Coronavirus : ce que l'on sait sur la chloroquine

Coronavirus : ce que l'on sait sur la chloroquine

, publié le mardi 24 mars 2020 à 10h39

Vous êtes très nombreux à nous interroger sur la chloroquine, que certains veulent généraliser comme traitement contre le nouveau coronavirus, alors que les autorités sanitaires, dont l'OMS, appellent à la prudence. Traitement miracle, ou faux espoir ? Voici ce que l'on sait. 

La chloroquine, qu'est-ce que c'est ?

C'est un antipaludique (ou antipaludéen) bon marché et utilisé depuis plusieurs décennies contre le paludisme, un parasite véhiculé par le moustique. Elle est connue sous plusieurs noms commerciaux, selon les pays et les laboratoires qui les fabriquent : Nivaquine ou Resochin par exemple.

Il existe un dérivé, l'hydroxychloroquine, mieux toléré, connu en France sous le nom de Plaquénil, pour les maladies articulaires d'origine inflammatoire, telles que la polyarthrite rhumatoïde.

Les effets secondaires sont nombreux : nausées, vomissements, éruptions cutanées mais aussi atteintes ophtalmologiques, troubles cardiaques, neurologiques... Un surdosage peut être particulièrement dangereux et les médecins déconseillent formellement d'en consommer sans avis médical. 

"Ces deux médicaments sont dits "à marge thérapeutique étroite", ce qui signifie que la dose efficace et la dose toxique sont relativement proches", avertit le 20 mars 2020 la Société française de pharmacie sur son site.

Plusieurs laboratoires qui fabriquent des médicaments à base de chloroquine ont annoncé des dons aux autorités sanitaires de plusieurs pays et/ou l'augmentation ou la reprise de leur production.

C'est le cas du groupe pharmaceutique suisse Norvatis, du géant israélien des médicaments génériques Teva ou encore du laboratoire français Sanofi.




Que sait-on de ses effets sur le coronavirus ?

Mi-février, des chercheurs chinois ont affirmé avoir eu des résultats positifs avec des essais cliniques portant sur une centaine de malades du Covid-19 dans une dizaine d'hôpitaux.


Capture d'écran effectuée le 27 février 2020

Malgré le nombre réduit de patients et le manque de détails sur la méthodologie et les résultats des essais chinois, Didier Raoult, directeur de l'Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) Méditerranée infection et spécialiste reconnu des maladies infectieuses, a relayé en France ces résultats. Le Pr Raoult est aussi membre du comité scientifique placé auprès du gouvernement.

Atypique et anticonformiste, il défend bec et ongles la chloroquine comme traitement, dans la presse et dans des vidéos très partagées sur internet, comme sur la chaîne Youtube de l'IHU, qui enregistrait plus de 44.000 abonnés le 24 mars.

Il s'est attiré de nombreuses critiques d'autres scientifiques qui appellent à prendre cette piste avec prudence, faute d'études cliniques faites selon les protocoles méthodologiques stricts et publiées dans une revue scientifique prestigieuse à comité de lecture indépendant.


Professeur Didier Raoult, le 26 février 2020. (AFP / Gerard Julien)

Des essais dans plusieurs pays

Outre une série d'essais menés en Chine (chloroquine seule ou associée à d'autres molécules), les équipes du Pr Raoult testent la chloroquine sur des patients à l'IHU, des essais positifs selon l'équipe, qui a publié des résultats portant sur une vingtaine de patients.

Ils ont reçu du Plaquénil et certains, en fonction de leurs symptômes, l'antibiotique azythromicine (il existe plusieurs médicaments à base d'azythromicine, par exemple celui-ci).

"Malgré la petite taille de l'échantillon, notre étude montre que le traitement à l'hydroxychloroquine est associée, de façon significative à une diminution/disparition de la charge virale (...) et ses effets sont renforcés par l'azithromycine", selon l'étude cosignée par le Pr Raoult.

Invoquant le serment d'Hippocrate des médecins, son équipe a annoncé le 22 mars son intention d'administrer dorénavant à "tous les patients infectés" hydroxychloroquine + azithromycine aux malades. Le traitement est aussi notamment dispensé au CHU de Nice avec le consentement des familles, selon le maire Christian Estrosi, lui-même traité par chloroquine.



De son côté, l'AP-HP (hôpitaux publics parisiens) a constaté une forte demande en hydroxychloroquine des pharmacies d'hôpital depuis le 20 mars 2020. La pharmacie centrale de l'AP-HP a ainsi constaté "une très forte hausse des commandes émanant des pharmacies à usage interne (pharmacies d'hôpital) vendredi 20 mars", a écrit le 23 mars son service de presse à l'AFP dans un mail. 

"A partir de samedi 21 mars, ces médicaments continuent d'être délivrés aux patients qui le prennent habituellement dans le cadre de pathologies chroniques. Dans le cadre du Covid-19, ils seront délivrés uniquement dans le cadre d'essais thérapeutiques encadrés et destinés à tester son efficacité", a précisé l'AP-HP.

Au niveau européen, un essai clinique baptisé Discovery, a été lancé dans plusieurs pays pour tester des traitements expérimentaux, dont l'hyroxychloroquine, un essai qui "inclura au moins 800 patients français atteints de formes sévères du COVID-19" selon l'Inserm (communiqué du 22 mars).

Aux Etats-Unis, la FDA, qui supervise la commercialisation des médicaments, a annoncé "un essai clinique étendu" tout en rappelant que son rôle était de s'assurer que les produits étaient sûrs et efficaces, comme nous l'écrivions dans une dépêche du 19 mars.

Pourquoi fait-elle polémique ?

D'un côté, ceux qui appellent à la prudence et à attendre de vastes essais cliniques menés selon la stricte orthodoxie scientifique pour valider ou non le traitement par chloroquine ; de l'autre, ceux qui veulent accélérer le processus et l'administrer très largement au nom de l'urgence sanitaire.

En France, plusieurs élus font monter la pression pour généraliser rapidement l'utilisation de la chloroquine. Quant à Donald Trump, il en a vanté les mérites à plusieurs reprises, notamment dans ces tweets du 21 mars.

D'où le rappel très ferme de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) lundi 23 mars, qui "condamne l'usage de médicaments sans preuve de leur efficacité", mettant en garde contre les "faux espoirs", dans une allusion à peine voilée à la publication de l'IHU.

L'OMS pointe notamment le caractère réduit du nombre de patients et le fait qu'elle soit "non randomisée", c'est-à-dire que les groupes de patients (ceux qui reçoivent le traitement et ceux qui ne le reçoivent pas) n'aient pas été définis par tirage au sort.

Elle n'est pas non plus "en double-aveugle", une méthode qui fait que médecins et patients ignorent qui reçoit le traitement.

En France, le ministre de la Santé Olivier Véran a indiqué lundi 23 mars qu'il s'apprêtait à autoriser le traitement par hydroxychloroquine mais uniquement pour les formes graves et dans un cadre hospitalier "sur décision collégiale des médecins" et a promis un arrêté sur le sujet.

"En l'absence de toute donnée probante", il est en revanche exclu de le prescrire dans la population générale ou pour des cas non sévères, a souligné le ministre de la Santé.

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