Covid-19 : non, le port du masque ne pose pas des "risques sérieux à la santé"

Covid-19 :  non, le port du masque ne pose pas des "risques sérieux à la santé"

, publié le mardi 19 mai 2020 à 22h08

Alors que le Québec se prépare au déconfinement, des publications très partagées sur les réseaux sociaux affirment que les masques utilisés dans la prévention du nouveau coronavirus présentent des risques sanitaires pour les personnes non porteuses du virus. Mais ces publications contiennent plusieurs fausses informations, avertissent des experts, qui soulignent l'importance du port du masque.

"LES MASQUES POSENT DES RISQUES SÉRIEUX À LA SANTÉ", affirment de nombreuses publications Facebook partagées depuis la mi-mai 2020 en français au Québec, où le déconfinement se fait progressivement.

"En portant un masque, les virus exhalés ne pourront pas s'échapper et se concentreront dans les voies nasales, pénétreront dans les nerfs olfactifs et voyageront dans le cerveau", affirment - entre autres - ces publications, traduites d'un article de blog américain signé par le Dr Russell Blaylock et partagé plus de 26.000 fois sur Facebook depuis le 11 mai.


Capture d'écran du site technocracy.news prise le 27 mai 2020


Capture d'écran d'une publication Facebook prise le 27 mai 2020

 

Russell Blaylock est un neurochirurgien américain à la retraite, connu pour ses théories complotistes, et dont le permis d'exercice de médecine est caduque dans plusieurs Etats américains.

S'il est vrai que le virus peut potentiellement infecter des neurones et pénétrer dans le système nerveux central, "il est faux d'affirmer que le virus se retrouve piégé dans le masque avant de se concentrer dans les voies nasales", affirme Jonathan Karn, professeur en microbiologie à l'université Case Western Reserve, dans l'Etat américain de l'Ohio, qui a étudié la propagation de virus dans le système nerveux.

"Si quelqu'un est déjà infecté, alors le virus aura probablement déjà touché les tissus exposés du nez, de la gorge et de la bouche, et se propagera par contact de cellule en cellule plutôt que par la réinspiration de gouttelettes", explique-t-il.

M. Blaylock accuse par ailleurs les masques de provoquer de l'hypoxie, un manque d'oxygène qui empêche le bon fonctionnement de l'organisme, une fausse information réfutée dans cet article d'AFP Factuel.

L'article de M. Blaylock cite en outre une revue de 17 études sur l'efficacité du port du masque dans la prévention de la grippe, qui démontrerait selon lui la nocivité des masques sanitaires. Cependant, "la conclusion de la revue n'est pas que les masques sont inefficaces", souligne Shelley Payne, directrice du service des maladies infectieuses de l'université du Texas, à Austin.

Selon elle, l'étude, dont la dernière mise à jour date de janvier 2011,  indique "qu'aucune étude rigoureuse pour déterminer l'efficacité des masques dans la prévention de la grippe n'a été conduite".

Certaines des 17 études recensées suggèrent cependant que le port du masque peut limiter la propagation d'infections respiratoires, selon Shelley Payne.

"Ceux qui sont asymptomatiques devraient porter un masque, et puisqu'on ne peut pas savoir si l'on est asymptomatique, tout le monde devrait porter un masque", conclut le Dr Jonathan Karn.

Santé Canada recommande le port de masques faits maison en public lorsque la distanciation sociale ne peut être maintenue, notamment dans les transports en commun et dans les magasins, tout en reconnaissant que le seul port du masque ne suffit pas s'il n'est pas accompagné des gestes barrières comme le lavage de mains. 

De plus, il est recommandé de ne pas porter de masque de type N95, plus performants, afin d'en réserver les stocks pour les personnels de santé.

AFP Factuel a vérifié plusieurs fausses informations sur les masques sanitaires (à lire ici), parmi plus de 160 vérifications en français au sujet du nouveau coronavirus.

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