interne affirmant que "78% des infirmières des hôpitaux, cliniques et EHPAD, sont confrontées à un manque de masques FFP2".

Les médias en ont également fait part : voici quelques exemples d'articles de Libération, Le Monde, Le Figaro, Corse-Matin, l'AFP (1, 2).

Contacté mardi par l'AFP, l'Elysée explique qu'Emmanuel Macron évoquait les "masques grand public" (en tissu) "pour lesquels le gouvernement a mobilisé les industriels français du textile dès le mois de mars". 

Au début de l'épidémie de Covid-19, en France comme dans de nombreux pays occidentaux, les gouvernements répétaient que le port généralisé du masque, denrée alors très rare, était inutile, voire contreproductif.

Au fil des semaines, le discours a changé, renforcé par le fait qu'une part significative des personnes contaminées développent peu voire aucun symptôme. 

"Les scientifiques ont eux-mêmes évolué", et jugent maintenant le port du masque "préférable dans de nombreuses circonstances", avait notamment justifié Edouard Philippe le 28 avril à l'Assemblée.

"Jamais en rupture"

Une autre phrase d'Emmanuel Macron a déclenché de vives critiques, notamment de l'opposition. "Il y a eu une doctrine restrictive (...). Il y a eu ensuite un approvisionnement renforcé et une production renforcée et nous n'avons jamais été en rupture. Ce qui est vrai, c'est qu'il y a eu des manques, qu'il y a eu des tensions, c'est ça qu'il faudra regarder pour le corriger et pour prévenir", a-t-il déclaré. 

S'il est vrai que la France ne s'est jamais retrouvée sans aucun masque, entre sa production et ses importations, le stock d'Etat au début de l'épidémie ne comprenait que "117 millions de masques chirurgicaux pour adultes" et "aucun stock stratégique" en FFP2, recommandés pour les soignants en première ligne, avait détaillé le 21 mars le ministre de la Santé Olivier Véran lors d'un point presse. 

L'Etat avait annoncé le 3 mars la réquisition de "tous les stocks et la production de masques de protection" pour les distribuer aux soignants et malades et lancé de vastes commandes, notamment en Chine, pour tenter de combler ces manques. Toutefois le Syndicat national des professionnels infirmiers affirmait le 7 avril sur la foi d'une enquête en ligne, que plus de la moitié des infirmiers (53%) avaient "constaté un manque" de masques chirurgicaux et plus des trois-quarts (81%) de modèles FFP2.

Le 21 mars, des professionnels de la gériatrie et de la gérontologie avaient envoyé une lettre au ministère de la Santé demandant 500.000 masques pour les personnels soignants des Ehpad, maisons de retraite et des services à domicile. 

Le 21 avril, le syndicat national des anesthésistes-réanimateurs déclarait dans un communiqué que "l'accès aux masques chirurgicaux s'amélior(ait)", mais n'était "pas encore possible partout".

"Aujourd'hui, à la date du 19 mai, pour le Samu c'est tendu mais les besoins sont globalement couverts", explique M. Pelloux, qui juge la situation "plus tendue en réanimation". 

Le 8 mai, le ministère de l'Economie a déclaré dans un communiqué que l'approvisionnement par semaine en France en masques (à usage unique et réutilisables confondus), devait atteindre les 200 millions par semaine à la date du début du déconfinement le 11 mai. 

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