Cette vidéo ne prouve pas que les vaccins anti-Covid provoquent une coagulation grave du sang

Cette vidéo ne prouve pas que les vaccins anti-Covid provoquent une coagulation grave du sang

publié le lundi 13 septembre 2021 à 09h10

Dans une vidéo partagée près d'un millier de fois depuis le 24 août, un homme présenté comme un scientifique observe deux échantillons de sang et en conclut que les vaccins anti-Covid provoquent une coagulation du sang pouvant mener à de graves effets secondaires. Mais la méthode qu'il utilise ne permet pas d'observer cela, ont expliqué plusieurs hématologues à l'AFP. Il affirme également que les vaccins à adénovirus pourraient "créer de nouveaux virus", des affirmations réfutées par un virologue.La vidéo de 6 minutes semble, au premier abord, plutôt professionnelle: elle commence par une présentation de la technique utilisée, un "microscope à fluorescence à champ vital", décrit comme une "révolution dans la microscopie" puis une présentation de l'homme qui va analyser le résultat de l'expérience, Armin Koroknay, "scientifique en toxicologie". L'objectif affiché: observer si le sang d'une personne change après la vaccination.

En comparant deux échantillons, Armin Koroknay conclut que le sang d'une personne vaccinée coagule rapidement et fortement: "Même à l'intérieur du corps, il y a de la coagulation, et le sang chargé de fibrine ne peut pas parcourir les artères et les veines", affirme-t-il, "juste après la deuxième injection du vaccin, cela est accentué et c'est grave, parce que les patients peuvent en mourir, tant il y a de caillots dans le sang".

Capture d'écran réalisée le 10/09/2021 sur FacebookCette vidéo a été publiée pour la première fois le 24 août 2021 sur le site Ethic Citizen, qui se présente comme une "source d'information indépendante". Depuis, elle a été partagée plusieurs centaines de fois sur Facebook et sur Twitter.

Cette vidéo contient de nombreuses fausses informations, ont confirmé plusieurs experts à l'AFP. L'expérience menée ne permet de tirer aucune conclusion scientifique: on ne sait pas d'où viennent les deux échantillons de sang présentés, les conclusions sont tirées à partir d'une analyse du sang de seulement deux personnes et la technique utilisée ne permet pas de conclure à une coagulation du sang d'une personne vaccinée.

Par ailleurs, M. Koroknay affirme que les vaccins à vecteur viral (adénovirus) provoquent la création de nouveaux variants, une affirmation déjà vérifiée par l'AFP, et qu'ils sont dangereux pour les femmes enceintes et leurs fœtus, ce qui va à l'encontre des connaissances scientifiques actuelles.

Les scientifiques interrogés ont souligné le manque d'informations disponibles sur Armin Koroknay sur Internet: son nom figure dans une seule publication sur le site PubMed, considéré comme une référence pour les publications scientifiques. Ses comptes LinkedIn et Xing (le LinkedIn allemand) indiquent qu'il est installé à Ernetschwil, en Suisse, et qu'il travaille pour une société appelée "Living Microscope", dont l'AFP n'a pas pu retrouver la trace. Il a également un site appelé "Cellmove", dédié à l'étude des cellules et des micro-organismes, sur lequel il affirme avoir fait des études de pharmacie et de biologie.

Des informations erronées sur l'effet des vaccins anti-Covid sur le sang avaient déjà circulé en juin et avaient été vérifiées par l'AFP.

Cette expérience ne prouve pas que le sang coagule dans le corps après le vaccinDans cette vidéo trompeuse, Armin Koroknay compare deux échantillons, qu'il affirme être le sang d'une personne vaccinée et celui d'une personne non-vaccinée. "Il est intéressant de remarquer que les agglomérats de globules rouges ne sont ici par normaux", déclare-t-il. Sur l'image de droite, les globules rouges semblent empilés les uns sur les autres tandis que sur celle de gauche, ils paraissent entassés dans le désordre. "Ceci est dû principalement à une perturbation des champs électriques et à un niveau très bas de minéraux dans le sang", affirme-t-il. Ces images sont selon lui la preuve que le vaccin provoque une coagulation mortelle du sang: "Si vous prélevez le sang de quelqu'un, parfois ça ne sort même pas de la seringue à cause de la coagulation".

