Covid-19 : "60% des contaminations en France" au travail ou dans les établissements scolaires ? Impossible à affirmer

Covid-19 : "60% des contaminations en France" au travail ou dans les établissements scolaires ? Impossible à affirmer

, publié le jeudi 15 octobre 2020 à 11h39

Jean-Luc Mélenchon, président du groupe LFI a l'Assemblée Nationale, a remis en cause mercredi 14 octobre l'utilité d'instaurer d'un couvre-feu nocturne dans plusieurs grandes villes à partir de samedi car "60 % des contaminations (de Covid-19) ont lieu au travail ou à l'école ou à l'université". Environ la moitié des clusters en France du 9 mai au 5 octobre ont bien été détectés au travail ou dans les établissements scolaires, selon Santé Publique France, mais les cas issus des clusters ne sont qu'une partie minime du total des contaminations, expliquent des épidémiologistes.

"60 % des contaminations ont lieu au travail ou à l'école ou à l'université entre 8h et 19h. Mais Macron interdit les sorties au bar et au restau entre 20h et 6h. Bienvenue en Absurdie", a écrit le député LFI des Bouches-du-Rhône sur Twitter mercredi soir, juste après l'annonce de nouvelles restrictions par Emmanuel Macron lors d'une interview télévisée.

Pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, Emmanuel Macron a décrété à partir de samedi un couvre-feu de 21 heures à 6 heures à Paris et dans sa région, "où le virus circule très activement", ainsi que dans les métropoles de Lille, Grenoble, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Toulouse et Saint-Etienne.


Métropoles où une interdiction de circuler entre 21h00 et 6h00 entrera en vigueur le 17 octobre et pour au moins 4 semaines


(AFP / Robin Bjalon, Kun Tian)

De nombreux internautes (1,2,3,4...) ont regretté cette décision estimant que les entreprises et les établissements scolaires constituaient les principaux lieux de contamination sur le territoire.

Certains d'entre-eux (1,2,3,4...) ont déploré l'absence de mesures obligeant les entreprises à avoir recours au telétravail et les universités aux cours à distance pour limiter les déplacements.

Olivier Véran, ministre de la Santé, a répondu à Jean-Luc Mélenchon dans un tweet mercredi soir en affirmant qu'il "confond(ait) clusters et diagnostics". "60 % des clusters, ça signifie 10 % des contaminations identifiées", a ajouté le ministre.

"Olivier Véran dit que 10% des contaminations sont originaires des 60% de localisation que j'indique. Se rend-il compte qu'il avoue 90% d'ignorance des sources de contamination ? Terrible échec du traçage, qui est la base d'une réplique sanitaire cohérente", a réagi Jean-Luc Mélenchon auprès de l'AFP le jeudi 15 octobre.

D'où viennent ces chiffres ? 

Son entourage a affirmé tenir ce chiffre de 60% des "seules données fiables, c'est-à-dire celles concernant les clusters" du point hebdomadaire du 8 octobre de l'agence Sante-Publique France. 

Des internautes partageant son avis ont d'ailleurs relayé sur Twitter le tableau sur lequel il s'est basé et qui est disponible ici :


(Capture d'écran réalisée sur Twitter le 15 octobre 2020)

Dans une partie consacrée aux clusters - ou foyers de contamination - en France, l'organisme relève effectivement, qu'entre le 9 mai et le 5 octobre, 25% des clusters ont été détectés en entreprises et 21,2% dans les établissements scolaires, pour un total de 46,2%.

Un pourcentage combiné qui monte à 55,3% pour les clusters "en cours d'investigation" (20% pour les entreprises, 35,3% pour les établissements scolaires). 

Dans les deux cas, il s'agit bien des types de collectivités les plus représentées sur le territoire. "Au total, 3 207 clusters ont été signalés (95% en métropole) incluant 34 767 cas", écrit Santé Publique France.

Peut-on pour autant affirmer avec certitude qu'il s'agit des principaux foyers de contamination en France ? Non, selon l'épidémiologiste Catherine Hill, épidémiologiste à l'Institut Gustave Roussy de Villejuif (Val-de-Marne), interrogée par l'AFP le 15 octobre.

"Les foyers ne représentent qu'une toute petite partie des cas. Ce qu'il faudrait faire, c'est étudier tous les cas identifiés, pas seulement les foyers", a-t-elle estimé.

Selon Santé Publique France, "un cluster est défini par au moins 3 cas confirmés ou probables, dans une période de 7 jours, appartenant à une même communauté ou ayant participé à un même rassemblement de personnes, qu'ils se connaissent ou non".

Dans de nombreuses situations, une personne a été contaminée par le virus et n'a jamais été reliée à l'un des 3207 clusters recensés par l'organisme depuis le 9 mai.

Au 7 octobre 2020, "653 509 cas confirmés" ont été comptabilisés par l'organisme depuis janvier, un chiffre bien supérieur au 34 767 cas identifiés dans des clusters depuis le 9 mai.

"De quoi relativiser ce tableau, qui n'en est pas totalement inintéressant, mais qui n'est pas non plus la boussole qui doit guider toute notre politique sanitaire", a écrit mercredi 15 octobre sur Twitter le professeur Maxime Gignon, chef du pôle Préventions, Risques, Information Médicale et Épidémiologie du CHU d'Amiens.

Les limites du "contact tracing"

"Un seul indicateur ne suffit pas (...) On touche là aux limites du contact-tracing (...) allez identifier lors d'un tracing, la contamination lors d'un passage dans un centre ville densément peuplé... impossible", a-t-il précisé.

Pour le directeur de l'agence régionale de santé francilienne Aurélien Rousseau, les écoles, universités et entreprises représentent "60% des clusters, mais ces 60%, c'est seulement 10% des contaminations".

"On identifie mieux les clusters dans une entreprise, dans une école ou à l'université et au fond, le fait qu'on en identifie peu dans les bars, ça veut dire qu'on n'arrive pas à trouver, à maîtriser et à passer les messages de prévention", a-t-il expliqué jeudi 15 octobre sur France Inter.

Pour Catherine Hill, "une personne contagieuse qui se déplace va contaminer d'autre personnes qui n'auront pas de liens apparents entre elles et cela n'apparaîtra donc pas comme un foyer".

En septembre dernier, Santé publique France a observé que parmi les nouveaux cas positifs détectés, moins d'un sur cinq (19%) était le contact identifié d'un cas déjà connu, signe que la majorité des cas survient "en dehors des chaînes de transmission documentées".

Un euphémisme pour l'épidémiologiste Catherine Hill : "l'essentiel de la circulation du virus n'est pas contrôlé", a-t-elle estimé.

A ce stade, on ne peut donc pas affirmer avec certitude quels sont les principaux foyers de contamination en France.

"Il n'est pas idiot de penser que les gens se contaminent plus dans les bars et les restaurants que dans les entreprises où l'on porte le masque en permanence", a estimé l'épidémiologiste.

Mais "tant qu'on organisera pas un dépistage de masse par test PCR ou antigénique pour trouver rapidement les personnes contagieuses et les isoler. On restera dans cet état de brouillard", a-t-elle ajouté.

Edit 15/10 à 20h : Corrige au 8e paragraphe du 9 mai au 5 octobre et non du 5 mai au 9 octobre, comme écrit par erreur. Ajoute date de l'intervention d'Aurelien Rousseau sur France Inter : jeudi 15 octobre

Vos réactions doivent respecter nos CGU.