Or, si un frottis sanguin (une goutte de sang étalée sur une lame de microscope) permet d'observer les globules rouges, il ne "permet absolument pas de conclure qu'il y a une coagulation", a expliqué à l'AFP Manuel Cliquennois, chef du service d'hématologie du CHU Saint-Pierre, à Bruxelles.

L'apparition de caillots dans le sang peut être observée via des tests tels que l'APTT (TCA en France) ou le temps de prothrombine (PT), mais pas une simple observation au microscope, a poursuivi Manuel Cliquennois: "la coagulation peut s'évaluer par des tests fonctionnels, par la mesure de temps de coagulation, de l'activité des différents facteurs de coagulation ou leur concentration dans le sang ou encore par les produits de dégradation de la coagulation. Aucun de ces tests n'est évoqué dans ce sujet, démontrant la méconnaissance totale du sujet de l'interlocuteur se présentant comme un scientifique", a-t-il expliqué.

Une coagulation peut également s'observer via l'analyse du taux de D-dimères, "beaucoup plus rigoureuse" qu'une observation d'un échantillon de sang au microscope, a expliqué à l'AFP Chloé James, praticienne d'hématologie et d'hémostase au CHU de Bordeaux, interrogée le 8 septembre.

Un dosage de D-dimères, qui s'effectue par un prélèvement sanguin, peut être prescrit par un spécialiste lorsqu'il suspecte la présence d'un caillot sanguin. Un patient qui fait une thrombose aura probablement un taux de D-dimères élevé. En revanche, un patient présentant un taux de D-dimères élevé n'aura pas nécessairement une thrombose.

Un technicien de laboratoire trie des prélèvements sanguins pour une étude sur la vaccination contre le Covid-19 au Research Centers of America à Hollywood, en Floride, le 13 août 2020 ( AFP / CHANDAN KHANNA)Chloé James a également confirmé ne pouvoir tirer aucune conclusion sur une éventuelle coagulation du sang en regardant les images présentées dans la vidéo. La forme des globules ne prouve rien car "les globules rouges ne demandent qu'à se déformer", a-t-elle expliqué, indiquant que la plupart des tubes de prélèvement de sang contiennent des produits anticoagulants afin d'éviter ces déformations. Elle a également déclaré que "le microscope utilisé est tout à fait classique".

Dans la vidéo, Armin Koroknay affirme par ailleurs que le sang d'une personne vaccinée est chargée de fibrine, une protéine impliquée dans la coagulation: "Si une aiguille perce la peau d'un doigt (d'une personne vaccinée, ndlr), immédiatement le sang commence à produire des fibres de fibrine, que vous pouvez voir ici", déclare-t-il en montrant une nouvelle image, allant jusqu'à assurer que "le sang chargé de fibrine ne peut pas parcourir les artères et les veines".

Or, le processus de production de fibrine lorsque du sang sort du corps - par exemple après une piqûre - est totalement naturel, contrairement à ce que laisse penser Armin Koroknay. Le sang coagule naturellement dès qu'il est hors du corps, a expliqué Manuel Cliquennois, "l'objectif étant que nous survivions si on se coupe. Lorsqu'on se blesse, le sang à l'air va activer la coagulation à l'endroit où on s'est coupé: la première étape ce sont les plaquettes, puis on va activer la voie de la coagulation". L'un des facteurs de cette coagulation est la fibrine.

Par ailleurs, l'image présentée dans la vidéo ne prouve pas la présence plus ou moins élevée de fibrine dans le sang, a expliqué Chloé James: "Si on voulait observer la fibrine, il faudrait faire un marquage avec des anticorps fluorescents contre la fibrine. Ici, il n'y a aucun marquage". La technique d'immunomarquage permet de repérer certaines cellules ou microbes grâce à des substances radioactives spéciales, qui se fixent sur elles.

Contrairement à ce qu'affirme Armin Koroknay, on ne peut pas non plus analyser le taux de minéraux contenu dans le sang à partir de ces images. "On ne sait pas de quels minéraux il parle, c'est un terme très générique et pas du tout scientifique", a souligné Manuel Cliquennois. Ces images ne donnent aucune indication sur la concentration ou non en "minéraux" dans les globules: "la concentration de minéraux se calcule via des dosages" et non au microscope, a expliqué Jean-Christophe Goffard, immunologue et chef du service de médecine interne de l'hôpital Erasme, à Bruxelles.

Que peuvent montrer ces images ?Les "rouleaux" de globules que l'on voit dans les images présentées sont observables "notamment en cas d'état inflammatoire important ou en cas de présence dans le sang d'un anticorps en excès. Cela peut se voir dans certaines maladies du sang, de la moelle osseuse ou des ganglions comme le myélome multiple", a ajouté Manuel Cliquennois. "Ce n'est ni lié à un problème électrostatique ni à un niveau de minéraux dans le sang".

Ces rouleaux d'hémoglobine peuvent également s'observer dans des maladies telles que l'agglutinine froide, a ajouté Chloé James.

"Hautement improbable" que des adénovirus se mélangent avec d'autres virusArmin Koroknay affirme dans cette vidéo trompeuse que les vaccins à vecteur viral (adénovirus) produits par les laboratoires AstraZeneca et Jonhson & Johnson seraient encore plus dangereux que les autres, car basés sur un adénovirus: "vous rencontrez alors une certaine pression sélective du système immunitaire contre l'adénovirus qui pourrait se mélanger à d'autres virus (...) Cela exerce une pression sur le système immunitaire pour créer de nouveaux virus, de nouveaux adénovirus, mais aussi des variants de type corona parce qu'ils expriment la protéine S qui est un antigène puissant".

Or, cette démonstration s'appuie sur des faits scientifiques erronés, puisque les adénovirus ne peuvent pas "se mélanger" à d'autres virus: "Les adénovirus utilisés dans le vaccin sont créés de façon à ne pas pouvoir avoir de réplications virales. Ils n'ont pas la capacité de se répliquer, de se multiplier", a expliqué à l'AFP Vincent Thibault, virologue au CHU de Rennes, interrogé le 9 septembre.

"Toute notre vie, on se contamine avec des adénovirus. Conceptuellement, on peut avoir une combinaison de deux adénovirus de façon naturelle, mais dans la pratique, on l'a très peu vu", a ajouté Vincent Thibault. Le mélange des adénovirus d'un vaccin avec un autre adénovirus ou virus est "hautement improbable", a-t-il expliqué.

( AFP / John SAEKI)

C'est également ce qu'explique ce document produit par le réseau d'experts Infovac: "La souche modifiée d’adénovirus de ces vaccins est incapable de se répliquer. Ces vaccins ne peuvent pas être considérés comme des vaccins vivants. Ils induisent une immunité contre le SARS-CoV-2 en pénétrant dans les cellules où ils délivrent la séquence nécessaire à la production de la protéine S qui sera exprimée à la surface de la cellule (comme les vaccins à ARNm), sans risque de modification des gènes".

Des théories très répandues sur les réseaux sociaux affirment que les campagnes de vaccination actuellement en cours dans le monde sont plus dangereuses que le virus lui-même, car elles pourraient provoquer une "fuite immunitaire adaptative" massive, c'est-à-dire le développement de variants plus résistants aux vaccins, voire plus dangereux.

Or, comme l'AFP l'avait expliqué dans un précédent article de vérification, ce risque existe mais ne justifie pas un arrêt total des campagnes de vaccination. Au contraire, laisser le virus circuler librement favorise les mutations du virus et donc le risque d'apparition de variants plus infectieux (plus facilement transmissibles) ou plus dangereux.

"Les virus, lorsqu'ils se multiplient, mutent. Plus le virus circule, plus la probabilité que le virus mute et qu'il devienne plus contagieux, voire plus dangereux, augmente. Or, les vaccins limitent la circulation du virus", a indiqué Jean-Christophe Goffard.

Il est faux de dire que cette pression immunitaire va "créer de nouveaux adénovirus", a relevé Vincent Thibault: "Il s'agit d'une sélection: le Sars-Cov-2 va se multiplier et sélectionner une souche plus résistante aux anticorps vaccinaux, mais c'est le même virus".

Quant à la protéine Spike (S) contenue dans les vaccins à ARN Messager, de nombreuses fausses informations sur sa soi-disant toxicité circulent en ligne et ont été vérifiées par l'AFP à plusieurs reprises (1,2,3).

De "très rares" cas de caillots sanguins avec les vaccinsEn avril, l'Agence européenne des médicaments (EMA) a indiqué que les caillots sanguins devaient être répertoriés comme un effet secondaire "très rare" des vaccins d'AstraZeneca et de Johnson & Johnson. L'EMA a reconnu "un lien possible" entre les vaccins anti-Covid de ces deux laboratoires et "de très rares cas de caillots sanguins inhabituels associés à des plaquettes sanguines basses", tout en estimant dans les deux cas que les bénéfices l'emportent sur les risques.

Mais ces "accidents thromboemboliques atypiques" ne sont pas provoqués par un amas de globules rouges ou une augmentation soudaine de la fibrine, contrairement à ce que soutient Armin Koroknay. Il s'agit en fait de la réaction des anticorps anti-PF4, "qui activent les plaquettes (responsables de la coagulation) de façon inadéquate, provoquant ainsi des thromboses", a expliqué à l'AFP Jean-Christophe Goffard. Ce mécanisme est également expliqué dans le document d'Infovac.

Un homme reçoit le vaccin d'AstraZeneca à Hanoi, au Vietnam, le 10 septembre 2021. ( AFP / Nhac NGUYEN)En revanche, expliquent les experts d'Infovac, les vaccins "ne sont pas associés à une augmentation globale du risque d'événements thromboemboliques notamment des phlébites et embolies pulmonaires", contrairement à ce qu'affirme un prétendu "radiologue", qui intervient de façon anonyme et floutée à la fin de la vidéo (5'10).

Dans un précédent article de vérification, des hématologues interrogés par l'AFP ont également rappelé que le Covid-19 favorise les risques de thrombose veineuse cérébrale. Une étude britannique publiée le 27 août, la plus large à ce jour sur les effets secondaires liés au vaccin, a conclu que le risque de développer une thrombose veineuse est presque 200 fois plus élevé en attrapant le Covid qu'en se faisant vacciner avec AstraZeneca.

La balance bénéfices/risques penche en faveur de la vaccination des femmes enceintes "Comme on peut le remarquer, les effets secondaires (des vaccins, ndlr) sont un niveau d'oxygène bas, ce qui endommagera le développement des cerveaux de tout embryon et foetus (...) si le foetus meurt à cause d'un niveau d'oxygène bas, il y a avortement spontané", affirme Armin Karaknay.

Si les données sur le vaccin anti-Covid pour les femmes enceintes ne sont pas encore complètes, la communauté scientifique internationale s'accorde à dire que la balance bénéfice/risque penche, en l'état actuel des connaissances, en faveur de la vaccination pour les femmes enceintes, comme l'a déjà expliqué l'AFP.

Toutefois, "on a de plus en plus de preuves que le virus induit un manque d’oxygène chez le fœtus", a indiqué le virologue Vincent Thibault.

Dans un article à propos du vaccin Pfizer-BioNtech, mis à jour le 2 septembre, l'OMS indiquait que "les femmes enceintes à haut risque d’exposition au SARS-CoV-2 (par exemple les agentes de santé) ou présentant des comorbidités qui augmentent le risque de développer une forme sévère de la maladie peuvent être vaccinées en concertation avec leur soignant", tout en reconnaissant que l'on "dispose de très peu de données pour évaluer la sécurité du vaccin pendant la grossesse".

En Suisse, les autorités sanitaires ne recommandent pas la vaccination aux femmes enceintes de manière générale, "parce que les données factuelles ne sont pas encore suffisantes", indique le site de l'Office fédéral de la santé publique suisse (onglet: "Pourquoi la vaccination pendant la grossesse n’est-elle pas encore recommandée de manière générale ?"). En revanche, les vaccins anti-Covid sont recommandés "aux femmes enceintes atteintes de maladies chroniques ou présentant un risque accru d’exposition à partir du deuxième tiers de la grossesse" (onglet: "Quand peut-on envisager une vaccination pendant la grossesse ?").

En France, les femmes enceintes sont, depuis le 3 avril 2021, prioritaires dans l’accès aux vaccins à ARN dès leur deuxième trimestre de grossesse, en particulier si elles présentent une pathologie ou si elles sont susceptibles d’être en contact dans leur activité professionnelle avec des personnes atteintes du Covid-19. En Belgique, le Conseil Supérieur de la Santé estime que "toutes les femmes enceintes devraient idéalement être vaccinées en priorité, et ce par rapport à une femme non enceinte en raison du risque accru de Covid-19 sévère pour la mère et d’accouchement prématuré".

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